Israël-Iran/L’autre guerre en Syrie

Analyse. L’État hébreu intensifie ses frappes contre les positions militaires iraniennes, dont il refuse la présence à ses frontières. Et il le fait savoir.

Si la guerre entre Bachar el-Assad et ses opposants est sur le point de s’achever en Syrie, après huit ans d’un conflit dévastateur qui a fait plus de 360 000 morts et des millions de déplacés, et que l’organisation État islamique a perdu son califat autoproclamé en 2014 à cheval entre l’Irak et la Syrie, une autre guerre redouble actuellement d’intensité au Levant. Elle oppose l’armée de l’air israélienne aux forces al-Qods, les combattants de la branche extérieure des Gardiens de la révolution iraniens. Et vient de connaître un nouveau rebondissement.

 L’État hébreu a mené dans la nuit de dimanche à lundi une série de raids aériens visant plusieurs sites stratégiques des pasdaran en Syrie, tuant vingt et un combattants, dont douze Iraniens, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme, une ONG disposant d’un vaste réseau de sources sur le terrain. « L’aviation a porté hier soir un coup sévère contre des cibles iraniennes en Syrie après que l’Iran eut tiré de là-bas un missile vers Israël », a déclaré ce lundi le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu lors de l’inauguration d’un nouvel aéroport près de la mer Rouge. « Nous ne laissons pas passer de tels actes d’agression ni les efforts de l’Iran pour s’établir militairement en Syrie».

Une fermeté qui tranche avec l’inquiétude qu’a provoquée en Israël l’annonce surprise il y a un mois de Donald Trump de retirer ses 2 000 forces spéciales de Syrie, ouvrant un boulevard à la République islamique et à ses milices chiites. « Tous ceux qui se demandaient si Israël allait réagir contre l’Iran après les déclarations de Donald Trump ont leur réponse », souligne une source diplomatique.

Selon l’armée israélienne, l’escalade aurait débuté le dimanche 20 janvier 2019 dernier et contrairement à ses habitudes-Israël ne commente que rarement ses opérations militaires en dehors de ses frontières-, l’armée israélienne prend alors soin d’informer avec précision, et en temps réel sur Twitter, sa riposte.  Peu de temps après, le fil Twitter de Tsahal a publié une vidéo, dans laquelle on voit l’aviation israélienne détruire une batterie de défense aérienne de Damas qui la visait. Mais le déroulement des événements diverge totalement si l’on se réfère à la version de la Russie, qui est, avec l’Iran, l’un des principaux alliés du régime syrien. À en croire le ministère russe de la Défense, cité par l’agence de presse officielle Spoutnik, c’est l’aviation israélienne qui aurait entamé les hostilités, qui ont fait d’après Moscou quatre morts du côté de l’armée syrienne. D’après le Centre national de gestion du ministère de la Défense russe, Tsahal aurait mené un premier raid dimanche matin, repoussé par la défense antiaérienne syrienne (de fabrication russe), qui « abattu sept missiles dans le sud de la Syrie ». (Le missile iranien aurait été tiré le dimanche après-midi aux alentours de 15 heures, NDLR). Toujours selon Moscou, une seconde attaque israélienne aurait été menée la nuit suivante, la DCA syrienne, détruisant cette fois « plus de 30 missiles de croisière et de bombes aériennes guidées ». De son côté, l’agence de presse officielle syrienne Sana a indiqué avoir neutralisé des « dizaines de cibles ennemies », diffusant pour appuyer ses dires les images d’énormes explosions qui ont illuminé dimanche la nuit damascène, témoignant selon elle de l’entrée en action de la défense antiaérienne syrienne. Ces affirmations n’ont pas été confirmées par Tsahal. Néanmoins, la Russie n’a pas réagi, pour l’heure, outre mesure à la nouvelle attaque israélienne en Syrie. Le 17 septembre, un grave incident avait opposé les deux pays, lorsque l’incursion en Syrie de l’aviation israélienne avait déclenché des tirs de représailles de la DCA syrienne, qui avait abattu un avion militaire russe avec quinze passagers à bord. Dès lors, Moscou a accepté de livrer à Damas son système de missile S-300, plus avancé, compliquant la tâche de Tsahal en Syrie. Depuis, l’armée israélienne avait considérablement réduit ses opérations contre l’Iran en Syrie.

