Mali/Le mouvement « Les Démocrates de Côte d’Ivoire » au peuple malien : « Votre destin est entre vos mains ».

 Par Pr. Séraphin Prao*

 Mis en ligne: 16/02/2022-Votre combat souverainiste a changé la donne géopolitique et, une nouvelle ère commence avec vous et pour toute l’Afrique si vous arrivez à négocier comme il faut le virage que vous avez pris. Le mouvement « Les Démocrates de Côte d’Ivoire » continue de vous expliquer les dessous, les enjeux et les perspectives de la lutte que vous menez contre la Françafrique et ses réseaux politiques et économiques de domination. Mais, un constat est clair au vu du développement des faits. La France a perdu la main au Mali. La France s’acoquine avec les dictateurs et violeurs de constitution

Le désamour entre la France officielle et l’Afrique, sa jeunesse et ses autres élites vient des manœuvres de la Françafrique qui s’invite dans les élections africaines, fait et défait les pouvoirs selon qu’ils conviennent à ses agendas, selon qu’ils protègent mieux ou non ses intérêts monopolistes.

Depuis des années, les élites intellectuelles et la jeunesse africaines suivent avec attention tout ce qui se passe en Afrique et observent une constance dans le jeu de la Françafrique : les dictateurs qui confisquent le pouvoir du peuple, détournent la démocratie au profit de leurs intérêts personnels et claniques et s’octroient des mandats illimités reposant sur des pouvoirs liberticides d’une férocité extrême sont adoubés, encensés et protégés parce qu’ils garantissent les monopoles ; pendant ce temps, les démocrates sont très vite chassés du pouvoir, surtout s’ils touchent à des intérêts sensibles.

Les populations africaines constatent ahuries et avec une certaine constance que la Françafrique a horreur de la démocratie en Afrique et lutte de toutes ses forces et avec hargne pour maintenir des pouvoirs dictatoriaux qui sont ses préférences en Afrique et ses meilleurs interlocuteurs dans la défense de ses intérêts.

Peu d’égard pour les dirigeants et peuples africains

Il y a aussi les attitudes quasi-coloniales de certains dirigeants français, condescendants et méprisants à l’égard des africains ou de leurs collègues africains. Qu’on se rappelle les propos de Nicolas Sarkozy à Dakar le 27 juillet 2007. Qu’on se rappelle aussi, lors du sommet du G20 à Hambourg en juillet 2017, les propos dégradants du président Emmanuel Macron envers la femme noire accusée de faire trop d’enfants, des propos qui reposent sur le cliché raciste du nègre-lapin et rejoignent Nicolas Sarkozy sur le concept du défi civilisationnel qui est celui de l’Afrique. A cela, il faut également ajouter les initiatives cavalières des autorités françaises dans certains dossiers d’intérêt communautaire.

Les initiatives cavalières des autorités françaises dans certains dossiers d’intérêt communautaire

Les autorités maliennes, en la personne du président de transition Dioncounda Traoré, avaient demandé, dans le courrier adressé à la présidence française le 10 janvier 2013, un appui aérien et de renseignements face à l’offensive des groupes armés islamistes. Voilà ce que dit le second paragraphe de ce courrier révélé par la presse : « Suite aux développements récents constatés sur le terrain et à la menace qui se précise contre nos premières lignes de défense, une intervention aérienne imminente s’impose. Celle-ci consistera à fournir un appui renseignements et un appui feu au profit de nos troupes ».

La France n’accorde pas aux maliens cet appui aérien et de renseignements mais leur impose l’opération Serval en janvier 2013 transformée en 2014 en opération Barkhane, une action unilatérale de l’armée française, là où la résolution 2085 du 20 décembre 2012 du Conseil de sécurité de l’ONU prévoyait le déploiement d’une force internationale sous conduite africaine afin de rétablir la souveraineté malienne sur l’ensemble du territoire.

Si l’on veut parler en termes de droit, le déploiement, le 11 janvier 2013, de 5000 soldats de l’opération Serval ne respecte pas l’esprit de la lettre du président Dioncounda Traoré encore moins celui de la résolution 2085 du Conseil de sécurité de l’ONU. La France en a fait à sa tête en sa qualité de puissance tutélaire et a imposé à tous ses partenaires sa vision opérationnelle.

