Coopération/La France a-t-elle perdu sa crédibilité face à l’Afrique?

Par Ablizangoh Wakatê/afriquematin.net

 Longtemps considérée comme le « gendarme de l’Afrique » et un partenaire incontournable, la France semble aujourd’hui traverser une crise de confiance sans précédent sur le continent.

Entre le retrait forcé de ses troupes du Sahel, la montée des discours souverainistes africains et l’émergence de nouveaux partenaires dont la Russie, la Chine, la Turquie, la question se pose avec acuité. Et la réponse, nuancée, oscille entre un constat d’échec stratégique et une résilience diplomatique qui ne dit pas son nom.

 Le déclin le plus spectaculaire de la crédibilité française s’est joué au Sahel avec l’opération Barkhane, lancée en 2014 pour lutter contre les groupes djihadistes, s’est soldée par un retrait chaotique, achevé fin 2022. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger, trois pays où la France avait une influence historique, ont vu des régimes militaires prendre le pouvoir, portés par un sentiment antifrançais virulent.

 Malgré plus d’une dizaine d’années d’engagement et des milliards d’euros investis, la menace terroriste n’a pas été éradiquée. De hautes personnalités dont des ambassadeurs français ont été déclarés persona non grata à Bamako et à Niamey. La France a dû plier bagage sous la pression des foules et des nouvelles autorités. Le dernier verrou stratégique, le Niger a dénoncé les accords militaires avec Paris, tournant le dos à son ancien partenaire.

Pour de nombreux observateurs, la France a perdu la guerre des récits, apparaissant comme une puissance paternaliste, incapable de protéger ses alliés et sourde aux aspirations souverainistes de ses anciennes colonies.

La perte de sa crédibilité se mesure aussi à l’aune de l’émergence de nouveaux acteurs dont la Russie, via Wagner/Africa Corps) qui offre des garanties de sécurité sans condition et qui a également séduit les juntes sahéliennes. Le Mali, le Burkina et le Niger ont formé l’Alliance des États du Sahel (AES), tournant le dos à la Cédéao et à cette France.

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Viennent ensuite la Chine et la Turquie, deux puissances qui offrent des partenariats gagnant-gagnant, sans ingérence politique. La Chine construit des infrastructures, la Turquie vend des drones et forme des armées. La France est perçue comme exigeant des réformes en échange de son aide. Conséquence, elle n’est plus “l’interlocuteur unique” et sa parole n’a plus de valeur ni le même poids et lorsqu’elle condamne un coup d’État ou appelle au respect des droits de l’homme, elle est souvent ignorée, voire moquée.

Au-delà du militaire, la crédibilité française s’érode sur le plan culturel et économique, car le franc CFA qui est un symbole de la “Françafrique”, est de plus en plus contesté. Bien que des réformes aient été annoncées (passage à l’Eco), la lenteur du processus et la persistance du lien avec le Trésor français alimentent la défiance.

La cerise sur le gâteau a été le fiasco diplomatique de Nairobi où la mission de Maron a tourné au désastre, mission qui devrait être une opération de reconquête, car destinée à recoller les morceaux après des années de tensions entre la France et les pays du continent, cette tournée est-africaine s’est transformée en un cuisant échec.

Et dans un article détaillé, d’un journal local « The Standard », il est noté que “le sommet Africa Forward s’est peut-être achevé par des dizaines d’accords bilatéraux signés, mais les exploits de Macron loin des tapis rouges resteront gravés dans les esprits et dans les cœurs. Prévue pour sceller un nouveau partenariat d’égal à égal, cette « balade » d’Emmanuel Macron à Nairobi restera comme un symbole de l’impuissance croissante de Paris sur la scène africaine.

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