Front Populaire Ivoirien/Aucune marche arrière n’est désormais possible

Nazaire Kadia, (analyste politique)

Le président Laurent Gbagbo vient une fois encore de donner un coup de pied dans la fourmilière du paysage politique ivoirien, suscitant des réactions de divers ordres. Il vient d’opérer une troisième…rupture avec l’annonce de la mise sur pied d’une nouvelle structure politique en lieu et place du FPI.

Si ses deux premières décisions à l’allure de rupture, prises au lendemain de son retour en Côte d’Ivoire revêtent un caractère personnel et strictement privé, la troisième ne l’est pas du tout et pour cause !

En effet, pour le contrôle du Front Populaire Ivoirien (FPI), parti qu’il a porté sur les fonts baptismaux avec certains de ses camarades en 1988, de nombreuses personnes s’attendaient à ce qu’il engage un bras de fer avec son ancien premier ministre, M. Affi N’guessan. Arc-bouté sur une « légalité » à lui conférée par la justice ivoirienne, et sûr de son fait, M. Affi attendait cet épisode de l’histoire du FPI, qui en toute logique aurait certainement fini en justice…et à son avantage.

De nombreux journalistes, des analystes politiques et des détracteurs de Laurent Gbagbo avaient déjà affûté leurs plumes pour fondre sur celui-ci. Le ton était déjà donné par la publication d’articles, présentant le président Gbagbo comme un assoiffé du pouvoir qui n’a pas honte de disputer le leadership du FPI  avec son lieutenant, après avoir assumé les plus hautes charges du pays.

Mais ayant anticipé sur ce qu’aurait été une telle situation sur son image et celle de ceux qui se retrouvent en lui, il a intelligemment évité la confrontation, et partant le piège, en laissant le FPI à M. Affi. Il décide donc de mettre sur pied une autre structure politique, rassemblant tous ceux qui ont une convergence de vue avec lui.

Doit-on s ‘étonner de ce qui arrive au FPI ? Assurément non. De nombreux observateurs de la vie politique en Côte d’Ivoire,  avaient depuis longtemps acquis la conviction que le point de non-retour dans la guéguerre entre les deux branches du FPI était atteint.

En effet, de retour de Bruxelles après un rendez-vous manqué avec le président Gbagbo, M. Affi N’guessan a fait une sortie tonitruante au cours d’une conférence de presse. Cette sortie a eu le mérite d’apporter un éclairage au conflit de leadership qui sévissait au FPI.

Sous l’effet de la colère de ce qu’il considérait comme une humiliation, M. Affi s’est laissé aller pour s’épancher et dire tout haut ce qu’il pensait du président Gbagbo dans le silence de son cœur. Ce qu’il avait jusque-là contenu par convenance politique et peut-être par calcul politicien, est sorti dès lors que la colère a fait tomber toutes les barrières.

Avec cette sortie et plus tard avec les publications de ses collaborateurs, notamment Jean Bonin, il apparaissait évident que recoller les deux morceaux du FPI, relèverait d’un miracle.

En prenant la décision de ne pas engager un bras de fer avec son ancien premier ministre, le président Laurent Gbagbo se refuse donc à se donner en spectacle et à donner du grain à moudre à ses détracteurs. La « bataille de Kirina » n’aura donc pas lieu, car il y a des batailles qui ne valent pas la peine d’être menées.

Mais les séparations et les changements les plus souhaités ont leurs moments de mélancolie.

Et la mélancolie est le sentiment qui étreint actuellement de nombreux militants des deux tendances du Front Populaire Ivoirien. Car des années de lutte commune, des années de privations partagées ne peuvent pas s’oublier du jour au lendemain. Certains d’entre eux ont encore l’espoir que les choses peuvent toujours s’arranger, mais comment ?

En attendant, « alea jacta est », les dés sont jetés.  Chacun ira sur sa route vers son destin et demain nous situera. Demain est certes un autre jour, mais demain arrive toujours. Et s’il y a eu un matin en Eburnie, il y aura assurément un soir et l’ivraie sera séparée du vrai.

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