Transition civile/ La nomination de Bédié oblige la communauté internationale à intervenir dans la crise

Avec la tenue effective de l’élection présidentielle malgré le « boycott actif », tout semblait perdu pour l’opposition. Mais en politique, tout est question de stratégie et surtout de timing. Les récents développements de l’actualité politique montrent bien qu’il ne faut pas enterrer trop vite, la coalition de partis politiques en conflit ouvert avec le régime d’Alassane Ouattara.

L’opposition politique a repris l’initiative. La mise en place d’une transition civile dirigée par le président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire, Henri Konan Bédié, en attendant la nomination des autres organes de cette transition qui viendront l’appuyer a remis totalement la coalition en selle. Au moment même où tout semblait perdu.

Le ballet diplomatique de ces derniers jours au domicile d’Henri Konan Bédié, à Cocody les Ambassade, montre bien que les centres d’intérêt se déplacent imperceptiblement vers la coalition de l’opposition.

On remarquera que ce ballet diplomatique des ambassadeurs les plus influents pour la Côte d’Ivoire (France, de des Etats-Unis) et la visite du Représentant spécial des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel, le Ghanéen Mohamed Ibn Chambas a précédé la conférence de presse de la plateforme annonçant la mise en place de la transition civile et la nomination de son chef. Est-ce un signe ? L’occurrence peut légitimement être envisagée !

Dans un Tweeter, l’ambassadeur américain a certes démenti avoir rencontré le président du Pdci. Son prétendu co-visiteur, le Français Jean-Christophe Belliard, non. C’est pour ainsi dire une déclaration diplomatique du chef de mission des Etats Unis en Côte d’Ivoire qui a sa logique propre! Ça ne fait pas politiquement correct de prendre ouvertement parti pour une structure aussi informelle comme un organe de transition civile !

Pour en revenir à la nomination de Bédié, on note que dans un Tweeter de Guillaume Kigbafori Soro, la veille, il annonçait déjà cette transition et dans des termes allusifs, il indiquait qui la dirigerait. Il a parlé d’un ancien Président de la République. En dehors de Laurent Gbagbo, les anciens Présidents de la République de Côte d’Ivoire, il n’y en a pas mille !

Il faut dire que l’élection présidentielle, loin d’avoir fait luire le blason du Président sortant Alassane Ouattara, a plutôt assombri davantage son image. Le pari qu’il a fait avec ses stratèges, c’est de faire mentir l’opposition qui jurait sur ses grands dieux que cette élection n’aurait pas lieu. Il fallait donc pour le pouvoir mettre tout le monde, devant le fait accompli, le marché exécuté et livré.

Sauf que dans ce véritable forcing, il a manqué pour le moins, la manière. Ce qui devait être comme une victoire éclatante s’est révélée comme un véritable cas de conscience surtout pour toute la communauté internationale qui assistait de loin à la lutte épique à enjeu de pouvoir. Des vidéos circulant sur la toile ont montré des scènes d’horreur dans les fiefs de l’opposition.

A Toumodi par exemple, une famille de quatre personnes ont été brulés vives par des tueurs qui ont mis le feu à la leur domicile barricadé. Des morts aussi atroces ont eu lieu un peu partout dans ces régions acquis à l’opposition. Parmi ces scènes révoltantes, une vidéo d’agents de la Commission électorale indépendante (Cei), filmés en train de remplir par eux-mêmes, des bulletins de vote en faveur de candidats ! Toutes ces choses inclinent plutôt à constater qu’il y a eu plutôt un simulacre d’élection qu’une consultation populaire véritable.

Le monde est fou. Le monde est cruel. Mais il y a un seul dans l’horreur que le monde n’accepte pas. Au risque de perdre toute crédibilité à défendre des valeurs auxquelles personne ne croit plus d’ailleurs. Et le régime d’Alassane Ouattara a franchi cette ligne rouge réelle mais invisible !

En témoignent les rapports convergents de la plupart des missions d’observation électorale qui ont suivi cette élection du 31 octobre. En des mots très peu diplomatiques, elles ont indiqué qu’il n’y a pas d’élection. En clair, les résultats sortis des urnes constituent une insulte à l’idée même d’élection démocratique. Seule la mission d’observation de l’Union africaine, pour des raisons qui sont propre au président de la Commission de cet organisme panafricaine, le Tchadien (…) a prétendu, à l’indignation des autres observateurs, que le vote s’est déroulé dans des conditions optimales d’expression libre du suffrage.

Un autre groupe qu’on a du mal à classer parmi les missions d’observation a entonné le même refrain que la mission de l’Union africaine. Il s’agit de la « mission internationale d’observation des libéraux et démocrates ». En réalité, un groupe d’anciens élus ou anciens ministres appartenant tous à l’internationale libérale dont le Rassemblement des Républicain (Rdr) d’abord, ensuite le Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (Rhdp) sont membres. Ils sont venus en Côte d’Ivoire pour soutenir un membre de l’association. Ils étaient déjà là à l’investiture d’Alassane Ouattara au Stade Félix Houphouët-Boigny et au lancement de sa campagne à Bouaké. L’avis de cette « mission d’observation électorale » est donc anecdotique. En tout cas, puant l’odeur du parti pris manifeste!

La conséquence de tous ces dérapages du régime, c’est que beaucoup de ses soutiens sont manifestement en train de remettre en cause leurs positions, au risque d’être eux-mêmes éclaboussés par cette situation calamiteuse. Quand on vous dit que tous les acteurs de la périphérie ne sont des pions interchangeables !

Le régime d’Abidjan avait vendu l’idée selon laquelle, son maintien au pouvoir suffisait à lui seul à « pacifier » la Côte d’Ivoire. Entendez, ce régime affirme avoir les moyens humains et matériels pour tenir tous à carreau toutes les voix discordantes en Côte d’Ivoire. D’où son empressement de déployer trente-cinq mille hommes lourdement armées pour veiller à la tenue de l’élection présidentielle.

L’hebdomadaire français Jeune Afrique très introduit au palais d’Abidjan a révélé qu’Alassane Ouattara n’a pas lésiné sur les moyens. 3,5 milliards de francs auraient été débloqués pour le financement de cette mission. Cette bagatelle est allée à la logistique, au carburant et surtout aux primes exceptionnellement rondelettes accordées aux soldats. Et pourtant, rien n’y fit !

La présidentielle de 2020 est la pire que la Côte d’Ivoire a connu depuis son indépendance. Après cette élection chaotique, la Côte d’Ivoire est plus que jamais au bord de l’embrasement, dans une région ouest-africaine où les Djihadistes guettent le moindre signe d’affaissement des Etats piliers comme la Côte d’Ivoire pour frapper.

 L’assurance de la stabilité que prétendait représenter le régime d’Abidjan vient ainsi de s’effondrer comme château de carte, devant la détermination de son opposition politique. Il risque d’avoir dans les tout prochains jours, des grincements de dents du côté du régime d’Alassane Ouattara. Cette « victoire » du candidat du Rhdp  par un score surréaliste a comme un léger arrière-goût de ricin !  Le sentiment qui se dégage est que l’opposition a piégé Alassane Ouattara.

Source: opera news avec T. S.

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