Développement/William Bogui porte un regard sur la croissance et la diversification de l’économie africaine

Longtemps au ban des Nations, les États africains connaissent ces dernières années un dynamisme économique qui laisse croire que le continent est sur les meilleures auspices pour sortir du sous-développement. Initiateur du Forum Africa Development (FAD), et responsable du magazine Africa Development, William Bogui porte un regard sur cette Afrique qui bouge.

L’Afrique a été récemment frappée de plein fouet par la pandémie de Covid-19 et s’apprête à subir les conséquences de la guerre en Ukraine. Pensez-vous que le continent a une capacité de résilience suffisante pour faire face à ces différentes crises ?

L’Afrique n’est pas seule à subir ces différents chocs qui mettent à mal les acquis économiques et sociaux de l’ensemble des pays du monde. Toutefois, si vous observez bien, notre continent s’est montré résilient bien au-delà de ce que prédisaient les spécialistes.

Concernant la pandémie Covid-19, les spécialistes de l’OMS avaient prédit l’apocalypse en Afrique. Mais de façon formidable, l’ensemble des pays du continent a su réagir en mettant très tôt en place les différentes mesures sanitaires préconisées et en se montrant ferme, notamment lorsqu’il fallait confiner pour empêcher la propagation du virus. Les populations africaines sont aussi à féliciter parce qu’elles ont été en phase avec leurs dirigeants et se sont pliées aux restrictions imposées.

« Le continent africain possède d’importantes richesses en termes de ressources naturelles. il est riche en ressources- renouvelables et non-renouvelables », selon William Bogui.

Enfin, notre système de santé qu’on croyait complètement incapable de tenir face à la fulgurance de cette maladie a déjoué tous les pronostics avec une bonne prise en charge des malades, des dépistages et beaucoup de professionnalisme dans la sensibilisation et le conseil sur la maladie.

Concernant la guerre en Ukraine, il faut souligner que c’est avant tout une crise européenne et elle doit s’analyser comme telle. J’ai en effet été fort surpris que, quelques jours après le début de cette guerre, des « spécialistes » sur des plateaux de télés occidentales, tout en relativisant ses conséquences sur l’économie européenne, analysent cette crise en mettant l’accent sur le grave impact qu’elle aurait sur l’Afrique.

Il est évident qu’au regard de la globalisation économique et de l’évolution du monde en village planétaire, le conflit en Ukraine va avoir des répercussions sur l’ensemble des pays du monde. Mais dire que c’est l’Afrique qui va le plus en pâtir me paraît infantilisant ; surtout quand on voit toutes les avancées réalisées par l’ensemble des gouvernements africains en ce qui concerne la croissance et de la diversification de leur économie.

  Vous êtes un chantre de l’Afrique qui gagne, un afro optimiste, mais il est clair que le continent continue d’avoir un immense retard par rapport à l’ensemble des pays du monde occidental, des pays d’Amérique du sud et des pays d’Asie.

L’erreur dans laquelle nous tombons c’est justement ce type de comparaison. Il faut comparer ce qui est comparable. L’Afrique a subi près de cinq siècles d’esclavage, ensuite nous avons subi la colonisation qui a duré un siècle pour ne prendre fin, dans les textes, qu’au début des années 60. Le continent n’a donc qu’une soixantaine d’années de prise en main de son destin.

En comparaison, sachez que l’État des États-Unis d’Amérique est constitué depuis 1776 – soit 246 ans –, la France existe en tant qu’État depuis 1792 – soit 230 ans –, la Chine quant à elle est la plus ancienne civilisation au monde…L’Afrique est donc assez jeune. Toutefois, depuis les indépendances et malgré les nombreuses pesanteurs, notamment la déstabilisation politique, le pillage des ressources naturelles, les ajustements structurels imposés et inadaptés, etc., le continent a fait du chemin.

