Aboisso/Voici les causes qui freinent le redécollage.

Interview réalisée par Iris Fabiola Yaëlle/afriquematin.net/coll : RMK, JL

 Homme d’actions qui a à cœur de développer la capitale de la région du Sud-Comoé, le maire Alfred Jérémie N’gouan compte de nombreuses réalisations dans divers secteurs au sein de sa cité. Malheureusement cette localité rencontre de nombreuses difficultés, voire des maux qui retardent son développement. Qu’en est-il exactement ?

Monsieur le Maire, la capitale du Sud-Comoé rencontre de grosses difficultés d’ordre infrastructurel, à quoi est dû ce retard de développement ?

Lors de notre conseil municipal tenu il y a quelques jours, le Préfet de région, Coulibaly Gando a annoncé qu’un certain nombre de routes de la ville allaient être bitumées. Il y a effectivement un retard par rapport aux autres villes dans la mesure où des villes du Sud-Comoé ont toutes connu des débuts de bitumage des routes depuis quelques années. Effectivement Aboisso a pris du retard mais qui va être rattrapé très vite, car le chef de l’Etat à qui nous avons rendu hommage pour cette décision va nous permettre de rattraper notre retard en nous donnant quelques kilomètres de plus.

Pendant ma campagne, j’avais évoqué clairement que le bitumage des routes est une prérogative de l’Etat, ce n’est pas une fonction dévolue aux mairies. Ce n’est pas aujourd’hui que je vais me dédire. Donc, l’Etat va assumer ses responsabilités, je m’en félicite. Et encore une fois, j’en profite pour rendre hommage à Son Excellence le président de la République, Alassane Ouattara et à son Premier ministre, Patrick Achi pour cette décision qu’ils ont prise de nous permettre d’avoir notre quota de routes bitumées.

Au mois de mars 2019, il avait été dit que votre commune bénéficierait de 8,7 Km de bitume. Ce chiffre est-il d’actualité ou il y a eu une évolution ? Et peut-on les connaitre dans le détail ?

Le maire Alfred Jérémie N’gouan reste optimiste quant à l’avenir et au développement de la ville d’Aboisso.

J’attends qu’on me dise le nombre exact de kilomètres prévu mais il est de mon rôle de Maire d’aller voir les autorités concernées pour obtenir au moins les huit (8) kms. J’espère que nous irons au-delà de ce nombre pour rattraper le retard comme je l’ai dit tantôt. Les rues et axes à bitumer ont été répertoriés et identifiés.

Pour les détails je ne peux pas vous les donner parce que ce travail a été fait par le Conseil municipal dans sa totalité et piloté par le 2ème adjoint. C’est un travail cohérent qui visait d’abord à désenclaver certains quartiers et ensuite à faire en sorte que nous ayons des voies de dégagement pour que si le centre de la ville a un problème, on puisse quand même circuler dans la ville. Cela a été fait avec la direction des infrastructures et il y a une cohérence logique dans les choix qui ont été faits.

Au-delà des routes, l’on a constaté que vous avez beaucoup de réalisations dans les domaines de la santé et de l’éducation,

Oui, effectivement, la santé et l’éducation étaient notre priorité pendant notre campagne pour les municipales. Nous avons mis en œuvre un programme très pertinent qui se déroule normalement sur le terrain. J’espère que nous pourrons encore aller plus loin avec les aides qui nous viennent de la part de certains de nos partenaires.

Lors du récent conseil municipal le Préfet de région, Coulibaly Gando a annoncé qu’un certain nombre de routes de la ville allaient être bitumées au grand soulagement des administrés.

Pour le moment, je ne peux pas vous dire lesquels mais vous venez de constater que je viens d’échanger avec des partenaires qui viennent de l’extérieur, notamment du Canada. C’est vraiment pour renforcer le dispositif de l’éducation et de la santé.

Si les personnes ne sont pas en bonne santé, elles ne peuvent rien faire, si les personnes ne sont pas éduquées, on ne peut pas espérer avoir un progrès général dans notre pays. Donc, la santé et l’éducation sont les piliers essentiels de notre développement et à notre modeste niveau, en tant que mairie, nous voulons contribuer à cet effort national.

