La chronique du VP du Pdci-Rda Kobenan Tah Thomas/ Dix langues élues, des remous à gérer pour des sans-papiers !

La Chronique ‘’Les Actualités Politiques Ivoiriennes’’, numéro 31 du mercredi 04 Mai 2022 du Vice-Président (VP) du Pdci-Rda Kobenan Tah Thomas.

Bonjour chères concitoyennes et chers concitoyens.

Je voudrais aborder avec vous le sujet de la gratuité de la carte nationale d’identité et celui aussi de l’introduction de 10 langues maternelles ivoiriennes dans le curriculum de l’éducation nationale.

D’abord la cherté de la carte nationale d’identité. Il s’agit certes d’un vieux débat de plus de deux ans. A l’époque, les enjeux de la présidentielle d’octobre 2020 avaient fait monter le mercure sur la nécessité de distribuer dans les délais requis les cartes d’identité aux pétitionnaires. Mais aussi de lever tous les obstacles susceptibles d’entraver l’accès de nos concitoyens à ce papier qui garantissait à chacun le droit de prendre part au vote. Notre gouvernement avait tranché en déboutant celles et ceux qui réclamaient la gratuité de la pièce pour tous les citoyens comme ce fut le cas en 2009.

Depuis quelques temps, c’est devenu une mode avec certains partis politiques ivoiriens. Dans la perspective des prochaines élections locales de 2023 et de la présidentielle de 2025, s’adjuger la sympathie des électeurs en finançant le coût de la confection de leur carte nationale d’identité est devenue une pratique courante. Les uns rivalisent avec les autres sur la hauteur des montants mis à la disposition des militants, des populations dans les régions et circonscriptions électorales.

En termes clairs, des cadres de nos partis politiques paient de leur poche le coût requis pour que des personnes, qui n’auraient pas les moyens, puissent faire leur carte d’identité. Ainsi, quand viendra l’heure du vote, ces électeurs exprimeront leur reconnaissance en votant le cadre – devenu candidat – qui aura payé à leur place et pour le compte, le prix de la preuve de leur citoyenneté.

Si de telles pratiques prospèrent, elles pourraient trouver origine de deux sources.

Soit le prix de la CNI est effectivement hors de portée de la majorité de nos concitoyens. Dans ce cas, il serait temps que le gouvernement réfléchisse davantage sur le coût des droits de timbre de 5000 FCFA. Mais alors, il n’y a pas que ce coût ! Pour les nouveaux pétitionnaires, il y a aussi le coût du timbre pour la copie de l’extrait de naissance et celui du certificat de nationalité ; ces deux pièces étant requises pour s’enrôler en vue d’obtenir une carte nationale d’identité.

Soit encore, les cadres de nos partis politiques entrent dans un jeu de vilain qui conforte le gouvernement dans son inaction. Une telle pratique biaise le jeu de la démocratie et infantilise les populations. Payer pour la confection d’une carte d’identité contre un bulletin favorable à terme ! Voici une forme d’achat de conscience, un jeu politiquement correct mais qui enlaidit notre démocratie. La liberté de choix exprimée en la double fonction de l’intime conviction du votant et de la qualité des offres politiques des candidats perd ainsi son sens et adieu la démocratie

J’ai bonne souvenance qu’un parlementaire ivoirien avait posé le problème en une série de questions. Je le parodie ici du fait de l’actualité de ces interrogations. « Pourquoi faire payer à son citoyen le droit de détenir un titre d’identité? N’est-ce pas du devoir de l’Etat de Côte d’Ivoire de connaître ses citoyens afin de mieux planifier le développement du pays? Et si l’Etat ivoirien consacrait des ressources financières pour sécuriser son état-civil et pour former des agents dédiés à cette tâche spéciale sans faire subir à ses propres citoyens des épreuves inutiles?».

Le deuxième sujet est l’introduction des langues maternelles dans le curriculum de l’éducation nationale en Côte d’Ivoire. Nous avons appris que dix langues parmi la soixantaine que compte notre pays vont être enseignées dans les écoles. Il est évident que l’introduction des langues nationales constitue le début d’une révolution culturelle et un pas de géant vers la domestication de notre système éducatif. Une langue est un moyen de communication mais surtout un vecteur d’expression culturelle. En tant que moyen de communication, les langues promues pourront faciliter la compréhension des disciplines enseignées et réduire le caractère théorique des cours chez les apprenants. C’est donc une bonne chose à saluer.

Seulement voilà. Les modalités de la prise d’une telle décision n’ont pas pour l’heure été suffisamment expliquées par le gouvernement. Par quels critères les 10 langues maternelles ont été choisies ? Ces langues seront-elles apprises juste pour le besoin de les perpétuer ou bien seront-elles utilisées comme langues d’enseignement des disciplines habituelles ?

En tout cas pour l’heure, les résistances s’énoncent vigoureusement dans un climat de cohésion sociale un peu fragile. L’effet de l’annonce a engagé des empoignades entre les usagers des langues choisies et ceux des autres langues voisines qui n’ont pas été choisies. Sans préjuger des intentions du gouvernement qui a lancé l’information sans donner de détails sur la démarche qui a conduit à l’élection des 10 langues maternelles, je ne peux m’empêcher de soupçonner un agenda politicien ! Ce serait celui d’un pavé dans la mare. Attendons d’avoir toutes les cartes de cette décision pour comprendre les tenants et les aboutissants !

Merci et à mercredi prochain.

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