Côte d’Ivoire/Kouadio Konan Bertin, déroule sa feuille de mission

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Par L.S /Correspondant afriquematin.net

Nommé à la tête du nouveau ministère de la Réconciliation nationale en Côte d’Ivoire, Kouadio Konan Bertin aura la difficile tâche de panser les plaies laissées ouvertes par vingt ans de troubles et de violences. Son parcours et son engagement plaident cependant en sa faveur et laissent espérer des jours meilleurs. 

La réconciliation nationale par la preuve. Le président ivoirien, Alassane Ouattara, réélu en novembre dernier pour un troisième mandat, a décidé de faire de cette réconciliation « la » grande priorité de son ultime mandat à la tête du pays. Et, afin que la réconciliation ne demeure pas qu’un vain slogan électoral, le chef de l’Etat a nommé,Kouadio Konan Bertin le 15 décembre 2020, au poste de ministre de la Réconciliation nationale. Un visage qui, pour n’être pas nouveau, reste du haut de ses 52 ans relativement jeune au regard de l’âge moyen des politiciens ivoiriens, pour un nouveau ministère, auquel Alassane Ouattara a, au lendemain de son investiture, confié la mission de renforcer « la cohésion nationale et la réconciliation des fils et filles de Côte d’Ivoire ».

Un parcours sous le sceau de la réconciliation 

Le choix de Kouadio Konan Bertin ne doit rien au hasard. Natif de Lakota, dans le sud du pays, celui que ses compatriotes surnomment « KKB » se présente lui-même comme « le fruit d’un métissage ivoirien », Né d’un père baoulé et d’une mère dida, militant au sein de l’organisation de jeunesse du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), il inscrit ses premiers pas en politique dans ceux de Félix Houphouët-Boigny, puis d’Henri Konan Bédié. Il se fait remarquer à l’occasion du coup d’Etat de 1999, en mobilisant les étudiants ivoiriens contre la junte militaire.

Un engagement qui le mène, en 2003, à la présidence des Jeunes du Pdci-Rda puis, en 2011, à se faire élire député de la commune de Port-Bouët, l’une des dix communes de la ville d’Abidjan. Quatre ans plus tard, KKB annonce sa première candidature à l’élection présidentielle. En faisant, déjà, de la réconciliation son cheval de bataille : « nous (…) avons l’obligation de faire quelque chose pour que les Ivoiriens se réconcilient, pour que notre peuple cesse de vivre côte à côte et qu’on apprenne à nouveau à vivre ensemble », déclare-t-il alors. 

Manifestement pas découragé par son score (3,88%), il réitère l’expérience en 2020, refusant de suivre le mot d’ordre de « boycott actif » lancé par l’opposition à Alassane Ouattara – dont il devient par là même le seul compétiteur en lice, au nom de la réconciliation : « je ne participe pas à ce qui divise la Côte d’Ivoire. Je ne cautionne pas ce genre d’aventure », lance-t-il en septembre 2020.

Souhaitant se distinguer d’opposants empêtrés dans une posture de contestation, KKB multiplie pendant la campagne les gestes d’apaisement, comme lorsqu’il libère une colombe, symbole de paix, le 29 octobre. Des efforts qui ne paient pas électoralement – sa candidature ne recueille, cette fois-ci, que 2% des suffrages exprimés – mais ne l’empêche pas d’ailleurs de féliciter Alassane Ouattara pour sa réélection et d’appeler à « la convocation immédiate d’une Conférence de dialogue national incluant toutes les forces politiques, anciennes comme nouvelles », de Côte d’Ivoire.

KKB va rencontrer Gbagbo et Blé Goudé 

Ancien opposant, candidat de la jeunesse – dans un pays dont les deux tiers des habitants ont moins de 25 ans –, infatigable artisan de la concorde nationale… : Kouadio Konan Bertin cochait toutes les cases pour un Alassane Ouattara désireux de donner corps à sa promesse de réconciliation.  Nommé par la suite au ministère du même nom, il s’attèle désormais à mettre en musique sa feuille de route.

Le nouveau ministre se rendra ainsi dans les jours prochains sur le continent européen, où il a prévu de rencontrer l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé, qui se trouvent respectivement à Bruxelles et La Haye. Auparavant,  le nouveau ministre fera une escale à Accra, au Ghana, où résident de nombreux Ivoiriens toujours en exil. « Nous sommes condamnés à parler le même langage, confie l’intéressé, à bâtir la stabilité. Et refaire de la Côte d’Ivoire ce grand pays stable, ce havre de bonheur et de prospérité partagé »

La Côte d’Ivoire a, en effet, traversé plusieurs dizaines d’années marquées par des conflits sanglants et des violences post-électorales. En 2010-2011, le refus de Laurent Gbagbo de reconnaître sa défaite face au candidat du rhdp avait conduit le pays au bord du chaos, les pillages, massacres et crimes divers faisant, selon les sources humanitaires, plusieurs milliers de morts. Les étrangers présents en Côte d’Ivoire avaient dû être évacués. Le pays retrouve peu à peu la voie de la paix et de la stabilité depuis la première élection d’Alassane Ouattara, et s’impose comme la locomotive économique de l’Afrique de l’Ouest. 

Les tensions n’en demeurent pas moins vives, comme en ont témoigné les nouvelles violences entourant le scrutin présidentiel du 31 octobre dernier. La réconciliation nationale reste donc un enjeu de tout premier plan.

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