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Pour juger les crimes de guerre et crimes contre l’humanité en Centrafrique et en Côte d’Ivoire, la communauté internationale fait du deux poids deux mesures.

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Par Excellence ZADI – Afrique Matin.Net 
Des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité ont été commis par les forces de la Séléka et les combattants anti-balaka dans les régions centrales de la République centrafricaine entre la fin de l’année 2014 et avril 2017, lors de la guerre civile qui a opposé dans ce pays, les deux factions belligérantes. Selon des rapports de centaines d’entretiens avec des victimes et des témoins, principalement dans les provinces de Nana-Grébizi, Ouaka, Ouahm et Haute Kotto, un constat a été établi que des exactions généralisées ont été commises à l’encontre de civils dans ces régions du pays.
Pour offrir une chance unique de JUSTICE aux victimes de ces exactions, il a été décidé la création, en Centrafrique d’une Cour pénale spéciale (CPS), à l’effet de juger sur le territoire centrafricain, par des juges centrafricains et d’autres pays, les responsables des crimes graves afin qu’ils rendent des comptes. Cette juridiction spéciale avec des juges et des procureurs nationaux et internationaux, est mandatée pour mener des enquêtes et des poursuites sur les graves violations de droits humains commises en République centrafricaine depuis 2003. Tout comme la Cour pénale internationale, qui est compétente et mène des enquêtes dans le pays, la CPS doit rendre justice aux victimes de guerre en Centrafrique. Cette cour spéciale qui vient d’être créée a pour procureur spécial, le juge centrafricain Toussaint Muntazini Mukimapa.
Elle sera bientôt effective pour démarrer ses travaux avec le lancement officiel, qui doit être signé par le chef de l’Etat Centrafricain, Toussaint-Archange Touadéra…. Quant à Toussaint Muntazini Mukimapa, le procureur spécial, il est optimiste et déclare : « nous allons commencer nos enquêtes bientôt. La première difficulté était d’ordre logistique, nous n’avions pas encore de bâtiment. D’ici la fin de ce mois, nous allons occuper un bâtiment provisoire, le commissariat central qui a été réhabilité à cette fin. Nous attendons maintenant la promulgation du chef de l’Etat pour son entrée en vigueur. » Les Centrafricains qui veulent sortir de la crise par la justice se donnent les moyens d’une justice véritablement transitionnelle.
Parce que les faits graves qui seront jugés ( qualifiés de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité) et qui ont été commis en RCA depuis 2003 sont nombreux. En effet, pour arriver à juger tous ces faits et rendre véritablement justice, le procureur spécial va opérer des choix dans la poursuite de ses enquêtes. Pour lui  » la CPS ne pourra pas enquêter sur tous les faits. Si la CPS n’est pas en mesure d’enquêter sur tous les faits de sa compétence, la juridiction ordinaire reste compétente, puisque la loi ne les a pas totalement dessaisis… » Voilà qui est clair. Les Centrafricains veulent juger eux mêmes les crimes perpétrés dans leur pays durant la guerre civile en vue d’arriver à la réconciliation nationale entre les filles et fils du pays, en situant toutes les responsabilités, par la justice qui sera dite en faveur des victimes des deux camps qui se sont affrontés.
En Côte d’Ivoire, il y a eu une rébellion qui a attaqué le pays par le Septentrion à partir de 2002 et qui a fait beaucoup de victimes. Jusqu’à ce jour aucun de ces crimes n’a été jugé et puni. À côté de ces faits de rébellion, il y a eu la grave crise post électorale de fin 2010 à début 2011 qui a fait officiellement 3000 morts. Durant cette crise, pour rappeler les faits, les forces coalisées qui soutenaient le candidat Alassane Ouattara, dans leur progression vers le Sud du pays, ont tué dans la seule ville de Duekoue (dans l’ouest ivoirien) en deux jours du 29 au 31 mars 2011, près de 1000 personnes d’ethnie wė. Tous les rapports ont établis les faits… Aussi, après l’installation violente de Ouattara au pouvoir, le 11 avril 2011, entre le 8, 9, 10 et 11 mai 2011, les FRCI et supplétifs dozos, forces pro Ouattara, ont massacré des centaines de villageois dans la région godié de Sago (Sassandra), à Mabéhiri, à Okrouyo dans la région de Soubre…
Toutes ces victimes ont été tuées parce qu’elles ont été soupçonnées d’avoir soutenu Laurent Gbagbo. Curieusement, avec l’appui de la France et de l’ONU, c’est la Cour Pénale internationale (CPI) qui a été sollicitée pour juger ce que les rapports des ONG ont qualifié de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Mais au lieu de mener des enquêtes complètes et totales en vue de situer les responsabilités des uns et des autres, c’est un seul camp que la CPI a visé. Ainsi le président Laurent Gbagbo a été déporté hors procédure légale à La Haye en 2011 où l’a rejoint en 2014, son ministre Charles Blé Goude. Pendant ce temps aucune poursuite n’a été faite ni par la CPI ni par une quelconque juridiction en direction du camp Ouattara. Pourtant dans l’histoire des conflits ce sont deux camps qui s’affrontent toujours. Alors pourquoi c’est un seul qu’on punit et on voudrait nous parler de réconciliation nationale ? Il faut justement mettre en place une juridiction spéciale pour juger tout ce qui s’est passé pour une justice aux victimes et à leurs parents. C’est à cette condition qu’ils pourraient pardonner à leurs bourreaux, ce qui nous amènera à la réconciliation nationale tant recherchée et souhaitée. 

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