Un déficit de renseignements

C’est une fois leurs soldats sur le sol malien que les autorités françaises ont daigné signer avec les autorités maliennes le 7 mars 2013 à Bamako et le 8 mars 2013 à Koulouba un accord sous forme d’échange de lettres avec le gouvernement du Mali pour faciliter la libre circulation de leurs forces sur le territoire malien.

Malgré l’existence d’un accord de défense et de coopération la liant au Mali, on se demande bien pourquoi la France n’a pas fait bénéficier aux forces armées maliennes l’appui aérien, l’appui logistique en renseignements et l’information satellitaire en temps réel sur les mouvements djihadistes pour leur permettre de combattre efficacement les terroristes mais a préféré faire débarquer son armée au Mali.

 Ce déficit en renseignements et en appui feu leur a été préjudiciable dans la lutte contre les groupes armés et, les maliens ont voulu le combler avec l’aide russe, entrainant l’ire de la France.

La France ne souhaite pas qu’une solution politique soit trouvée à la crise malienne. En avril 2017, quand la conférence d’entente nationale a préconisé l’ouverture de négociations avec le prédicateur radical Amadou Kouffa de la Katiba Macina et le chef islamiste touareg Iyad Ag Ghali du GSIM, la France s’y est opposée en interdisant au gouvernement malien l’ouverture de toute négociation avec les groupes djihadistes. C’est une position de principe pour la France. Pour elle, il ne doit pas y avoir de coopération avec les groupes djihadistes. En début 2020, la force Barkhane a même affirmé ne tenir aucun compte d’éventuelles négociations et a dit continuer de frapper les terroristes, compromettant ainsi toute recherche de compromis politique par les maliens.

L’entretien de la belligérance et la réforme du Fcfa

Les populations maliennes ne comprennent pas les positions de principe de la France et sont étonnées de ses initiatives contre la mise en place d’un dialogue national inclusif pour ramener la paix au Mali. Elles ont l’impression que la belligérance convient mieux à la France qui l’attise à sa manière. Pourtant, on l’a vu en Afghanistan, les Etats-Unis ont maintenu cette même position de principe. Mais les bombardements intensifs pendant vingt ans des talibans par la coalition occidentale qu’ils ont conduite n’ont rien donné.

 Bien au contraire, le retrait chaotique des américains et de toutes les autres troupes occidentales d’Afghanistan en 2021 a été précédé, un an plus tôt, par des négociations à Doha au Qatar, lesquelles ont abouti à la signature d’un accord entre les talibans et l’administration Trump pour éviter que les Etats-Unis et leurs alliés soient victimes d’actes terroristes préparés à partir de l’Afghanistan.

Cet accord de paix a été assimilé par certains experts à une reddition. La France voudrait-elle aussi sa reddition au Mali ? Pourquoi faire long ce qui est court alors qu’il est possible de réunir autour de la même table de négociation et les maliens et les responsables djihadistes, leurs soutiens extérieurs bien connus et l’Algérie pour empêcher un débordement du terrorisme djihadiste sur le littoral africain ?

La France décide seule de la réforme du franc CFA. Le projet de loi entérinant cette réforme est adopté le mercredi 20 mai 2020 en Conseil des ministres du gouvernement français. Le 10 décembre 2020, l’Assemblée nationale française, suivie par le Sénat le 28 janvier 2021 adoptent la réforme du franc de la communauté financière en Afrique.

Cette procédure initiée unilatéralement par la France confère de droit à cette monnaie sa dénomination initiale de franc des comptoirs français d’Afrique (franc CFA) ; la gymnastique verbale onomastique n’y changeant rien puisque les mécanismes de fonctionnement de cette monnaie coloniale sont toujours restés dans le cadre colonial.

Le rôle nocif des comptes d’opérations pour les économies africaines

Des années après l’obtention de l’indépendance, les pays francophones africains continuent de déposer 50% de leurs réserves de change au Trésor français. Ce taux était de 100% de 1945 à 1975 et de 65% de 1975 à 2005 pour garantir un risque qui n’existe pas puisque les comptes d’opérations sont toujours excédentaires ; les sommes dormant dans ces comptes dépassent les crédits reçus en retour, des crédits dont les pays utilisant le franc CFA n’ont, en principe, pas besoin puisque leurs comptes sont excédentaires et devraient couvrir largement leurs dépenses de développement.

