Disparition des forêts classées Ivoiriennes : « Vraiment tous coupables ».

Par Sérikpa Djeckou De Sylva-Afriquematin.net

Collaboration Fatime Souamée

Le phénomène de la disparition de la forêt ivoirienne, a de graves conséquences pour le pays. On en parle, pendant des dizaines d’années, les ministres se succèdent, l’un après l’autre, sans de solutions. Parce que véritablement, on se sert dès notre arrivée, au lieu de servir. Et on part pour passer la main à l’autre.

Les 231 forêts classées, d’une superficie de 4,196 millions d’hectares, sont prises d’assaut pour leur bois précieux d’abord, mais aussi, pour la qualité de leur sol, propice à la culture du cacao, du café, de l’hévéa et autres spéculations agricoles. Cadres, autorités ministérielles, politiques, fonctionnaires, travailleurs, paysans, tous, font la ruée vers le patrimoine forestier de l’Etat. La Société de développement des forêts (Sodefor), dont la mission est de réhabiliter les forêts classées pondent des concepts à n’en point finir, sans résultats probants. Les commissions paysan-forêts, la cogestion, l’adoption des nouvelles orientations de la politique forestière en septembre 1999, (complantation, contratualisation, déguerpissement, ouverture de la gestion des forêts aux entreprise forestières), tous des échecs. Monogaga, Rapides Grah à San-Pedro, Niégré à Sassandra, Diamalakro à Abengourou, Scio et Goin_Débé à Guiglo, Irobo et Mopri à Sikensi et Tiassalé, pour ne citer que celles-là, c’est la recrudescence des défrichements qui s’observent. Aujourd’hui, on peut estimer le taux d’occupation à 90%.Disparition des forêts classées Ivoiriennes

C’est un désastre écologique facilement visible, le long de la route qui mène d’Abidjan à San Pedro par exemple : d’immenses troncs d’arbres calcinés, cernés par de vastes plantations est le résultat de cette irresponsabilité notoire. Plusieurs dizaines de milliers de planteurs se sont installés dans ces forêts. Et c’est la création des villes qui se développent, avec leurs écoles, leurs dispensaires, avec autorisation des ministères de la santé, de l’éducation nationale. Les marchés se créent et se développent, les stations à essence, les téléphonies mobiles, les pharmacies, les structures d’encadrement comme l’Anader qui sensibilisent ces « clandestins » à l’utilisation des spéculations agricoles à haut rendement. Tantôt, considérés comme « des populations clandestines » à l’intérieur de ces forêts classées, elles sont sollicitées sous le regard des hommes politiques à la recherche de potentiels électeurs. « Tout est parsemé de campements et de gros villages dans les forêts classées, au vu et au su des autorités. Parce qu’il y a même des autorités qui ont champ dans les forêts classées », nous dit Alexis Kouadio, président d’une Ong.Disparition des forêts classées Ivoiriennes

Couplée aux effets du réchauffement climatique, la dégradation des forêts classées en Côte d’Ivoire va accentuer les disparités des phénomènes climatiques et provoquer ainsi, la raréfaction de la ressource forestière, la menace du développement durable, la paupérisation des populations, la migration des espèces animales et des hommes toujours à la recherche des terres fertiles mais surtout, la prolifération des conflits fonciers.

La terre s’échauffe, les hommes suffoquent, les espèces animales et floristiques disparaissent. L’on imagine que le grand problème, c’est que le développement durable, malgré les colloques, séminaires, ateliers nationaux et internationaux organisés avec des budgets exorbitants, n’a pas encore pénétré la conscience des populations.

Et pourtant, selon les experts, il ressort que depuis une cinquantaine d’années, la forêt ivoirienne a bénéficié et continue de bénéficier d’appuis financiers importants. La Banque Mondiale, la Banque Africaine de Développement, des coopérations Japonaises, Canadiennes, de l’Union Européenne, le Pnud, la Fao, l’Oibt, outre, les moyens déployés chaque année, par l’Etat de Côte d’Ivoire, pour la mise en œuvre des différents programmes. Tout ceci, pour ce résultat médiocre qui met à nu l’incapacité et l’irresponsabilité de nos intellectuels. Jacques Rabemanadjara, intellectuel et homme politique malgache, né le 23 juin 1913 à Maroantsetra, décédé le 2 avril 2005 à Paris disait « Tout intellectuel noir devient aujourd’hui un libérateur ; c’est là, son honneur et sa dignité ». Présence Africaine. Nouvelle série, No. 16 (octobre-novembre 1957), pp. 9-25. Qui sont les responsables du désastre écologique et environnemental que connaît la Côte d’Ivoire ? Qui sont les donneurs d’ordre ? Qui doit être condamné pour crime écologique ? Avons-nous encore cette dignité ? Pas si sûr. Vraiment tous coupables.

djeckoudesylva@gmail.com

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