Gambie/De graves révélations sur Yahya Jammeh

 

Après plus d’un an d’enquête, les résultats de l’Ong Human Rights Watch accusent Yahya Jammeh de violences sexuelles. L’ex-président gambien est soupçonné d’avoir mis en place un véritable système pour abuser de des jeunes femmes. Trois victimes témoignent, mais également  la chercheuse Marion Volkmann Brandau.

Marion Volkmann Brandau.

 L’ex-président gambien est accusé de détournement d’argent, d’exactions. Vous l’accusez également de violence sexuelle ; Quelle est au juste la réalité sur cette affaire de viol ?

 Nous connaissons déjà beaucoup de crimes dont il est accusé, on connaît moins son côté prédateur sexuel. Nous avons interviewé trois femmes, mais aussi huit personnes très proches de lui et quatre de ses anciens gardes du corps. Tout le monde décrit le même système, où Yahya Jammeh appâtait de jeunes femmes, comme peut-être un chasseur appâte ses proies, pour ensuite les agresser sexuellement.

Que vous disent ces femmes ?

Ces femmes ont toutes des histoires différentes. Il est intéressant de voir que le système est le même. Elles sont prises au piège. Toufah Jallow était Miss Gambie. Elle avait donc l’obligation d’être là, dans les événements publics. À partir du moment où il la demande en mariage, elle arrête tout. Elle stoppe et elle refuse de venir. Il utilise le début du Ramadan comme prétexte pour la faire venir au palais présidentiel. Elle, on l’amène dans une pièce à part et il arrive avec une seringue à la main. Cela montre vraiment bien la préméditation. Il la frappe, il enfonce la seringue À ce moment-là, elle n’arrive plus à se débattre et c’est comme cela qu’il la viole.

Yahya Jammeh avait pour cible des femmes et c’est l’une de ses cousines, dit-on,  qui  appâtait les filles.

Le joyau de son système, est qu’il a une cousine, Jimmy Jammeh, qui se lie d’amitié avec les femmes qu’il convoite. Elle les amène jusque dans la chambre à coucher de Yahya Jammeh. Jimmy est vraiment la pièce maîtresse du système de Yahya Jammeh pour appâter des jeunes femmes et pour ensuite abuser sexuellement d’elles. Jimmy Jammeh fait partie de ce petit cercle de personnes qui ont fui avec Yahya Jammeh en 2017 et qui se trouvent maintenant en Guinée Equatoriale avec lui.

Plusieurs autres personnes ont témoigné, notamment  des gardes du corps.

C’est comme un puzzle que l’on a reconstitué. Donc nous avons l’histoire des victimes qui racontent tout l’avant. Nous avons l’histoire des gens du protocole et nous avons les gardes du corps. Des témoignages de gardes du corps, nous en avons quatre. Et ils voient comment tous les soirs des jeunes filles sont accompagnées par Jimmy dans ses appartements privés et qu’au bout d’une heure, deux heures, elles ressortent et certaines ressortent, d’ailleurs, en pleurant.

Et la justice gambienne, doit-elle  être saisie ?

La commission Vérité et Réconciliation, qui travaille depuis janvier, a déjà dévoilé un nombre impressionnant de crimes. Nous savons qu’ils enquêtent là-dessus. Nous savons que Toufah Jallow va être entendue publiquement par cette commission.

Le président Adama Barrow a-t-il  un rôle crucial à jouer ?

Le président Barrow a un rôle primordial à jouer là-dessus. En tout cas, il a dit qu’il allait attendre la fin des travaux de la Commission Vérité et Réconciliation pour, ensuite voir si la Gambie allait demander à la Guinée Equatoriale d’extrader Yahya Jammeh. Vu le nombre de preuves et de témoignages, il est assez réaliste de penser que la Commission demandera que Yahya Jammeh soit traduit en justice.

Avez-vous été au contact avec des avocats de Yahya Jammeh pour lui exposer ces faits ?

Nous avons essayé de contacter Yahya Jammeh par plusieurs canaux, malheureusement, sans succès. On verra quelle sera sa réaction à ce rapport.

A delà des trois jeunes femmes qui ont témoigné dans votre rapport d’enquête, d’autres victimes se sont-elles  signalées ?

Ce système laisse penser qu’il y a beaucoup plus de victimes. Donc, nous espérons que le courage de ces trois femmes donne l’audace à d’autres femmes de venir témoigner du calvaire qu’elles ont subi.

Source rfi.fr

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