 Mais, au lieu de laisser les pays africains avoir accès à cet excédent, la France préfère leur octroyer des crédits remboursables avec des intérêts alors qu’il est admis, aujourd’hui, que l’endettement excessif et ses remboursements insoutenables sont un frein au développement des pays africains et un gouffre duquel ils auront du mal à s’en sortir, d’autant plus que la dette accroît la pression budgétaire, réduit les dépenses sociales, prive les Etats de leurs capacités à réduire la pauvreté et freine les investissements dans les domaines de l’école, de la santé et des infrastructures.

Certains africains assimilent, d’ailleurs et à juste raison, ce mécanisme à un impôt de capitation des colonies à la métropole comme au bon vieux temps de la colonisation d’autant plus que les pays africains ne disposent pas de leur politique monétaire.

Des accords de défense et de coopération déséquilibrés

Il est aussi à souligner l’effet inhibiteur de développement des accords de défense et de coopération dont les clauses secrètes révélées par l’ouvrage « Les servitudes du pacte colonial » de l’ancien président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, Mamadou Koulibaly, obligent les pays africains à exporter principalement leurs produits agricoles vers la métropole ; interdisent aux pays africains de produire des objets manufacturés ; garantissent à la métropole l’exclusivité du sous-sol africain, des exportations de matières premières et le pourvoi des marchés locaux en importations françaises ou devant obligatoirement transiter par un port français quel qu’en soit le lieu de provenance. Ces accords obligent aussi les armées africaines à s’équiper principalement en France.

L’échec du partenariat avec la France

Les élites africaines constatent l’échec du partenariat avec la France dont la collaboration est jugée peu bénéfique pour le développement de l’Afrique. L’exemple de développement rwandais, sorti du giron francophone pour basculer dans le Commonwealth, renforce la conviction des élites africaines en ce que les pays africains rattachés à la France auront peu de chance de se développer comme il faut tant qu’ils seront tenus en laisse par la France, tant qu’ils seront asservis à la France pour sa grandeur à elle seule.

Les entreprises françaises présentes pour la plupart depuis près d’un siècle sur le continent africain ont besoin de conditions préférentielles, monopolistes pour maintenir leur puissance ; la concurrence leur étant préjudiciable. C’est pourquoi la Françafrique et ses réseaux politico-financiers ne peuvent encourager ni accepter l’installation au pouvoir en Afrique de régimes véritablement démocratiques qui pourraient rabattre les cartes économiques.

Elle préfère s’acoquiner avec des régimes dictatoriaux avides de comptes et de propriétés à l’extérieur et qui pratiquent la fraude électorale, les modifications constitutionnelles et transforment le pouvoir en exercice d’accumulation de richesses pour un clan ou au profit de leur ethnie. L’on sait ce qu’a donné l’initiative au Congo de Pascal Lissouba sur la rente pétrolière.

La France traine des casseroles

Ce que les élites africaines veulent, c’est un partenariat gagnant-gagnant avec la France et non l’incantation diplomatique d’un partenariat qui n’existe pas dans les faits. Au regard de tout ce qui précède, on peut dire que l’influence de la France s’est beaucoup érodée au fil du temps ; les casseroles de la Françafrique étant nombreuses et faisant un tintamarre politique et économique assourdissant et révoltant.

Mais l’Empire ne veut pas mourir bien que les élites et la jeunesse africaines aspirent à sortir de ce système féodal ou, du moins, à actualiser son logiciel de gestion pour l’adapter aux normes du XXIe siècle.

Depuis 1960, les dirigeants français fredonnent toujours le même refrain à chaque fois qu’on leur parle de réforme du CFA. C’est à son image que sont les propos tenus par le ministre de l’économie Bruno Le Maire : « La France est ouverte à une réforme de la zone CFA mais c’est aux États membres de décider ». Mais, comment croire en la sincérité de ces propos quand on sait que tous les dirigeants africains qui prennent ces paroles au premier degré et osent toucher à des intérêts sensibles risquent de connaître une fin de pouvoir prématurée.

Thomas Sankara, l’iconoclaste, a été emporté par sa révolution. Pascal Lissouba a cru naïvement que le pétrole était à son pays et qu’il pouvait en disposer comme il le voulait en faisant un appel du pied aux américains. Il l’a appris à ses dépens. Laurent Gbagbo a voulu marcher dans les pas des nationalistes africains, revoir des clauses de certains accords et contrats. En profitant de la crise post-électorale, on a fait pleuvoir des bombes sur sa tête pour atteindre des objectifs stratégiques. Il s’est retrouvé dix ans au frais à la Cour pénale internationale.

