Covid-19 aux Antilles: les hôpitaux sont saturés et de nouveaux renforts sont prévus

Aux Antilles, l’épidémie de coronavirus ne faiblit pas. En Guadeloupe, le taux d’incidence était de 2 168 pour 100 000 habitants selon le dernier point épidémiologique de Santé publique France. Les deux hôpitaux principaux sont saturés ou sur le point de l’être.

Les Antilles continuent de bénéficier de renfort en termes de matériel et de soignants, plus que nécessaires pour faire face à cette violente quatrième vague.

« Grande-Terre, où il y a le CHU, c’est actuellement 55 lits de réanimation qui sont tous pleins, et la deuxième île, Basse-Terre, on a 28 lits de réanimation et juste 3 places au moment où je vous parle, avec notamment des arrivées aux urgences de patients toujours en détresse respiratoire de manière continue », explique le docteur Gilles Boulesteix qui travaille sur l’île de Basse-Terre .

15 à 20 morts par jour en Guadeloupe

Un quart des patients a entre 30 et maximum 50 ans, puisque la couverture vaccinale étant meilleure pour les personnes âgées explique le docteur Boulesteix: « On voit plus de jeunes en effet, même sans aucune comorbidité, qui ont une forme grave de Covid-19. Il y a à peu près six ou sept patients tous les jours qui mériteraient de rentrer en réanimation dans le CHU à Grande-Terre, et deux ou trois patients aussi chez nous à Basse-Terre, donc là les lits sont pleins, et l’on va devoir commencer à envisager des priorisations. »

En Guadeloupe, il y a déjà entre 15 et 20 morts par jour du Covid-19. C’est assez important et cela se voit avec les morgues qui sont pleines, et les annonces funéraires à la radio. Aux Antilles, les bulletins radio annonçant les morts du coronavirus sont devenus un indicateur de la vague épidémique.

Seulement 20% de la population est vaccinée

Les hôpitaux saturés bénéficient de renfort en termes de matériel et de soignants en provenance de la métropole. Mais pour le médecin Gilles Boulesteix qui travaille sur place, même si cette aide est précieuse, seule la vaccination permettrait de limiter la flambée des cas. Or aujourd’hui, à peine 20% de la population est vaccinée.

« C’est un sujet où nous sommes un peu dépités, puisqu’on arrive à peine à 20% de la population vaccinée, alors qu’il y a eu une première, une deuxième puis une troisième vague. Tout le monde était très informé assez tôt de l’imminence d’une quatrième vague, et je pense que la population n’y a pas cru. »

Docteur à Basse-Terre, Gilles Boulesteix explique qu’il y a une remontée nette de la vaccination, mais puisqu’elle met cinq semaines avant d’être efficace, le bénéfice ne se verra que d’ici quelques semaines.

« Avant, il y avait une sorte de force obscure, on entendait énormément parler de « vaccin expérimental », maintenant comme la Guadeloupe c’est quand même relativement petit, presque tout le monde dans sa famille a eu quelqu’un de gravement malade, ou alors parfois un ou deux décès par famille. Les gens voient donc bien qu’il y a un problème de santé publique majeur, et en effet ils commencent à venir beaucoup plus se faire vacciner », précise Gilles Boulesteix.

Un véritable défi logistique

De nombreux soignants métropolitains viennent en renfort sur les îles, le 21 août un vol est encore prévu avec plus de 120 médecins, infirmiers et aides-soignants à son bord. Avec eux de nouveaux lits de réanimation ainsi que des stocks d’oxygène pour permettre aux patients en insuffisance respiratoire d’être traités au mieux dans les différents services hospitaliers. Laurent Filleul est épidémiologiste et coordonne la stratégie Outre-mer chez Santé Publique France et pour lui, la situation nécessite un véritable défi logistique.

« Il faut savoir que plus l’activité hospitalière est sous tension, plus vous avez besoin de personnel, mais vous avez également besoin de lits, il faut savoir que lorsqu’on ouvre un lit de réanimation, il faut quatre à six personnes autour du lit. Plus vous avez de patients, plus il va falloir de personnel, mais ces patients en réanimation ou même en hospitalisation vont nécessiter des curares par exemple pour la réanimation, et vont nécessiter de l’oxygène. On a donc une suractivité hospitalière qui est vraiment très intense dans ces territoires, qui nécessite à la fois des renforts humains, mais aussi des apports en matériel. »

Tout cela doit être organisé en termes de logistique. Cela contribue à la difficulté de la situation sur place. Les services de santé des armées contribuent à cet effort, mais aussi l’ensemble des régions de métropole.

Toute cette mobilisation se fait en temps réel: « Tout le monde est sur le pont pour à la fois trouver des volontaires, ne pas pénaliser l’établissement qui envoie du personnel, et faciliter aussi l’arrivée des personnes sur place », rappelle l’épidémiologiste.