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Mali/La problématique de la gouvernance et les chances de paix

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Une enquête réalisée par un réseau de recherche panafricain indépendant et non-partisan, vient de mettre en lumière le scénario sur la crise qui secoue ce pays. Pour les auteurs de cet article, les causes proviennent du fait que les maliens ont mis en avant – le manque de patriotisme des dirigeants et la faiblesse de l’Etat. Nous vous présentons la troisième et dernière partie de cette analyse.

En 2013 comme en 2012, il avait été demandé aux personnes enquêtées de dire comment sortir d’un régime élu mais corrompu et incompétent. Cette question est devenue de nos jours une préoccupation majeure de tous ceux qui s’intéressent aux pays en transition de la dictature à la démocratie ou de la négation des droits humains à la liberté, ou aux pays qui sortent d’une grave crise sociopolitique – où en 2012 un coup d’Etat militaire a renversé le pouvoir élu de ATT mais visiblement incapable de faire face aux nouveaux défis de sécurité, d’unité nationale et de défense de la patrie.

 Les manifestants d’Egypte et de Tunisie ont encore porté plus haut cette question qui finalement relève de la volonté des peuples à se prendre en charge eux-mêmes face à des régimes qui ont perdu toute légitimité, laquelle légitimité semble pourtant les avoir hissés hier au pouvoir.

Les deux principales options avancées par les répondants restent les élections et le respect de la constitution, cela quel que soit le round d’enquête, 2012 comme 2013. Les régions les plus attachées au processus électoral en 2013 restent Tombouctou (64% des répondants) et Mopti (59%). En 2012, on dénombrait plutôt Kayes (61%) et Mopti (55%). Entre ces deux années, il faut noter que deux options ont perdu de leur importance aux yeux des maliens. Ce sont la grève générale (6% en 2012 contre 3% en 2013) et les coups d’Etat militaires (7% en 2012 contre 3% en 2013).

Options de résolution du conflit

Au-delà de la crise sécuritaire et de l’occupation d’une portion deux fois plus grande que ce qui restait du pays, la guerre a éclaté en janvier 2013. Aussi, la question « Par quelles voies peut-on sortir de la crise actuelle » de 2012 a-t-elle été remplacée en 2013 par celle-ci « Combien les options suivantes peuvent-elles aider à résoudre le conflit ». En 2013, les options de réponses privilégiées vont d’un Etat fort au développement des régions du Nord en passant par l’éducation et la nécessité de rendre justice à tous ceux qui auront été impliqués. Les choix portaient par contre, en 2012, sur le dialogue entre l’Etat et les groupes armés, la guerre contre les groupes armés du Nord avec ou sans l’appui de la Cédéao et finalement seulement un Etat fort.

Il est curieux de constater que Gao et Kidal soient les régions les moins favorables au dialogue entre l’Etat et les groupes armés (33% respectivement 42% contre une moyenne nationale de 61% avec 71% à Tombouctou). Ces deux régions sont aussi les plus en faveur d’un Etat fort (100% chacune) et du développement des régions du Nord (100% respectivement 100%). La sécession des régions du Nord est portée comme option par les régions de Kayes (16%), Mopti (13%) et Sikasso (12%) contre 4% à Tombouctou, 2% à Gao et 0% à Kidal.

Comment comprendre ces résultats quand on sait que l’autonomie et l’indépendance sont les maîtres mots des groupes rebelles du Nord, la sécession étant plutôt prônée par les régions apparemment les moins affectées directement par le conflit, Kayes et Sikasso. Ces régions perçoivent-elles en les interventions multiformes dans le Nord comme signe de leur abandon par les pouvoirs publics et leurs partenaires, empêtrées pourtant elles aussi dans de sérieux problèmes de développement économique et social avec d’ailleurs Sikasso constamment classée comme étant la région la plus pauvre du pays.

Chances de paix

 La récurrence des mouvements rebelles et terroristes au Nord fait douter de l’avènement d’une paix durable dans ce septentrion et donc dans tout le pays. Aussi, ne sont-ils que 65% des personnes interrogées à croire que la signature d’un accord de paix entre le Gouvernement et les rebelles du Nord soit probablement la base d’une paix durable au Mali, à raison de 34% de peu probable et de 30% de très probable, pourcentages qui ne dépendent pas significativement du statut de zones occupées ou non par les forces djihadistes et rebelles. On le croit encore moins à Gao (51% dont seulement 19% de très probable) mais encore plus à Mopti (72% dont 49% de très probable).

Ces perceptions d’une paix durable semblent diminuer avec le niveau d’éducation plus nettement si l’on ne retient que la seule option « très probable ». Plus on est instruit, plus on est sceptique vis-à-vis des accords de paix qui de toutes les façons ont été signés chaque fois qu’un conflit a éclaté sans jamais parvenir à y mettre fin un jour.

Identifications et réconciliation nationale

Pour rendre justice, les populations des zones hier sous occupation djihadiste ou rebelle doivent être prioritairement écoutées. De même, ou qu’elles se trouvent, les personnes qui ont été affectées, personnellement et/ou à travers des membres de leurs familles, ne peuvent être ignorées. Au contraire, elles doivent être identifiées et ciblées par la réconciliation nationale, sinon, il y a risque que ces populations ne perçoivent le reste de la société comme étant indifférent à leur sort voire comme étant complice tacite de leurs agresseurs.

Aussi bien en matière de gouvernance institutionnelle que de résolution du conflit voire de la crise récurrente du Nord, la demande populaire est à l’organisation d’élections libres, transparentes et honnêtes, sans possibilité de falsification des résultats sortis des urnes.

Au regard des résultats de cette enquête, cela semble avoir été expérimenté lors des dernières élections présidentielles de juillet-août 2013, élections ayant porté IBK au pouvoir sans contestation d’aucune sorte et cela pour la première fois depuis l’avènement de la démocratie au Mali au début des années 90.

Il faut ajouter que cette même demande populaire est également au maintien et à l’approfondissement de la confiance des populations en leur classe dirigeante, toute chose ne pouvant se faire que par la satisfaction des besoins essentiels desdites populations, notamment dans les domaines de la justice, du développement et de la sécurité.

Source : afrobaromètre

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