La Françafrique applique le « dégagisme » à tous les dirigeants africains qui la gênent. Ceci n’est pas une information. C’est un fait avéré fortement documenté. Peut-être faudra-t-il revoir la législation pour que la société civile, à partir de pétitions, rassemble des signatures représentant un pourcentage conséquent de la population et porte ces préoccupations auprès des instances internationales de justice et des autorités françaises.

 Mais, pour que cela soit, il faut que les états africains soient véritablement enracinés dans la démocratie, ce qui est encore loin d’être le cas actuellement, et que les présidents en exercice ne voient pas cette initiative comme une menace pour leur pouvoir ; cette initiative pouvant leur être imputée ou reprochée.

Comment terminer ce qui a commencé ?

 Maliens, Maliennes,

La Françafrique compte sur le pourrissement de la situation au Mali pour reprendre la main. Vous ne devriez en rien croire en la sincérité de l’hypothèse de lâcher prise et de s’en aller voir ailleurs. La France ne peut quitter le Sahel, un endroit hautement stratégique d’où provient une bonne partie des approvisionnements en uranium de son parc nucléaire. Le Niger, à lui tout seul, pèse 30% de l’approvisionnement des centrales nucléaires françaises.

Il est prévu qu’avec l’entrée en fonction prochaine de la mine d’Imouraren (mise sous cocon en attendant des conditions de marché favorables) qui devrait produire 5000 tonnes de minerais et deviendrait la première mine d’uranium d’Afrique, le Niger pèserait pour la moitié des approvisionnements d’uranium de la France.

La France a donc besoin de sécuriser l’approvisionnement en uranium de ses centrales nucléaires pour garantir sa sécurité électrique et son rang de première puissance atomique civile. La France ne peut raisonnablement quitter la zone sahélienne, surtout pas au moment où elle cherche à relancer son nucléaire avec la construction annoncée le 10 février 2021 de six nouveaux réacteurs d’ici 2050 pour augmenter sa fourniture d’électricité.

 Elle ne souhaite pas non plus la création d’un califat dans la zone des trois frontières (Burkina Faso, Mali et Niger) dite du Liptako Gourma. La raison humanitaire de lutte contre le terrorisme salafiste sera évoquée pour maintenir une présence militaire dans cette zone. Mais, à l’arrière-plan, il y aura les intérêts économiques.

La France ne peut quitter le Sahel parce qu’elle a besoin de montrer aux Etats africains qu’ils peuvent toujours compter sur sa couverture militaire. C’est pourquoi, malgré les apparences, elle digère mal l’affront que lui fait subir le peuple malien. Maliens, Maliennes, vous ne devez jamais sous-estimer la capacité de cette France teigneuse à reprendre la main d’une manière ou d’une autre dans ce jeu géopolitique où elle veut rester le seul capitaine à bord.

Dans l’histoire des conquêtes africaines anciennes ou nouvelles, elle ne s’est jamais avouée vaincue. Ce n’est donc pas sur ce coup-là qu’elle le fera. Laurent Gbagbo a été marqué au corps pendant des années avant d’être battu par ko au dernier round après avoir rusé avec lui.

Attention au pourrissement de la situation socio-politique

Sachez-le, Maliens, Maliennes, certains experts en économie ne donnent que quelques semaines ou deux mois tout au plus au Mali pour que sa résilience soit vaincue, pour que son économie s’effondre sous le poids des mesures conjuguées de la CEDEAO et de l’UEMOA et que le peuple ne se retourne contre les dirigeants transitoires pour les renverser.

Cette échéance pourrait coïncider, sur le terrain, avec le réveil de certaines forces socio-politiques qui ont joué le mort jusque-là. C’est sur cette situation que comptent la Françafrique et ses relais locaux. A défaut, il faudra craindre des opérations secrètes ou une résurgence des attaques djihadistes dont les auteurs seront difficilement distinguables : le flou profite au chaos.

Il faut aborder les questions de fond

L’évocation par la Françafrique et ses réseaux du sentiment anti-français pour expliquer les revendications souverainistes africaines est une posture raciste qui vise à susciter l’indignation de l’opinion publique française et permet d’éviter d’border les débats de fond. Les africains ne sont pas anti-français. Ils partagent avec le peuple une communauté culturelle et de valeurs francophones.

