Conflit ethnique/ Le Burkina Faso refuse cette autre forme de terrorisme

Les autorités burkinabè dénoncent des « propos haineux » sur les réseaux sociaux qui font l’amalgame entre la communauté peule et les groupes terroristes. Le porte-parole du gouvernement burkinabè, Lionel Bilgo, s’exprime -sur les tensions actuelles entre le Mali et la Côte d’Ivoire, et sur le rôle que pourrait jouer le Burkina Faso pour calmer le jeu.

Le 18 août dernier, vous avez lancé un appel contre les risques d’épuration ethnique. Pourquoi cet appel ?

 Cet appel fait suite justement à un constat que le gouvernement a fait, mais aussi les populations burkinabè. À travers les réseaux sociaux, on entend de plus en plus d’appels à l’épuration ethnique ou d’appels en tout cas à une riposte ethnique contre une ethnie en particulier. Et le gouvernement a condamné avec véhémence ces appels à l’épuration ethnique. Nous refusons de rentrer dans un conflit ethnique. Le seul ennemi qui reste au Burkina, ce sont les terroristes.

Et quelle est la minorité qui est visée par ces appels aux meurtres ?

La minorité qui est visée par ces appels aux meurtres, c’est clair dans les appels audio, c’est l’ethnie peule qui n’est d’ailleurs pas une minorité. Quand vous allez compter en termes de volume, au Burkina Faso, c’est une ethnie qui est très représentative, qui fait partie de cette belle mosaïque du Burkina Faso.

Êtes-vous d’accord avec l’ancien ministre des Affaires étrangères Alpha Barry qui dans une tribune appelle les chefs politiques, religieux et coutumiers à aller sur le terrain pour parler aux populations ?

« Concernant l’incarcération des 49 militaires ivoiriens, le Burkina peut être un bon tremplin pour permettre une continuité des échanges et du dialogue ».

Je pense qu’il devrait le faire aussi. Et je pense qu’il aurait dû le faire aussi depuis très longtemps, car ce genre d’audios, ça dure depuis le gouvernement de Roch Marc Christian Kaboré. Ça ne date pas d’aujourd’hui. Il était ministre des Affaires étrangères et sa voix portait déjà à cette époque-là. Je pense que ce n’est pas mal qu’il ait porté sa voix maintenant, mais il fallait le faire depuis très longtemps.

A-t-il raison sur le fond ?

Sur le fond, le gouvernement a raison d’interpeller les populations et surtout à travers le ministère de la Sécurité, interpeller toutes les personnes qui s’adonnent à ce genre de messages, parce que c’est inadmissible dans un pays qui s’appelle le Burkina Faso aujourd’hui.

Que vous faites-vous face à ces appels aux meurtres ?  Avez-vous identifié certains de leurs auteurs ? Où avez-vous lancé contre eux des poursuites judiciaires ?

Automatiquement, certains de ces auteurs ont déjà été identifiés, certains ont déjà été interpelés. Ils vont être entendus. Tous ceux qui se sont lancés dans ce genre de diatribe répondront devant la loi.

Lors d’une récente visite d’une délégation militaire, le  Burkina Faso et Niger – se sont tournés vers le Mali pour que ce pays entre à nouveau dans une coopération antiterroriste avec vous…

Oui. Et c’est sous le leadership d’ailleurs de l’armée burkinabè, le ministre de la Défense Barthélémy Simporé en tête, avec le chef d’État-major burkinabè. C’est vrai qu’avec le retrait du Mali du G5 Sahel et le refroidissement des relations entre le Mali et le Niger, ça a un peu ralenti cette coopération tripartite. Mais le Burkina souhaite vraiment que le Mali revienne dans la danse. Et le Mali a, semble-t-il, donné une réponse positive et il reviendra dans cette coopération bilatérale-là.

Cette perche qui a été tendue à votre voisin malien, l’a-t-il saisie ?

Le Burkina Faso entretient de très bonnes relations avec le Mali. Il y a des délégations du côté du Burkina qui se rendent au Mali, et les Maliens qui se rendent au Burkina Faso. Les deux armées travaillent main dans la main, elles font des opérations ensemble. Vous savez le Burkina Faso partage également une bande de frontière et avec le Mali et avec la Côte d’Ivoire. Donc, nous avons une zone aussi que l’on peut appeler la zone des trois frontières, du côté de l’ouest du Burkina. Et donc, c’est très important pour nous qu’il n’y ait pas de froid entre tous les pays. C’est un des points très importants du président Paul-Henri Sandaogo Damiba, qui a pris langue justement avec ses homologues du Mali, afin de faciliter et de simplifier le dialogue entre le Mali et la Côte d’Ivoire.

 Que peut faire le Burkina dans l’affaire de ces 49 soldats ivoiriens retenus prisonniers au Mali depuis bientôt deux mois ?

Le drame serait de tomber dans un dialogue de sourds. Et donc, le Burkina peut être un bon tremplin pour permettre une continuité des échanges et du dialogue. C’est ce que le Burkina essaie de faire afin de permettre une résolution heureuse de ce conflit qui agite le froid entre ces deux pays. C’est d’ailleurs tout à l’honneur du président Paul-Henri Sandaogo Damiba, qui a pris son bâton de pèlerin, et qui essaie de ramener le dialogue autour de la table.

 Il y a de plus en plus d’attaques terroristes au Togo venant de votre pays,  le Burkina Faso et le Togo sont-il prêts à coopérer ?

Il y a une coopération militaire beaucoup plus soutenue, plus renforcée entre le Togo et le Burkina. Pour information, par exemple, il y a des délégations militaires burkinabè qui se rendent au Togo et vice versa. Et il y a même une rencontre au plus haut sommet entre le président togolais et le président burkinabè pour essayer d’accentuer la coopération militaire. Le Burkina Faso apporte souvent un soutien aérien à l’armée togolaise au niveau de la frontière. Et avec une base militaire et une surveillance accrue de cette zone frontalière, le Burkina Faso mène plusieurs attaques depuis 3 ou 4 semaines sur la frontière togolaise, ce qui permet aux deux armées d’échanger des informations pour sécuriser cette zone-là.

Que ressort-il de la visite que le président Paul-Henri Sandaogo Damiba a faite il y a dix (10) jours au président Faure Gnassingbé ?

Je pense que c’est une visite qui est venue mettre au plus haut sommet des échanges la situation sécuritaire, mais pas que, il y a aussi la relation entre nos deux pays, une relation qui ne s’est jamais refroidie. Et je crois que c’est vraiment très important que les chefs d’État de toute cette zone-là comprennent que cette guerre terroriste est une guerre commune et qu’il n’est pas question de laisser le Burkina seul, le Mali seul ou le Niger seul, dans les mois ou dans les années à venir.

Source : rfi.fr