Sénégal : défis intérieurs et ambitions régionales de Macky Sall

Malgré les manifestations qui ont secoué le Sénégal en début d’année, dans un contexte de crise sociale accrue par la pandémie, le pays s’affirme sur le continent africain et gagne en visibilité sur la scène internationale. Le président Macky Sall s’est ainsi positionné en première ligne d’une lutte multilatérale contre le Covid-19 ; il a également fait entendre sa voix en faveur d’une désescalade du conflit israélo-palestinien et d’une lutte sans merci contre le terrorisme au Sahel.

Le Sénégal a récemment été secoué par un mouvement social de grande ampleur, avec en toile de fond un contexte social difficile marqué par les inégalités, des conditions de vie dégradées par la pandémie de Covid-19 et l’arrestation du député opposant Ousmane Sonko, accusé de viols et de menaces de mort. Après quatre jours de garde à vue puis sa comparution devant un juge, il a finalement été relâché et placé sous contrôle judiciaire, ce qui a favorisé un retour au calme à travers le pays.

Le chef d’État Macky Sall a multiplié les initiatives pour rétablir la paix sociale et placer son pays au cœur de l’agenda continental. Sur le volet social, il a annoncé investir 450 milliards de francs CFA dans l’insertion professionnelle de la jeunesse et le recrutement de 65 000 jeunes dans la fonction publique. Par ailleurs, sur la scène internationale, le président souhaite privilégier une approche multilatérale dans la résolution des problèmes.

Multilatéralisme et co-construction avec la communauté internationale

Le 18 mai 2021 se tenait à Paris le Sommet sur le financement des économies africaines, réunissant une trentaine de dirigeants africains et européens ainsi que des organisations économiques internationales. Le but de cette conférence était de mobiliser « des initiatives et mécanismes innovants » en soutien aux efforts de relance des économies africaines. Macky Sall y a plaidé pour passer d’une logique d’assistance envers l’Afrique à une dynamique de « co-construction » avec la communauté internationale, tandis que le président français Emmanuel Macron soulignait une initiative prise par les participants « pour produire massivement des vaccins en Afrique ».

Le président sénégalais a dans le même temps souligné que les campagnes de vaccination dans les pays industrialisés ne garantissent pas leur sécurité sanitaire, mettant en garde contre le risque de développement en Afrique de « variants extrêmement résistants ». La crise aux multiples facettes provoquée par la pandémie de Covid-19 doit ainsi être une incitation à davantage de solidarité et de multilatéralisme. Une approche déjà expliquée dans une tribune publiée par Le Monde le 3 février 2021, signée par les présidents français et sénégalais, la chancelière allemande Merkel, les dirigeants de l’Union européenne et le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres.

Lutte contre le Covid

« La crise que nous traversons actuellement peut, nous en sommes convaincus, être l’occasion de forger un nouveau consensus au service d’un ordre international fondé sur le multilatéralisme et l’État de droit grâce à une coopération efficace, à la solidarité et à la concertation », écrivent-ils en préambule. Les signataires considèrent que « cette pandémie exige une réponse forte et concertée pour étendre rapidement l’accès aux tests, aux traitements et aux vaccins », tout comme il leur apparaît essentiel « d’aider davantage ces pays à réduire le fardeau de leur dette et d’assurer le financement durable de leurs économies en ayant recours à tout l’éventail des instruments financiers internationaux ». Un plaidoyer pour le multilatéralisme sur des enjeux aussi fondamentaux que la santé publique, la sécurité alimentaire, l’environnement, et les nouvelles technologies.

La nouvelle explosion de violences entre Israël et les Palestiniens a été également l’occasion pour le président sénégalais de faire entendre sa voix. Pendant le conflit, qui a duré onze jours et qui s’est soldé par un fragile cessez-le-feu, Macky Sall a activement appelé à une désescalade, précisant que le Sénégal dirige depuis 1975 le Comité pour l’exercice des droits inaliénables du peuple palestinien. Il a exhorté les belligérants à entamer des négociations : « C’est le [moment] de prier pour la paix, la paix en Palestine et en Israël. Nous profitons de l’occasion pour lancer un appel à la désescalade, pour que la paix revienne, pour que des discussions saines et sérieuses puissent être engagées entre ces deux communautés dans le respect du droit international ». Rappelant qu’« Israël est également un partenaire. Nous l’invitons à tenir compte de la situation et à agir dans le sens de l’apaisement ».

Macky Sall à la tête de l’Union africaine

C’est sur un autre dossier brûlant que M. Sall s’est exprimé dernièrement, celui du terrorisme qui gangrène le Sahel, le Sénégal ne faisant pas partie du G5 Sahel mais contribuant financièrement à l’organisation ainsi qu’à la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA), dont il est le second contributeur en effectif (1305 soldats déployés). Selon lui, les djihadistes qui sévissent particulièrement au Mali, au Niger, en Mauritanie, au Burkina Faso et au Tchad, doivent être combattus collectivement, et avec davantage de moyens : « Que ce soit le Sénégal ou les autres pays côtiers, qui sont le dernier rempart, il faut qu’on se prépare à entrer dans la bataille », a averti M. Sall dans un entretien à RFI.

À la différence des autorités maliennes cultivant l’ambiguïté, Macky Sall affirme vouloir refuser tout dialogue avec les terroristes. « Vous maintenez la paix quand il y a une paix à maintenir ; quand vous faites face à des djihadistes, à des terroristes, il n’y a pas de paix à maintenir, il faut lutter contre », a-t-il encore déclaré. Alors que la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a désigné le 2 février 2021 le Sénégal comme pays candidat pour assurer la présidence de l’Union Africaine pour la période 2022-2023, Macky Sall va succéder au Congolais Félix Tshisékédi. L’occasion pour lui de faire valoir son approche multilatérale des affaires à l’échelle du continent.

L.S

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