Aboisso-Urbanisation/ L’anarchie ne prospérera pas dans la capitale du Sud-Comoé…

Depuis la dernière élection législative qui a vu la victoire (!) du Rhdp, la ville d’Aboisso, ville vitrine est en proie à des soubresauts. En effet, le conseil municipal dirigé par un Maire Pdci-Rda est opposé à un élu de la ville sur la construction d’un mur au-delà des limites de son terrain et qui privatise une réserve administrative.

Après des querelles de rues et de salon entretenues par certains adversaires politiques, voici qu’une autre polémique, fait déjà grand bruit dans la capitale du Sud Comoé. Il s’agit de la construction d’un mur à l’entrée du quartier Eboikro, d’une hauteur de trois (3) mètres au-delà de la résidence d’un cadre de la région.
Situé à l’entrée de la ville et en bordure de route, à quelques mètres de la voie internationale, selon les informations émanant du service technique de la mairie, cette clôture, construite en grande partie sur le domaine public et sans permis de construire est réalisée par l’un des cadres de la région en l’occurrence l’actuel Député de la commune.

Approché, le Député Aboubakari Cissé mis en cause donne des explications. Pour lui, l’espace occupé n’est nullement signalé dans le plan directeur de la ville, « c’est un endroit marécageux et dans le plan directeur de cette zone, il est mentionné « zone marécageuse » et c’est moi qui ai asséché cet endroit qui s’appelait jadis « au camp ». J’ai fait un mur de soutènement de près de 35 mètres de profondeur pour bloquer le marécage. Et à l’occasion de la construction de la voie Aboisso-Noé, j’ai dû batailler pour renforcer cet endroit qui présentait un danger pour la population… ».

Selon le Directeur Régional de la construction, « Cet ouvrage qui est érigé, rentre dans la réserve administrative et donc ne répond pas aux normes prescrites par l’administration communale ».

Pour le responsable du service technique de la mairie A. Bilé,« la mairie étant une collectivité territoriale, son fonctionnement est régi par un certain nombre de règles. En tant que mairie, nous disposons de seize domaines de compétences, au nombre desquelles figurent celui du permis de construire, celui de la voirie, et d’autres domaines de compétence », dit-il.

Poursuivant il souligne « qu’aucun projet de construction ne peut se faire sur le territoire communal sans l’autorisation de l’autorité municipale, en d’autres termes, on ne bâtit pas sans autorisation  de construire, aussi avec le ministère de la construction, représenté par la direction régionale nous avons mené des contrôles sur le terrain dont les résultats ont confirmé que l’ouvrage est bâti sur une portion qui est réservée à recevoir des projets qui relèvent d’un intérêt général », précise-t-il.

Ne démordant pas, le mis en cause se pose la question à savoir « de quel domaine public s’agit-il ? »  Précisant notamment que « sur les anciens plans, ils ont mis marécage et subitement sur les nouveaux plans, c’est inscrit réserve. Ils ont mis réserve, y-a-t-il eu une enquête de commodo et incommodo pour que cette partie soit une réserve administrative ? ».

A cette préoccupation, un agent de la mairie souligne que « lorsque M. N’gouan a été élu maire de la commune et constatant que les problèmes de terrains sont récurrents, il a décidé de suspendre tous les lotissements, et une commission des affaires domaniales fût créée. Le mis en cause étant membre du conseil municipal et directeur du cadastre, il était bon de lui confier la vice- présidence de cette commission afin de gérer tout ce qui est du foncier. Mais à ce jour, trois (03) ans après il n’a pas encore rendu les résultats du travail que le Maire lui a confié ».

La poursuite des travaux de l’ouvrage à polémique sera-t-elle effective vu qu’une polémique se dégage autour de ce mur entre le services domanial de la mairie et le sujet.

Une préoccupation demeure, « est- ce qu’aménager un terrain voisin du vôtre vous donne-t-il  un titre de propriété sur ce terrain ? » Par ailleurs « la réserve administrative a bien été prévue par un arrêté ministériel de 2014 quatre (04) années avant l’élection de l’actuel maire« , précise l’agent de la mairie.

Aka Bilé souligne également que « d’autres usagers occupent à titre privé certaines servitudes de l’Etat, notamment celles étant autour des fleuves ». Et pour protéger celles-ci, il a été décidé, par l’actuel premier magistrat de la commune N’gouan Jérémie et son conseil municipal « qu’elles ne soient pas occupées à titre privé, du fait que cela relève du domaine public communal. Il a été également demandé à la direction régionale de la construction, d’établir un avis de servitude pour toutes les demandes d’ACD, afin de s’assurer que le lot ne déborde pas dans la servitude publique. Les autorisations de construire sont délivrés par le maire, pour un certain standing et le ministre de la construction au-delà des standings qui relèvent des compétences de la mairie délivre les permis de construction. Le maire a compétence pour délivrer les autorisations de construire pour les clôtures. Quiconque enfreint à cette règle en empiétant sur le domaine de l’Etat, fait automatiquement l’objet d’une interpellation », a -t- il avertit.

À en croire le premier responsable de la localité N’gouan Jérémie « les personnes qui réalisent des travaux sans autorisation de construire s’exposent à des sanctions. La loi sera respectée à Aboisso », menace-t-il.

Concernant l’ouvrage à polémique, le premier Magistrat de cette commune, balaie du revers de la main les propos du Député, « cette partie n’est pas litigieuse, nous avons tous fait le constat que la clôture de sa demeure a englobé une réserve administrative- qui est destinée à l’installation d’un certain nombre d’administrations. Cette réserve a été prévue par un arrêté ministériel qui date de 2014 portant le numéro 140027 du 14 mai 2014 et je n’ai pas d’informations sur le changement de sa destination. À cet effet, nous sommes en train de faire les recherches pour voir si un nouvel arrêté émanant du ministère a changé la destination de cette réserve. En tout état de cause, nous avons besoin de terrains pour répondre aux demandes de certaines administrations ».

Aussi pour le bon fonctionnement des services de la mairie, pour le respect des lois domaniales, et pour éviter que l’anarchie prospère, le Maire N’gouan Jérémie lance vivement un appel à ses administrés qui souhaitent construire ou qui ont déjà entamé une construction, ne serait-ce qu’une clôture, de faire la demande d’une autorisation de construire. « À notre connaissance, nous n’avons pas reçu de demande d’autorisation de construire concernant ladite clôture », affirme-t-il.

La loi sera respectée, comme à Koumassi où le ministre Cissé Bakongo, « que je félicite d’ailleurs, marque son empreinte avec l’assainissement et l’embellissement de la commune. L’anarchie ne prospéra pas à Aboisso », confirme le maire Alfred N’gouan Jérémie.

Tout porte à croire qu’un bras de fer est en train de naitre entre l’élu et les membres du conseil municipal ? Que non, « un courrier de mise en demeure m’a été signifié et je me retournerai vers l’autorité communale… », affirme-t-il. Aussi, vu que le sieur Aboubakari Cissé a enfreint aux lois et reconnaissant humblement d’avoir illégalement occupé un espace public, « … je vais adresser un courrier officiel au ministère en vue de la régularisation. En réalité, ce n’est pas une réserve, mais plutôt un bas fond, ce n’est pas une zone constructible .., je me suis dit que « c’est mon terrain», confesse-t-il.

Même si le Député affiche sa volonté de rencontrer son « grand- frère » pour discuter de la question, on peut dire que les chances de rapprochement sont minces dans la mesure où il nie l’existence de la réserve figurant bel et bien dans l’arrêté ministériel de 2014.

Affaire à suivre…