Premier pays étranger à porter secours à Bachar el-Assad, alors secoué par une révolte populaire au printemps 2011, l’Iran a dépêché en Syrie des centaines de « conseillers » militaires (membre des Gardiens de la révolution) et des milliers de combattants chiites (libanais membres du Hezbollah, miliciens afghans, irakiens ou pakistanais) pour combattre la rébellion syrienne et sauver le président syrien. « L’Iran est arrivé en Syrie à l’invitation du gouvernement légitime, et demeure par conséquent dans la légalité, au contraire d’Israël qui viole l’espace aérien d’un pays souverain », confie au Point Hamzeh Safavi, professeur de sciences politiques à l’université de Téhéran. Principal soutien du régime syrien au sol (la Russie opérant avant tout dans les airs, NDLR), la République islamique en a profité pour s’installer en Syrie. « L’objectif premier de l’Iran est de créer une voie de transit, ferroviaire et routière, pour acheminer son pétrole et son électricité de Téhéran jusqu’à la mer Méditerranée », poursuit le chercheur, également directeur de l’Institut pour les études futures du monde islamique (IIWFS). Mais cette présence iranienne aux portes d’Israël est un casus belli pour Tel-Aviv, d’autant que l’Iran a profité du conflit syrien pour établir des bases en Syrie et transférer des missiles de précision à son allié du Hezbollah, uni avec lui par son opposition à Israël. « Bachar el-Assad doit sa survie à des acteurs dont l’intérêt primordial est le conflit avec Israël », affirme un diplomate israélien. « Le Hezbollah a cessé d’être à nos yeux une milice libanaise pour devenir un instrument iranien », poursuit-il. « Le problème est que ces deux acteurs profitent de la faiblesse actuelle de Bachar el-Assad pour gommer la frontière entre le Liban et la Syrie. Pour nous, le grand danger stratégique est l’ouverture d’un second front en Syrie en plus de celui au Liban».

Véritable « ligne rouge pour Israël », le risque d’une implantation iranienne durable en Syrie a poussé l’État hébreu à viser des « milliers de cibles » iraniennes et du Hezbollah en Syrie depuis janvier 2013, selon le chef d’état-major israélien sortant, Gadi Eisenkot. Or, si ces frappes, qui ont fait des dizaines de morts, n’étaient pas commentées par le passé, par risque de représailles, elles sont désormais « surmédiatisées ». Ainsi, le Premier ministre israélien, en campagne pour sa réélection à la tête du gouvernement à l’occasion des législatives du 9 avril prochain, malgré ses déboires judiciaires, a-t-il souligné lundi sur Twitter qu’il n’ignorerait pas de « tels actes d’agression alors que l’Iran tente de s’implanter militairement en Syrie et, après les déclarations très claires de l’Iran selon lesquelles il souhaite détruire Israël, comme l’a récemment déclaré un commandant des forces aériennes iraniennes ». L’Universitaire Hamzeh Safavi, très au fait des activités iraniennes au Levant, souligne à son tour, « aujourd’hui, les deux pays se battent directement l’un contre l’autre en Syrie. Mais, tandis qu’Israël table sur une médiatisation très exagérée de ses frappes pour mieux justifier ses offensives aux yeux du monde selon sa doctrine soi-disant préventive, l’Iran préfère rester silencieux et adresser aux Israéliens des messages : il ne tolérera plus d’être unilatéralement attaqué par Israël sans répondre ». Le lundi dernier, Téhéran a adressé une réponse lapidaire aux avertissements israéliens. Dans une déclaration au Club des jeunes journalistes, un site appartenant à la télévision d’État, le brigadier général Aziz Nasirzadeh, l’homme à la tête de l’armée de l’air iranienne, a tonné : « La jeunesse dans l’armée de l’air est prête et impatiente de se confronter au régime sioniste et à l’éliminer de la terre».

Source : le point international

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