 Mais l’Afrique a de la mémoire et doit faire face à des contraintes liées à son développement et à sa démographie. Sa population actuelle est très loin du nombre qu’elle était au moment de la signature, dans les années 60, des accords de défense et de coopération déséquilibrés.

 Elle sait, elle aussi compter ses morts pour la libération de la France pendant les deux guerres mondiales. Il n’y a point de comparaison possible mais une mort est une mort : il faut manifester de l’empathie pour les familles qui perdent l’un des leurs en opération à l’étranger. L’africain a de la pudeur et un profond respect pour les morts. Il n’utilise pas l’arithmétique macabre pour servir des desseins politiques, pour séduire l’opinion publique et emporter les cœurs.

Avec l’avènement du monde multipolaire où la puissance est partagée, la pression sur la Françafrique et ses réseaux sera encore plus forte, les attentes des africains pour un desserrement de l’étau aussi. C’est à ce niveau que se situe le nœud dialectique. Il est donc temps de sortir du terrorisme de réseaux et des raccourcis pathétiques de l’émotion pour faire avec sagesse des conseils lucides de Jacques Chirac donnés en 2001, en marge du sommet France-Afrique de Yaoundé au Cameroun, un instrument de réflexion stratégique prospective.

Jacques Chirac disait ceci : « nous avons saigné l’Afrique pendant quatre siècles et demi. Ensuite, nous avons pillé ses matières premières. (…) Puis, on constate que la malheureuse Afrique n’est pas dans un état brillant, qu’elle ne génère pas d’élites. Après s’être enrichi à ses dépens, on lui donne des leçons. (…) On oublie seulement une chose. C’est qu’une grande partie de l’argent qui est dans notre porte-monnaie vient précisément de l’exploitation, depuis des siècles, de l’Afrique, pas uniquement mais beaucoup vient de l’exploitation de l’Afrique. Alors, il faut avoir un petit peu de bon sens, je ne dis pas de générosité, de bon sens, de justice, pour rendre aux africains, je dirais, ce qu’on leur a pris, d’autant que c’est nécessaire si on veut éviter les pires convulsions ou difficultés, avec les conséquences politiques que ça comporte dans un proche avenir ». Le vieil africain avait de la lucidité : on y est déjà.

Tous condamnés à aller jusqu’au bout

Maliens, maliennes,

Lorsqu’on arrive au stade où vous êtes arrivés dans la confrontation avec l’ex-puissance coloniale, l’on est condamné à aller jusqu’au bout. Mais n’est pas Paul Kagamé qui veut. Les circonstances ne sont pas les mêmes ; les époques non plus.

Maliens, maliennes,

Il est temps de songer à de nouvelles alliances stratégiques sur la base d’un partenariat gagnant-gagnant, même si, pour le moment, c’est de ses ressources naturelles dont l’Afrique est riche. La Chine, aujourd’hui première puissance économique du monde (selon le rapport de McKinsey & Co rendu public en décembre 2021), n’était-elle pas un pays agricole il y a une cinquantaine d’années ?

Il faut aux pays africains une vision stratégique claire et des initiatives robustes. Il faut mettre un terme à la rapine françafricaine, à ces comptes d’opérations qui sont des pillages institutionnalisés pour alimenter une autre économie.

Le droit international offre la possibilité de dénoncer les accords quand ils sont jugés mauvais pour les peuples. Cette lucarne juridique peut être exploitée. Il faut sortir des diatribes, de la guéguerre verbale pour apposer de nouvelles signatures au bas des accords.

On a beau crier sur tous les toits que les accords ne sont pas bons, tant qu’ils ne sont pas réécrits ou dénoncés par les canaux appropriés, les engagements qu’ils contiennent restent valables et applicables aux parties contractantes.

Par ailleurs, il faut souligner que quand quelque chose est jugé insignifiant comme le présente un certain discours d’experts français, la logique veut qu’on ne s’y agrippe pas ; on s’en débarrasse sans qu’on ne le demande. Si l’on se bat bec et ongle pour conserver ce qui est insignifiant, c’est qu’il n’est pas aussi insignifiant qu’on veut le faire croire à l’opinion publique et il ne s’agit point de valeur symbolique ici.   

Maliens, Maliennes,

Un savant dosage militaire de Bachar El-Assad et économique de Paul Kagamé pourrait être une bonne porte de sortie pour vous.  Humilier la France comme elle le ressent avec rage actuellement et vouloir rester dans le giron francophone est plus que suicidaire pour vous et vos dirigeants actuels.