Au plan économique, l’Afrique affiche les meilleurs chiffres de croissance par rapport aux autres régions du monde depuis quelques années. Au plan politique, de nombreux États sont parvenus à solidifier leurs institutions et à sortir du risque de déstabilisation. Au plan social, la pauvreté a été réduite dans plusieurs pays africains, une classe moyenne a émergé et, au fur et à mesure, des entreprises locales commencent à s’imposer sur le continent.

Depuis quelques années, vous avez lancé un périodique, le magazine « Africa Development ». Quels objectifs poursuivez-vous à travers cet outil de communication ?

La crise en Ukraine et la bataille médiatique entre le monde occidental et la Russie qui en a résulté, a mis en lumière le rôle stratégique que peuvent jouer les médias dans tout processus. On a vu à quel point les médias pouvaient influencer l’opinion et dicter la façon de penser.

 À travers donc ce magazine, nous voulons répondre au besoin de l’Afrique, de se construire une opinion débarrassée des caricatures et de la mentalité de défaitiste, pour accompagner nos États dans leur processus de développement.

Aujourd’hui, de nombreux jeunes quittent le continent au risque de leur vie parce que, par la faute des médias, ils n’ont plus aucun espoir en l’Afrique. Or, si vous observez bien, de nombreuses multinationales font le chemin contraire parce qu’elles ont bien compris que l’eldorado, c’est bien l’Afrique. Il faut donc déconstruire cette vieille mentalité et ramener l’espoir aux africains.

 Vous avez également lancé un Forum, Africa Development Forum, en quoi consiste cet événement que vous présentez comme majeur pour le développement de l’Afrique ?

Africa Development Forum (FAD) est une plateforme qui vise à promouvoir les richesses du continent et les opportunités d’investissement dont elle recèle. Chaque année nous consacrons ce forum à un thème qui porte sur un axe de développement de l’Afrique et nous sélectionnons une capitale africaine pour l’y organiser.

Le FAD nous permet, à travers des conférences, des ateliers, des panels, des échanges, des expositions ou encore la mise en place d’un marché financier, de mobiliser des investissements pour impulser la croissance économique du continent.

 Nous mettons un accent particulier sur les investissements locaux, d’abord, parce qu’il est très important que le développement de l’Afrique soit porté par les fils du continent.  Ensuite parce que, dans un monde qui se structure de plus en plus en blocs d’États, il serait aberrant que l’Afrique reste là à ne rien faire. Il faut aller à une véritable intégration économique, voire politique et militaire. L’Afrique a un marché qui couvre une superficie de plus de trente (30) millions de km2 avec près d’1,5 milliard de consommateurs/ producteurs.

Notre continent possède en outre d’importantes richesses en termes de ressources naturelles. Il détient plus de la moitié des minerais rares au monde, et il est riche en ressources naturelles renouvelables et non-renouvelables. Il compte par sa géographie la plus grande entendue de terres arables au monde.

L’Afrique occupe le deuxième rang mondial quant à la longueur et la largeur des fleuves et le deuxième rang en matière d’entendue de la forêt tropicale. En outre, environ 30 % des réserves mondiales de ressources minérales se trouvent sur le continent.

Ses réserves de pétrole avérées représentent 8 % des réserves mondiales, et ses réserves de gaz naturel comptent pour 7 % des réserves mondiales. Tout ce potentiel doit être mis en valeur pour que les africains en récolte les dividendes et c’est là l’objectif du FAD.

 Quel est votre vision de l’Afrique dans les vingt ou trente années à venir ?

Pour moi, l’Afrique est le prochain pôle de développement et d’influence de l’économie mondiale. Dans vingt ou trente ans – nous serons témoins d’une Afrique qui a laissé derrière elle tous les écueils du sous-développement.

Je vois une Afrique où la question du chômage ne sera qu’un lointain souvenir, où des jeunes entreprenants et innovants seront à la tête d’entreprises fructueuses. Je vois également une Afrique composée d’États dotés d’institutions solides et de gouvernants de qualité, une Afrique qui promeut les valeurs et qui constitue la locomotive des États du reste du monde.

Source :  magazine Africa Development