Pédophilie : l’Australie demande pardon pour les « crimes maléfiques».

Un rapport d’enquête avait mis à jour l’an dernier des décennies d’abus sexuels perpétrés notamment dans des institutions religieuses.

 «En tant que nation, cela nous couvrira à jamais de honte.» Le choix des mots et l’émotion avec laquelle ils ont été prononcés par le Premier ministre australien sont à la hauteur du scandale. A l’issue de cinq ans de travail, une commission royale d’enquête avait remis l’an dernier un rapport accablant sur les abus sexuels commis sur des enfants durant des décennies dans le cadre d’institutions laïques ou religieuses mettant en cause plus de 4 000 institutions. Dans un discours retransmis en direct à la télévision lundi, Scott Morrison, en poste depuis fin août, a demandé «pardon» aux victimes, aux parents, aux lanceurs d’alerte : «Nous vous croyons.»

Informations sur les Publicités Twitter et confidentialitéCes excuses arrivent près d’un an après la remise du rapport de la commission royale d’enquête, lancée en 2012 par l’ancienne Première ministre Julia Gillard, qui met en lumière les actes pédophiles perpétrés dans des institutions religieuses. Même si moins d’un quart des Australiens se disent catholiques, le clergé a dirigé de nombreuses écoles et orphelinats dans tout le pays. Après avoir conduit des milliers d’entretiens, les enquêteurs sont arrivés à la conclusion effarante qu’«entre 1950 et 2010, 7% des prêtres étaient des auteurs présumés d’abus sexuels sur des enfants». Dans certains diocèses, la proportion atteignait 1597 frères, 572 prêtres, 543 laïques, 96 sœurs

Rien qu’entre janvier 1980 et février 2015, 4 444 personnes ont signalé aux autorités catholiques avoir été victimes d’un abus sexuel dans un millier d’établissements. Pourtant, les auteurs désignés (597 frères, 572 prêtres, 543 laïques et 96 sœurs) n’ont fait l’objet d’aucune enquête interne ni d’aucun signalement à la police. La hiérarchie catholique s’est au contraire évertuée à cacher les faits, en versant des dommages et intérêts confidentiels ou en poussant au départ une nonne qui avait alerté sur les centaines de récits recueillis en tant que psychologue. «Les enfants étaient ignorés, ou pire, punis. Les membres du clergé étaient transférés vers des paroisses et des communautés qui ignoraient tout de leur passé. Les documents étaient détruits», avait expliqué en 2017 Gail Furness, l’avocate à la tête de la commission. Attouchements, viols, punitions, tortures, tentatives de suicide, les rapports de la commissionracontent les chemins de croix d’enfants, dont certains n’avaient que 5 ans.

Début octobre, l’organisation des scouts d’Australie avait elle aussi présenté ses excuses, et annoncé sa participation à un dispositif national d’aide aux victimes créé dans la foulée de l’enquête. Alors que le Sénat français a rejeté, la semaine dernière, la création d’une commission d’enquête parlementaire sur le sujet, l’Australie est, avec l’Irlande, le pays qui a mené le travail le plus approfondi sur la question de la pédophilie dans les institutions en charge de l’enfance et de la jeunesse. Et elle n’épargne pas les prélats les plus haut placés. En mai, la justice australienne a annoncé que le cardinal ultraconservateur George Pell, ex-conseiller du pape François, serait jugé pour «des faits d’agression sexuelle»«Ces crimes maléfiques ont été commis contre des Australiens par des Australiens, par des ennemis présents au milieu de nous», a asséné Scott Morrison.

Laurence Defranoux

Source : libération

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