Afrique du Sud: un nouveau pas vers la réforme agraire

Le Parlement sud-africain se prépare à autoriser l’expropriation des terres sans compensation.

La commission parlementaire de révision de la Constitution remet, ce vendredi 27 septembre, son rapport recommandant ou non un amendement pour autoriser l’expropriation des terres sans compensation. Le Parlement sud-africain avait adopté à une large majorité la création de cette commission, le 27 février. Avec le soutien de la gauche radicale, les Combattants pour la liberté économique, en français (EFF), l’ANC dispose de la majorité parlementaire des deux tiers nécessaires pour amender la Constitution en ce sens.

La minorité blanche, qui représente 8 % de la population d’Afrique du Sud, « possède 72 % des fermes », contre « 4 % seulement » pour les Noirs (80 % de la population) affirme Cyril Ramaphosa. Puisque cette situation est un héritage de la colonisation et de l’apartheid, elle autorise, pense-t-il, la modification de la Constitution pour autoriser explicitement l’expropriation de terres sans compensation afin de redistribuer les terres aux Noirs.

C’est au cours de son discours sur l’état de l’union, le 20 février, qu’il s’est prononcé en faveur de l’expropriation sans compensation des terres afin de « soigner les divisions du passé, pour établir une société basée sur des valeurs démocratiques, la justice sociale et les droits de l’homme ».

Une promesse attendue depuis 24 ans

La réforme agraire est une promesse faite par l’ANC depuis son arrivée au pouvoir, en 1994. Mais 24 ans après, seules 8 % des terres agricoles ont été restituées. Cette non-redistribution des terres est vécue, au sein de la majorité noir, comme une profonde injustice. Elle a contribué au discrédit de l’ANC, affaiblit déjà par des scandales de corruption et par son incapacité à relancer l’économie sud-africaine. Et elle a favorisé l’émergence du parti des Combattants pour la liberté économique.

Dans la perspective des prochaines législatives du printemps 2019, Cyril Ramaphosa tente de reconquérir ses électeurs déçus par l’ANC et de plus en plus tentés par l’EFF.

Parmi les opposants virulents à ce projet d’exproprier sans compensation, la fondation de l’ancien président Thabo Mbeki. Dans un rapport rendu public le 25 septembre, elle reproche à l’ANC d’avoir abandonné les principes non raciaux du parti de Nelson Mandela.

La fondation l’accuse de « ne plus représenter » la population, mais d’être un « parti de Noirs ». L’ANC a « l’obligation de respecter deux principes : l’Afrique du Sud appartient à tous ceux qui l’habitent, les Noirs et les Blancs, et la terre doit être partagée entre ceux qui la travaillent », souligne la fondation Mbeki. « Si l’ANC abandonne ses deux positions de principes, il doit accepter qu’il tourne le dos à sa position historique de « parlement du peuple », conclut la fondation.

Inquiétudes des banques

Les milieux financiers sont très inquiets par cette évolution. Pour Mike Brown, le directeur général de Nedbank, l’une des plus importantes banques d’Afrique du Sud, cette mesure peut entraîner une crise bancaire majeure.

« Je peux vous assurer que les incertitudes entourant le résultat de cette révision constitutionnelle ont déjà un impact négatif sur la confiance des investisseurs », a-t-il expliqué devant la commission parlementaire.

Piet Le Roux, le directeur général de la société de consulting Sakeliga, est tout aussi alarmé. 60 % des prêts accordés au secteur agricole sont détenus par les banques commerciales avec, dans bien des fois, comme principale garantit la valeur globale des terres.

Laurent Larcher
La Croix / MCP, via mediacongo.net

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