Elections présidentielles/La croisade des candidats « domestiques » et « importés »

Par Denis Kah. Zion*

2025 approche, même si nous sommes à quatre ans d’octobre 2025, considéré comme le mois qui sera sans doute, le plus déterminant de la Côte d’Ivoire.

Dans la bataille avant la lettre à laquelle se livrent les partis politiques et même les cadres pour être les plus en vue ou être les mieux positionnés, il y a bien de donnes jusque-là insoupçonnées. Au nombre de celles-ci, les partis que d’aucuns disent petits et les candidatures indépendantes qui seront incontestablement dans le rôle d’arbitres, ou, à défaut, dans celui de tombeurs ou de faiseurs de rois.

« L’un dans l’autre, la bataille est lancée dont l’issue dira qui a les atouts et les « armes » nécessaires pour occuper le fauteuil », confirme Denis Kah Zion

L’UDPCI de Toikeusse Mabri qui fait son petit bonhomme de chemin, le GPS de Guillaume Soro qui est officiellement dissous, mais qui se mobilise en souterrain et le FPI de Affi N’guessan qui balance entre le socialisme qu’il chante et une éventualité d’alliance avec le régime libéral en place.

Il y a aussi et surtout les éventuelles candidatures indépendantes. Suite de l’état des lieux dans les staffs politiques sur le chemin de 2025 après le Pdci-Rda, le Rhdp et le PPA-CI passés au peigne fin dans nos colonnes mercredi dernier.

-GPS : Guillaume Soro joue bien le jeu dans lequel il excelle. Celui de la vie clandestine. On se rappelle en 1991, la FESCI a été dissoute par le Premier ministre Alassane Ouattara, cela n’a pas empêché Soro et la FESCI de continuer leurs actions.

En 2021, le GPS, groupement politique est dissous sous le règne d’un président Alassane Ouattara. Mais, sous les manteaux, des férus de GPS continuent de s’organiser et de s’implanter partout. Mieux, toute l’opposition et des observateurs avisés réclament le retour de Soro pour qu’il occupe sa place dans le processus ivoirien. Si en 2025, le régime l’empêchait de revenir, Soro reste un gros caillou dans les souliers du pouvoir.

En ce sens qu’il continuera de rogner dans les bases électorales du RHDP, au Nord. Dans le meilleur des cas, il viendra prendre sa place dans le starting-block. Dans le pire des cas, Soro affaiblira le RHDP et partant contribuera à sa perte.

-UDPCI : L’espoir est là, intact. C’est cet espoir qui a poussé Mabri et le parti fondé par Robert Guéi à quitter in extremis le bateau du RHDP. Après 20 ans d’existence, l’UDPCI s’est faite une base sur laquelle elle peut compter.

Même si d’aucuns estiment que dans la bataille de 2025, elle n’a pas encore les armes de gros calibres qui feront la différence, l’UDPCI reste un outsider très sérieux. Et son alliance avec les autres partis de l’opposition peut faire couler ce RHDP sous les pieds de qui d’énormes tunnels sont en chantier.

-FPI : Passées les déclarations tonitruantes de son président, la bataille pour garder la main sur cette base sera rude. Surtout quand on a en face celui qui avait incarné le parti et celui qui lui avait donné l’essence. Gbagbo parti du FPI, il sera très difficile à Affi de s’imposer sur le terrain.

 Et une éventuelle alliance avec Ouattara n’arrangerait guère les choses. Puisqu’elle viendra alors confirmer ce dont tous les sympathisants du socialisme lui reprochaient, depuis des années : à savoir, qu’il était en mission pour Ouattara. D’ailleurs, dans une telle alliance, Affi et le FPI pourront valablement se présenter à la présidentielle et espérer l’emporter ? Le rêve est permis, mais il y a des réveils incertains.

-Les candidatures indépendantes : Combien seront-ils en 2025 ? Bien malin qui le dira maintenant avec exactitude. Toutefois, on est certain d’avoir de nombreuses candidatures indépendantes à la prochaine élection présidentielle. Il n’est un secret pour personne que les Ivoiriens, dans leur grande majorité, piaffent d’impatience de voir le régime RHDP quitter le pouvoir… démocratiquement.

