Yasmina Ouégnin/« L’offre politique ivoirienne a du mal à se renouveler »

 La réconciliation nationale, la gratuité de la carte nationale d’identité, le renouvellement de la classe politique et l’actualisation de la liste électorale, sont des aspects de l’actualité politique ivoirienne que Yasmina Ouégnin a abordés  à Tv5 monde. Voici quelques extraits.

…De la situation de malaise que connaît la société ivoirienne

« La crise en Côte d’Ivoire existait déjà depuis les années 93 avec le décès du Président Félix Houphouët Boigny. Elle n’est que les conséquences de cette crise de succession entre 2 ou 3 grands leaders. Hélas, le peuple avait été pris et continue d’ailleurs d’être pris en otage ».

…Du sens de son combat qu’elle mène depuis sa position à l’hémicycle. 

« Il faudrait que les populations comprennent que le jeu politique et la réalité sociale sont deux choses complètement différentes”

« C’est à cela que moi je veux lutter. Je veux lutter pour qu’il n’y ait plus jamais ça. Dès 2012, en amorçant mon premier mandat, je suis allée au niveau de la Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation, qui avait été mise sur pied par le Président Ouattara et que présidait Charles Konan Banny. Parce qu’en 2011, le Président Alassane Ouattara avait expliqué qu’il voulait une réconciliation. En 2012, je suis allée voir M. Banny et je lui ai dit que je suis la plus jeune élue du parlement. Je veux offrir mon mandat à la réconciliation nationale. Je veux être un outil, un vecteur de paix et de rassemblement. Utilisez-moi comme vous le voudriez. J’ai donc participé à plusieurs travaux et à plusieurs missions de la CDVR ».

…De la réconciliation tant prônée par les autorités ivoiriennes semble.

 «D’abord, à mon sens, parce qu’il n’y a pas eu assez de vérité. Un exemple plus simple : la CDVR a interrogé une multitude de témoins, mais aucun rapport n’a été divulgué. Ils ne sont pas accessibles à la population. Il faut réellement  que tout le monde soit conscient de l’histoire récente de notre pays et qu’on en tire les conséquences afin de réaménager les attitudes et les conséquences ».

…De l’actuelle classe politique  ivoirienne.

« Il faudrait que les populations comprennent que le jeu politique et la réalité sociale sont deux choses complètement différentes. Moi, je trouve que l’offre politique ivoirienne a du mal à se renouveler depuis 20 ans ou 30 ans. Je trouve également que, parce que les scrutins manquent de transparence et sont entachés de violences, les populations vivent une sorte de désamour avec la politique. Il faut donc leurs montrer que les choses peuvent être différentes en montrant l’exemple ».

…Sur la nouvelle génération d’hommes politiques dont parle le Président Alassane Ouattara.

 « Le Président Ouattara a 75 ans et moi 40 ans. Qu’entend-il par une nouvelle génération ? Est-ce quelqu’un qui a 60 ans ? Ou 50 ans ? Il faut savoir que 70% de la population ivoirienne a moins de 35 ans. Qu’est-ce que ça veut dire une nouvelle génération ? Est-ce des personnes nouvelles ? Ou est-ce des anciens visages plus jeunes en termes d’âge ? Est-ce que ce sera les mêmes  avec de vieux réflexes ? Parce que, c’est vrai, on peut trouver quelqu’un de 40 ans. Mais qui a des réflexes politiques qui ne sont finalement pas actualisés, qui sont en inadéquation avec ce que les populations recherchent vraiment ».

…L’appel qu’elle lance…

 « J’espère que les ivoiriens iront se faire enrôler. C’est vrai, avec l’opposition, nous combattons et nous luttons, autant que faire se peut,  par tous les moyens légaux dont nous disposons, pour que la carte nationale d’identité soit gratuite. Par gratuité, j’entends, supporté par le budget de l’Etat. Un budget qui est conséquent et qui peut supporter les charges liées à l’identification. On se souvient que la rébellion de 2002, avec toute la crise qui a suivi, avait comme point d’explication le problème de l’identification et de la nationalité ».

…De la carte nationale d’identité

…En 2009, la carte avait été établie gratuitement pour les populations Elle n’a pas pesé sur le budget des ménages. Aujourd’hui, nous sommes en 2019. On nous parle d’une carte d’identité qui coûtera 5000 francs Cfa, soit un peu moins de 10 euros. C’est très cher encore pour l’Ivoirien moyen. Le Smig, officiellement en Côte d’Ivoire, parce que de nombreuses personnes actives sont payées en deçà, avoisine les 100 euros par mois. Alors voyez-vous, pour des personnes de plus de 16 ans, puisque la carte est obligatoire à partir de 16 ans, savoir que leur seule façon d’aller voter en 2020, c’est de se munir de cette carte d’identité, ça risque de freiner leurs ardeurs. Et on va se retrouver en 2020, pour une population de 23 à 24 millions d’habitants, avec une liste électorale qui va encore rester à 6 ou 7 millions. C’est bien en deçà de toutes les personnes qui ont le droit, pourtant, d’aller exprimer leur suffrage ».

Source : TV5 Monde avec africadaily.info

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