Ne faites pas comme les ivoiriens. Ce n’est pas un bon exemple à suivre et à imiter. Ne combattez pas celui à qui vous avez confié votre sécurité et votre bourse alors que vous n’avez pas de soutien de remplacement parce qu’il vous écrasera dès qu’il vous sentira faibles ou divisés contre vous-mêmes.

Ne prenez pas à la légère ces propos de François Mitterrand qui écrivait déjà en 1957 alors qu’il était ministre de la justice : « Sans l’Afrique, il n’y aura pas d’Histoire de la France au XXIe siècle » (Présence française et abandon).

Ces propos ont été repris sous une autre forme par le président François Hollande en 2015 lors du Forum économique franco-africain : « L’Afrique, c’est notre avenir ». Des propos similaires sont aussi revenus à deux reprises dans les prises de parole du président Emmanuel Macron ; d’abord en 2018 : « C’est en Afrique que se joue largement l’avenir du monde », ensuite, en 2022 devant le parlement européen : « C’est en Afrique que se joue l’avenir de l’Europe ».

Le risque de déclassement et de perdre son rang de puissance mondiale est trop grand

Cette dépendance à la manne africaine formulée avec autant de ferveur quasi-religieuse, la France françafricaine s’y accrochera avec sa dernière énergie et, pour rien au monde, elle ne s’avouera vaincue par aucun souverainiste et ne laissera pas l’Afrique lui filer entre les mains au profit des chinois, des russes, turcs et autres.

Le risque de déclassement et de perdre son rang de puissance mondiale est trop grand pour que la France lâche ainsi prise facilement. Elle a besoin de l’Afrique pour justifier son statut de puissance mondiale.

Lâcher le franc CFA, revoir les accords de défense et de coopération dont les clauses secrètes lui garantissent une mainmise économique, politique et militaire sur les pays africains, c’est quelque chose que la France ne peut pas actuellement se permettre. Et, malgré leur discours lénifiant sur la fin de la Françafrique et des relations paternalistes de la France avec l’Afrique, aucun dirigeant français ne voudra porter sur la conscience ce poids honteux d’avoir fait perdre à la France ses anciennes colonies.

C’est une question d’honneur et d’intérêt géostratégique. C’est l’une des raisons pour lesquelles les autorités françaises restent sourdes à l’appel à la révision des accords de défense fait par les dirigeants transitoires maliens en fin d’année 2021. A la limite, c’est, pour elles, un non-événement et, c’est avec mépris que cela est accueilli. Les élites militaires et économiques de la Françafrique figurent parmi les plus conservatrices de la nébuleuse françafricaine. Ce sont elles qui imposent leur agenda au politique.

Maliens, Maliennes,

Sachez-le : accepter, dans les conditions actuelles, de réviser les accords de défense avec le Mali alors que l’élection présidentielle en France pointe à l’horizon équivaudrait, pour les autorités françaises actuelles, à se faire hara-kiri ; c’est faire preuve de faiblesse pour des habitués de la logique paternaliste. Il y a aussi la crainte de l’effet domino d’une telle initiative que la France de Macron n’est prête pas à assumer pour le moment. Maliens, Maliennes, il ne vous reste qu’à vous installer dans un état de fait.

Partir de la communauté francophone françafricaine ou rester en conservant le statu quo ou en cherchant à l’améliorer comme dans le contexte ivoirien, voilà la problématique à laquelle, maliens, maliennes, vous faites face. Si vous restez dans la communauté, un homme lige viendra balayer toutes vos traces actuelles. Regardez autour et à côté de vous et vous verrez ce qui vous sera réservé : votre ferveur souverainiste sera tuée dans l’œuf et vous serez plus enchaînés que jamais.

Mais si vous décidez de vous en extraire comme le fit la Guinée de Sékou Touré, commencez d’abord par être maître de votre sécurité et maître de votre politique monétaire ou cherchez à vous adosser économiquement et militairement à plus grand que la Françafrique et ses réseaux pour vous construire progressivement. Mais, l’instabilité que connaît actuellement le monde et le retour des blocs étanches rendront cette entreprise très difficile même si le jeu en vaut la chandelle.

Maliens, Maliennes,

Dans le cadre de la réflexion stratégique qui est la nôtre nous vous indiquons des pistes. Mais la décision vous revient : l’indépendance a un prix.

  * Président du Mouvement Pour « Les Démocrates de Côte d’Ivoire ».