AES/ Le défi de la souveraineté ne se présente pas comme un pacte de défense, mais un projet de libération économique et politique.

Une analyse de Ablizangoh Wakatê/afriquematin.net

Le Mali, le Burkina Faso et le Niger, marquent une rupture géopolitique majeure en Afrique de l’Ouest. Si cette coalition suscite une inquiétude manifeste dans les chancelleries occidentales, ce n’est pas uniquement pour des raisons de sécurité, mais pour une remise en cause profonde des équilibres établis depuis la décolonisation.

Pendant des décennies, le Sahel était considéré comme une zone d’influence quasi exclusive, particulièrement pour la France.  ​Le rapprochement avec Moscou à travers  le groupe Wagner ou Africa Corps offre aux États de l’AES un soutien militaire sans les conditionnalités démocratiques ou humanitaires exigées par l’Union européenne (UE ) ou les États-Unis.
​L’ouverture vers l’Iran et la Turquie, ces nouveaux acteurs proposent des drones, de l’armement et des investissements, réduisant la dépendance technologique et diplomatique envers l’Occident.
​Le défi de la souveraineté et le sentiment anti-colonial de la confédération ne se présente pas seulement comme un pacte de défense, mais comme un projet de libération économique et politique. Les discussions au sein de l’AES sur la création d’une monnaie commune frappent au cœur du dernier grand levier de contrôle monétaire français en Afrique. L’expulsion des troupes françaises Barkhane et le retrait forcé des forces américaines au Niger sont vécus comme des camouflets diplomatiques, affaiblissant la capacité de projection de puissance de l’Otan dans la région.

​Le sous-sol de ces pays est d’une importance stratégique cruciale pour la transition énergétique et l’économie mondiale, notamment l’Uranium du Niger, matière cruciale pour le parc nucléaire français et européen. L’Or du Mali et du Burkina Faso qui sont des ressources massives qui, si elles sont mieux contrôlées par les États locaux ou redirigées vers des partenaires orientaux, échappent au circuit financier occidental. Sans oublier le Lithium et les terres rares, essentiels pour les technologies de demain, dont les gisements deviennent des terrains de compétition féroce.

​Pour les Occidentaux, la sortie de ces Etats de la Cédéao fait craindre une fragmentation de la région et l’Occident craint qu’une rupture de coopération sécuritaire n’entraîne une expansion des groupes djihadistes vers les pays du Golfe de Guinée  comme la Côte d’Ivoire, le  Bénin, et le Togo.
​Concernant les flux migratoires, le Niger était un verrou stratégique pour les contenir vers la Libye puis l’Europe. En dénonçant les accords de coopération de cette invasion, l’AES dispose d’un levier de pression politique majeur sur l’Union européenne.

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Dirigée par des transitions militaires qui prônent une démocratie souveraine adaptée aux réalités locales, par opposition au modèle libéral poussé par l’Occident, le succès potentiel de ce modèle autoritaire-souverainiste pourrait faire tache d’huile dans d’autres pays africains, menaçant l’architecture diplomatique que l’Ouest du monde tente de maintenir sur le continent.

​L’AES fait « peur » car elle symbolise la perte de contrôle, elle représente également un monde multipolaire où les puissances occidentales ne sont plus les seuls interlocuteurs possibles. Pour l’Occident, le risque est de se voir totalement évincé d’une région de soutien, tant sur le plan des ressources que de la stratégie sécuritaire mondiale.