 Monsieur le Maire, nous avons constaté que plusieurs infrastructures existaient et ont été réhabilitées pour certaines, faute de fonctionnement. Est-ce que les dispositions sont prises pour que les fonctionnaires soient affectés ?

Bien sûr que oui ! Il n’y a pas de problème au niveau de la santé. Avec le ministre actuel de la Santé, il n’y a aucune difficulté, tout se passe très bien.  De ce côté-là, nos populations seront satisfaites des mesures qui vont être prises bientôt.

Plusieurs villages de la commune bénéficient de centres de santé communautaires au grand bonheur des populations

Vous parliez tantôt de l’éducation et de la santé. Est-ce qu’on peut savoir le nombre de réalisations par zones ou par secteurs ?

Nous avons achevé et construit sept (7) établissements en matière d’éducation, c’est-à-dire au préscolaire et au primaire. En termes de centres de santé, nous avons terminé les travaux des centres de santé qui avaient été entamés sous le précédent mandat et nous avons surtout procédé à leur équipement avec l’aide de certaines communes d’Abidjan –  mais aussi, nous avons bénéficié de l’apport de ces communes pour équiper ces centres.

En matière d’éducation, il y a une innovation, nous avons créé une école primaire et deux écoles maternelles au sein du Cafop pour permettre aux futurs enseignants d’avoir des écoles d’application, c’est très innovant, à mon avis. Nous sommes à la base de ce projet et nous espérons que ça va marcher. Nous avons désenclavé certains quartiers en y créant aussi des écoles primaires, il y a surtout un vaste projet de réhabilitation des écoles primaires de la commune dont certaines sont très anciennes.

Quels sont les projets que vous avez dans les autres secteurs de la vie à Aboisso ?

En dehors de la voirie l’un des problèmes majeurs de la ville reste le logement. Sur ce point, nous avons des projets et nous travaillons avec des opérateurs privés. Nous sommes en train de voir comment améliorer le logement à Aboisso. Améliorer le logement veut dire avoir une offre et surtout une qualité de logement supérieure à celle d’aujourd’hui. Ces projets sont très lourds. Il n’incombe pas à la Mairie de les faire. Donc nous appelons le privé de venir investir dans ce secteur. Mais avant de construire des logements, il faut régler le problème du foncier notamment des lotissements.

Il faut rappeler que nous avions une certaine anarchie dans les lotissements, heureusement nous avons mis de l’ordre. Et avec le ministère de la Construction, nous espérons très prochainement des arrêtés qui vont nous permettre d’ouvrir le marché du lotissement pour permettre à tous ceux qui sont désireux d’acquérir des lots d’en acquérir parce que notre objectif c’est de préparer la ville pour les années futures.

Lorsque l’autoroute arrivera à Aboisso, la distance entre Abidjan et notre ville sera réduite en termes de durée de voyage et cela peut nous donner de nombreux atouts. Notamment, cette usine qui se construira à Ayébo, et la proximité qui sera établie avec Abidjan via l’autoroute peut jouer un rôle très important dans le développement de la région. Nous espérons être à mesure d’offrir des facilités que des cités comme Bonoua et Yaou offrent déjà aux populations.

Selon vous quelles sont les raisons qui ont occasionné les différents retards dans l’exécution des projets ? Ne pensez-vous pas que votre commune paie le prix fort de la désunion de ses cadres ?

C’est possible ! Mais je pense que ce n’est pas la seule ville de Côte d’Ivoire qui vit ce genre de situation. Je vous recommande vivement de faire un tour dans les autres localités du pays et de voir comment elles se sont développées. Il est évident qu’il y a du retard manifeste. Quand vous arriviez, vous avez vu l’entrée de la ville. Je ne cache pas que je ne suis pas très fier de cette entrée.

J’aurai voulu, par exemple, que cette voie qui existe depuis la construction de la route Côte d’Ivoire -Ghana soit une route de 2×2 voies qui traverse la ville comme on le voit ailleurs. C’est le rêve de tout maire de voir sa ville comme ça. Je ne désespère pas que cela se fasse très bientôt.

