Politique/Elections législatives et mystique du développement: le sort est jeté

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Par Nazaire Kadia*

Le premier mandat de la troisième république vient d’être mis sur les rails, légitimé en cela par la participation de l’opposition aux élections législatives. Nous vous proposons la contribution d’un analyste politique.

L’opposition ivoirienne a-t-elle eu raison de participer à ces élections sans que les sujets brûlants, comme la recomposition de la CEI ou le découpage électoral, n’aient été profondément discutés afin d’aboutir à un scrutin équitable pour tous ? L’avenir nous situera.

Pour l’instant, et comme il fallait s’y attendre, le RHDP qui partait à ces élections avec un nombre important de sièges d’avance, du fait du découpage électoral biaisé, a obtenu la majorité absolue. La route est désormais libre pour dérouler le programme de gouvernement de son champion.

Les responsables de l’opposition, précisément ceux du FPI (Gor), ont dû se rendre compte que la mentalité des électeurs a évolué, mais certainement pas dans le sens souhaité. Les convictions ou la justesse d’un combat semblent ne plus faire recette. Le vote est réservé au meilleur offrant et dernier enchérisseur !

De nombreuses personnes viennent aux meetings pour écouter d’une oreille distraite le discours délivré, mais leurs préoccupations majeures restent la fin du discours et surtout les dons qui seront faits. C’est cela qui régule les applaudissements ou les choix, selon que le don est important ou jugé insuffisant. Les commentaires qui en découlent, donnent une idée de l’orientation des intentions de vote.

Dès lors, on comprend aisément que pour des élections législatives, des candidats promettent de s’ériger en « collectivités territoriales » à l’effet d’apporter développement et bien-être aux populations. Une ou deux questions reviennent de façon récurrente aux candidats dont celle-ci, « …depuis on est ici là, tu as fait quoi pour nous ou tu as construit quoi pour nous pour devenir notre député ? ».

Des candidats l’ont tellement bien intériorisée, qu’outre les fortes sommes d’argent distribuées à tour de bras, ils ont distribué des marmites, des poubelles, des motos, des tricycles, des t-shirts, etc. Ils savent que pour de nombreux électeurs, l’essentiel est d’avoir quelque chose pour eux à titre personnel. Cela peut suffire pour orienter le vote.

On retient également les aveux de nombreux cadres qui tentent d’expliquer maladroitement le soutien qu’ils apportent aux candidats du pouvoir. Ce soutien est motivé par le souci d’avoir chez eux « le développement » que seuls ceux qui sont au pouvoir peuvent apporter. Mais cette évocation de la mystique du développement n’est que le cache-sexe de la peur qu’ils ont de devoir « libérer le tabouret ». Pour cela ils sont prêts à faire l’âne pour avoir le foin…

Ecoutons à ce sujet la déclaration d’un cadre d’Agboville, soutien objectif de Bictogo dans le combat qui l’oppose à l’intrépide combattante, Fleur Esther Aké M’bo.

« …J’ai été candidat à la députation. J’ai affronté Bictogo en 2016. En 2021, la configuration de la région a changé. Dimba Pierre est le DG de l’AGEROUTE et Président du Conseil Régional. Si nous votons contre Bictogo, nous mettons en danger le poste de Dimba Pierre, et les opportunités de financement additionnel…la dignité ne nourrit personne…Bictogo n’est pas seulement député, il est l’homme de confiance le plus fidèle du président Ouattara. Le choix de Bictogo repose sur ces éléments… »

Voilà, désormais ce qui oriente les choix de nos représentants à l’Assemblée nationale et le discours distillé par certains de nos cadres !

Mais il faut en finir avec ce gros mensonge basé sur le développement qu’on obtient en soutenant le RHDP.

Qui peut objectivement affirmer que les départements de Kong et de Gbélégban sont les zones les plus développées du pays, étant entendu que ces départements sont au cœur du pouvoir actuel ?

Qui peut affirmer que les populations de ces départements ont un niveau de vie plus élevé que celui des populations d’Agboville et partout ailleurs ?

Se soigne-t-on mieux dans ces départements qu’ailleurs ? Les élèves y sont mieux éduqués qu’ailleurs ? Ou suffit-il d’avoir quelques kilomètres de routes bitumées, badigeonnées de chaux pour affirmer qu’on est développé ? Il est temps d’arrêter d’insulter l’intelligence de nos populations.

En tout état de cause, il y a certes eu un matin, il y aura assurément un soir et l’ivraie sera séparée du vrai ! Le sort est jeté !

*Analyste politique

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