Mort des généraux Ahmed Gaïd (Algérie) et Qassem Soleimani (Iran): une curieuse similitude.

Par Léon SAKI – Afrique Matin.Net  

Ils ne sont pas morts de la même façon mais ils sont des généraux réputés et deux visages emblématiques des pouvoirs, algérien et iranien, considérés chez eux comme des héros nationaux. C’est pourquoi leur disparition semble pour nous porter les germes d’un même mystère.

Si Ahmed Gaïd Salah, selon les sources officielles, est décédé subitement suite à un arrêt cardiaque le 23 décembre 2019, le Général Qassem Soleimani, lui, a été tout simplement éliminé par l’armée américaine à la demande directe du président Trump. Deux importantes disparitions à seulement une semaine d’intervalle suscitent une certaine curiosité au sein des chancelleries.

En effet, le Général Qassem Soleimani porte l’image d’un homme héroïque, pieux et d’une assurance suprême, selon les spécialistes de l’Iran. Il est le symbole de la puissance militaire iranienne dans la région depuis la guerre Iran-Irak durant laquelle, il s’est illustré comme un véritable héros national dans l’imaginaire populaire.

Commandant le plus influent des Pasdaran, autre nom des gardiens de la révolution, cette armée surentrainée proche du pouvoir qui contrôle le nucléaire, les sous-marins et 30% de l’économie iranienne, Soleimani s’est illustré sur le théâtre des opérations dans des batailles cruciales contre Daech en Syrie et au Liban. C’est un véritable héros national, ce qui en a fait une cible appropriée pour Washington dans sa folle ambition de fragiliser le régime iranien auquel il est confronté en Irak pour le contrôle des puits de pétrole.

Et cet assassinat a été durement ressenti en Iran et chez ses alliés dont l’Algérie, un pays aussi cruellement frappé, quelques jours plus tôt, par la mort d’un visage emblématique de son haut commandement militaire. Si l’Algérie n’est pas véritablement considérée comme un danger pour la sécurité des Etats-Unis comme c’est le cas pour l’Iran, les relations entre les deux pays portent, tout de même, les stigmates d’un désaccord idéologique et géopolitique, depuis bien longtemps.

Ce qui pourrait amener à redire ou à s’interroger sur les causes réelles de la mort de l’homme fort du régime algérien attribuée à une crise cardiaque. Le décès subit du général Ahmed Gaïd Salah n’est-il pas l’oeuvre des services secrets israéliens ou américains? L’Algérie n’était-elle pas dans la ligne de mire des occidentaux ?

Certainement à cause de sa politique extérieure de ces dernières années incarnée idéologiquement par le général Ahmed Gaïd Salah. La carrure de l’homme de 79 ans considéré, de l’intérieur, comme un dur à cuir qui défendait une ligne sévère vis-à-vis des mouvements populaires, illustrée par l’arrestation de centaines de militants et son obstination à organiser un scrutin présidentiel le 12 décembre que les populations jugeaient biaisé, a toujours été a cœur des préoccupations.

Vu de l’extérieur, sa réputation pour une Algérie indépendante de l’influence occidentale est bien connue. C’est grâce à ce grand militaire que les Fennec ont survécu à une tentative de déstabilisation durant les révolutions colorées dites des « printemps arabes, » d’orchestration occidentale.

Aussi, l’Algérie a été l’un des rares pays arabes à marquer officiellement son opposition contre la guerre de l’OTAN en Libye. A ce titre, il accorda l’asile à plusieurs membres de la famille Kadhafi et refusa catégoriquement leur extradition aux nouvelles «autorités» libyennes.

Les autres faits, marquant le désamour de ce pays du Maghreb avec l’occident, restent sans nul doute, le refus de l’Algérie de considérer le Hezbollah libanais comme un groupe terroriste, à la demande de Riyad, le refus de se positionner contre l’Iran sous la pression de l’Arabie Saoudite, et enfin sa prise de position en faveur du respect de la souveraineté de la Syrie, dès le début de la guerre. Il est donc assez clair que l’Algérie, de par sa politique extérieure, milite âprement pour un monde bipolaire, d’où sa coopération militaire, politique et économique de plus en plus étroite avec la Russie.

La disparition du général Ahmed Gaïd Salah, remplacé par un plus modéré, ne manque donc pas d’intérêt pour les occidentaux.

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