Je rappelle que nous avons eu plus d’une centaine de morts dans la descente d’Assouba et le rôle d’un maire, ce n’est pas de s’asseoir et de regarder les gens mourir sans réagir. Nous devons réagir.

S’agissant des causes du retard, je ne voudrais pas passer mon temps à les chercher, mais plutôt passer mon temps à trouver des solutions pour qu’on puisse avancer. Si d’aventure, tous les enfants de cette ville pouvaient se mettre ensemble pour dire : « notre ambition, c’est de faire de notre capitale régionale une belle cité pour les générations futures », je dirais que ce serait parfait. C’est mon souhait le plus cher.

Un mot sur l’électrification et l’eau potable.

Il y a de gros investissements qui sont faits par l’État en matière d’eau potable et nous ne pouvons que remercier les ministères concernés et le président de la République pour cela. Il y a beaucoup d’efforts qui sont faits, il y a une amélioration. Je pense que les choses viennent avec le temps.

En ce qui concerne l’électrification, la mairie a complété l’action qui a été entreprise par la Compagnie Ivoirienne d’Electricité (CIE) et nous avons l’intention d’amplifier cette action. Il y a beaucoup de compteurs à carte qui ont été posés dans la ville, cela facilite la fluidité de la distribution de l’électricité et le paiement des factures. Il y a beaucoup d’efforts qui sont faits.

Monsieur le Maire, êtes-vous satisfait de votre mandat ?

– En toute sincérité, on ne peut pas être satisfait de son mandat quand on a de l’ambition comme moi pour sa ville. On a envie de faire toujours mieux. Les mois à venir, je vais mettre à profit pour faire encore mieux pour ma ville et pour ma population. Je ne peux pas tomber dans l’autosatisfaction. Ce n’est pas mon genre de dire « je suis satisfait », mais tout ce que l’être humain fait peut-être amélioré. Tout est perfectible. On a fait beaucoup de réalisations mais on n’a pas fini de travailler pour la jeunesse, notamment en matière d’infrastructures sportives. Nous avons encore des projets qui sont prévus pour cette année et l’année prochaine.

En matière de formation des jeunes, nous aurions voulu en faire plus. Et nous réfléchissons aux moyens de pouvoir aider la jeunesse à s’en sortir. Nous avons des prêts pour les jeunes et pour les femmes, ça se passe bien. Les prêts sont très bien remboursés et je félicite tous les souscripteurs qui ont procéder à des remboursements normaux de leurs prêts. Tout cela est bien mais nous pouvons faire mieux.

Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées durant ce mandat ?

À l’heure du bilan, on pourra faire état de toutes les difficultés rencontrées, je dirais que les premières difficultés rencontrées sont des incompréhensions. Je préfère employer un mot pas trop fort en parlant de « difficultés d’incompréhension ». Parce que je me refuse à penser que les gens qui sont des fils d’Aboisso puissent, pour des raisons d’antipathie, entreprennent quoi que ce soit pour freiner le développement de leur ville.

Je refuse de penser comme ça. Je me dis que ce sont des incompréhensions, j’espère qu’elles vont se résorber bientôt, que tout le monde va comprendre que notre intérêt, c’est d’avoir une belle cité et que tout le monde y vive en paix, en harmonie, dans la parfaite entente. C’est mon vœu.

Quels sont les grands projets à venir ?

 Au niveau des grands projets c’est d’abord améliorer les conditions des écoles dans les mois à venir, parce que l’éducation et la santé sont nos priorités. Nous avons des actions à poser pour suppléer l’absence des COGES -au niveau des écoles primaires. Nous allons améliorer les conditions de fonctionnement des écoles et ainsi que celles des centres de santé, sans oublier le transport qui reste une de nos difficultés majeures à Aboisso.