 Et les prétendants à la présidence de la République ne viendront pas des seuls partis ou groupements politiques. Ils peuvent également venir de la société civile, des syndicats, des rangs des guides religieux, des travailleurs autonomes, des hommes d’affaires qui ne sont membres d’aucun parti politique.

Quel sera le poids des candidats indépendants ? Quand on se fie aux résultats des dernières élections législatives où les indépendants ont remporté 26 sièges, on peut affirmer sans grand risque de se tromper que les candidats indépendants auront leur mot à dire. Ils seront, à bien d’égards, les arbitres de cette élection, s’ils ne sont pas des outsiders capables de faire pencher la balance là où ils le veulent.

Bataille dans la bataille aussi et surtout, il se dessine sous nos yeux une empoignade entre les « domestiques » et les « importés ». Qui sont-ils ? Dans l’arène, il y a deux groupes de « gladiateurs ». Les « domestiques », bercés surplace, formés dans les méandres surplace, ayant vécu toutes les étapes avec les hauts et les bas de l’apprentissage et qui ont acquis les galons dans la pratique du terrain, sont ces hommes et femmes restés au pays.

 Ils ont, pour eux, d’avoir été toujours là devant les populations et d’avoir porté la croix des différentes crises sociopolitiques, d’avoir souffert dans leur chair, et donc d’avoir pratiqué le sol aux heures chaudes. Ils estiment qu’ils sont bien aguerris et qu’il est temps qu’on leur fasse de la place au soleil pour qu’ils montrent de quoi ils sont capables.

Evidemment, ils sont attendus au pied du mur et doivent encore se battre pour vêtir la tunique des sélectionnés pour le match final. Leurs destins sont de fait aux mains de leurs formations politiques diverses.

En face d’eux, il y a les « importés ». Ces hommes et femmes prêts-à-gouverner, qui ont pour eux d’être le logiciel parfait de la Communauté dite internationale avec qui ils savent se parler et se comprendre. Ils estiment qu’à l’heure où plane l’incertitude autour des dinosaures quant à 2025, ils seraient les hommes de providence, moins marqués mais estimés des bailleurs de fonds, pour prendre les rênes du pays sans risquer une autre crise.

La question est de savoir si cette posologie réussit encore sous nos tropiques. Rien n’est moins sûr, en ce sens que ceux qui sont derrière eux sont de plus en plus contestés et les populations réfutent de plus en plus les parachutages. Le parachutage ne peut plus satisfaire les électeurs dans cette Côte d’Ivoire ayant connu toutes les crises.

 De fait, les « importés » gagneraient à se frotter aux réalités du terrain s’ils veulent véritablement atteindre l’électorat. Sinon, ils seraient juste dans le rôle de ceux qui, comme le dirait l’autre, ne sont pas des travaux de semences, mais qui arrivent pour la récolte avec les plus grosses calebasses.

L’un dans l’autre, la bataille est lancée dont l’issue dira qui a les atouts et les « armes » nécessaires pour occuper le fauteuil. Cette bataille risque d’être sans répit et sans pitié, avec des effets collatéraux. Mais pour les Ivoiriens qui souffrent depuis des décennies, aucune bataille politique ne vaut une seule vie humaine. Aussi, il faut que les leaders se mettent-ils en idée de maintenir la paix, coûte que coûte.

Le chef de l’Etat, Alassane Ouattara, qui ne se lasse pas de demander aux Ivoiriens de lui faire confiance, a les regards de la Nation rivés sur lui et il devra tout mettre en œuvre, non seulement pour rassurer tout le monde quant au respect des textes qui régissent la République, mais aussi pour garantir la sécurité pour tous sans exclusive.

 Le Premier ministre Patrick Achi, dont les premiers mois à la Primature inspirent une confiance relative, se doit d’être un architecte pour que les débats soient dépassionnés, en maintenant le cap vers la démocratie apaisée, chère au président Henri Konan Bédié. La Côte d’Ivoire ne doit pas et ne s’arrêtera pas en 2025, et chacun doit en faire son leitmotiv.

*Secrétaire Exécutif chargé de l’Information, de l’Economie Numérique et du Bulletin de Liaison 

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