Au niveau du transport, nous devons discuter avec les partenaires et acteurs, notamment les taxis et autres pour améliorer la circulation dans la ville. Bien sûr, la priorité reste aussi l’amélioration des infrastructures routières, il y a encore beaucoup à faire. Je ne peux pas tout vous dire -mais sachez que la situation des jeunes reste notre préoccupation, les transports, la circulation des personnes et enfin l’aide aux indigents. A ce niveau nous avons programmé plusieurs actions à mener à l’endroit de ces personnes cette année, parce que nous ne voulons pas voir des gens qui souffrent dans notre commune. Et nous allons tout faire pour sortir les indigents de la souffrance pour qu’ils aient de quoi au moins se nourrir.

Le bâtiment abritant les classes de l’école primaire du village de Kogodjan.

Ce n’est pas facile mais voyez-vous, vous me demandiez si je suis satisfait. Eh bien, je pense que de ce côté-là, je ne suis pas très satisfait parce que j’aurais pu faire plus. La mairie aurait pu faire plus pour les indigents mais il n’est pas tard, nous allons essayer de rattraper cela.

Y’a-t-il l’entente et la cohésion entre les filles et fils d’Aboisso ?

Moi, de mon côté, je n’ai pas problème avec qui que ce soit. Il serait bon que nous tous, nous fassions preuve de beaucoup d’humilité et d’amour vrai pour notre population et pour Aboisso. Quand on décide d’être un homme politique, cela veut dire qu’on a décidé d’être au service de la population et non, à son propre service, c’est important. Je voudrais le rappeler à tous. Si on accepte tout cela, on verra que tous ceux qui ont de la compassion, tous ceux qui ont de l’amour, tous ceux qui sont humbles ne peuvent que s’entendre. Mais, il y en a qui ont leur propre agenda et c’est ceux-là qui créent les problèmes.

La ville d’Aboisso vient d’enregistrer l’élection de Miss Côte d’Ivoire 2022 et l’on apprend que vous avez joué un rôle important de motivation dans la préparation de la candidate. Confirmez-vous cette information ?

Oui, vous savez depuis plus d’une vingtaine d’années, je suis le parrain du Comité local Miss Côte d’Ivoire d’Aboisso.  Il m’arrive de motiver des jeunes filles à participer au concours lorsque, comme dans le cas d’espèce, les candidates ne semblent pas tellement décidées à se lancer, je les appelle et j’arrive à les convaincre. C’est ce que j’ai fait avec Miss Marlène-Kany Kouassi, qui a été élue comme Miss Côte d’Ivoire, je ne le regrette pas. Dès que j’ai vu cette jeune fille, je sentais qu’elle avait de forte chance de gagner.

 Cela fait partie aussi de notre rôle de formateur, d’éducateur. Cette fille aujourd’hui, elle est sortie de l’ombre et elle va porter haut les couleurs d’Aboisso. Je voudrais signaler tout de même qu’en parrain du COMICI local, Aboisso est à sa 4ème Miss nationale. Il y a N’Cho Laetitia, Rosine Dacoury, Aïssata Dia et Marlène Kouassi-Kany.

Des établissements scolaires  sont à portée de mains  dans plusieurs villages dont celui de Ninguê ..

Je ne vous le cache pas, j’en suis très fier. Vous savez, la fierté pour un homme politique, c’est de savoir qu’il a fait quelque chose qui profite aux autres, qui procure le sourire, la joie. C’est pour cela que je considère que je suis au service de ma population.

Avez-vous un mot à l’endroit de vos administrés ?

 Aboisso, c’est ma famille, je me considère un peu comme un chef de famille qui, de temps en temps, est obligé de taper dur. Ce n’est pas facile. Mais ce sont des gens extraordinaires, les habitants d’Aboisso. Ils m’ont adopté. Je suis très fier d’être à la tête de la commune. J’espère mériter leur confiance et j’espère qu’ils ne sont pas trop déçus par mon mandat.  Je ne suis pas un homme des réseaux sociaux, mais on me rapporte souvent des choses écrites sur les réseaux sociaux. Je considère que cela fait partie aussi de la démocratie moderne. Là aussi il faut un peu de pondération, les outrances, les excès, je n’en tiens pas compte. J’écoute ma population que j’adore.