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Kong-Ouattara Bakary, Chef du village parle : « Nous avons un intérêt commun qui est la Côte d’Ivoire, préservons ce beau pays qui fait notre fierté ».

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Exclusive réalisée par l’Union des Patrons de Presse en Ligne de Côte d’Ivoire (UPLCI) avec afriquematin.net

 Dans le cadre de la caravane dite « Découverte » qu’elle  a initiée, des membres de  l’Union des Patrons de Presse en ligne de Côte d’Ivoire (UPLCI) ont séjourné dans la ville de Kong du 19 au 22 juillet 2018 dernier. A cette occasion le chef du village de cette localité a accordé une interview synchronisée à l’ensemble des journalistes de l’UPLCI. Sa Majesté Ouattara Bakary  a retracé la riche et triste histoire de cette ville mythique depuis le massacre de ses populations par Samory Touré à l’accession au pouvoir d’Etat de son fils Alassane Ouattara. Les souffrances, les satisfactions, les rêves et les attentes des habitants ont été occultés par le garant de la tradition de Kong.  

En termes de sécurité, comment Kong a vécu les événements  au cours de la crise  que la Côte d’Ivoire a vécue et quel visage présente votre localité ?

 Je voudrais bien vous signifier que pendant la crise post-électorale Kong a été visée. Il faut avoir le courage de le dire, on a été  visé directement, car l’adversaire du pouvoir d’alors  était notre frère et nous aussi en son temps on avait bien dit et précisé qu’Alassane Ouattara est le choix de Kong ou rien. Dès le départ même, quand sa candidature avait  été refusée à la magistrature  suprême, nous,  ici nous nous étions réunis  au grand foyer,  avions pris  la   décision avec tous les chefs de villages  et  notables du département de pour qu’il soit le député de notre circonscription. Cette candidature avait été aussi rejetée. C’est en ce moment que nous avons décidé  à l’unanimité de faire le boycott actif. Et ça été vraiment actif. Kong est resté cinq ans sans avoir un seul siège à l’Assemblée nationale.

Et comment l’administration fonctionnait pendant ce temps ?

On n’avait seulement qu’un seul sous-préfet à l’époque ici. C’est avec lui  qu’on  se débrouillait et  on faisait  tout. Et  comme nous savions bien que ce que nous avons fait ne plaisait pas au pouvoir, nous étions prêts à assumer parce qu’on ne peut pas faire des omelettes sans casser des œufs.

Donc on peut dire que votre région a été marginalisée au plan du  développement local?

Oui le terme même est moins dit. J’allais dire même que Kong a été mis aux oubliettes. Personne ne parlait de Kong. Même les fonctionnaires qu’on affectait à l’époque ici, venaient très difficilement. Puisque dans votre ministère, dès qu’on dit que vous êtes affectés à Kong, vos collègues qui sont aux alentours, tout le monde pleure et vous dit Yako. Sur le plan de l’administration, on a vraiment souffert. Sur le plan médical même, ça c’était encore pire. La ville  n’avait ni médecin ni infirmier. A l’époque on était considéré comme des hommes contre le pouvoir et donc des gens à bannir. Le pouvoir refusait de nous emmener l’ambulance. Les habitants, à l’époque,  étaient obligés de transporter leurs malades et les femmes enceintes  dans des camions  de trois tonnes chargés de maniocs ou  d’ignames et les envoyer  à Ferké pour  recevoir des soins.

Alors chef on nous  parlait d’insécurité, d’attaques de coupeurs de route et d’assassinat à un moment donné à Kong. Aujourd’hui qu’en est-il?

Aujourd’hui, on peut se frotter les mains. On peut même pousser un ouf de soulagement. Il faut reconnaitre que le commandant de brigade qui est  présentement à Kong, Ouattara Fangama fait l’essentiel au plan sécuritaire. Avant son arrivée ici, il ne se passait pas deux jours sans qu’il n’y ait mort d’homme. Et ces coupeurs de route faisaient le tour de la région.   Aujourd’hui on peut dire  merci à ce vaillant commandant. A l’époque – il était difficile de se rendre dans sa propre plantation ou aller au champ et du fait même de voir une silhouette, devant toi, la peur t’habite et tu ne pouvais plus avancer. En tous cas, ces malfrats ont vraiment sévi ici. Ces bourreaux n’hésitaient pas à dire ouvertement aux passagers que depuis que le Président Alassane Ouattara a eu le pouvoir, il les a oubliés.  Donc ils  « vont prendre  pour eux » dans les  mains de ses parents. Mais  aujourd’hui, avec l’arrivée des autorités sécuritaires, on peut circuler tranquillement  dans le département de Kong sans être inquiété.

 Vous étiez en ligne de mire des adversaires de votre fils. Depuis 2011 que votre fils est au pouvoir est-ce qu’il vous a rendus l’ascenseur  pour les efforts  que vous avez consentis pour lui ?

Il faut avoir le courage de le dire. Il nous a rendus largement l’ascenseur. Aujourd’hui, au niveau de notre  département, il y a une satisfaction totale qui réside au sein de la population. Comme un être humain n’est jamais satisfait, même si on l’envoie au ciel, il demandera toujours quelque chose. En sept ans ce qu’il a fait pour nous si on avait eu ça depuis les indépendances jusqu’à ce qu’il accède au pouvoir, Kong serait aujourd’hui un petit paradis !

Qu’est-ce que vous avez reçu concrètement ?

En termes de récompense, l’administration a été renforcée, car ce vaste territoire n’avait  qu’un seul sous-préfet à l’époque dont les compétences administratives couvraient plus d’une soixantaine de villages. Appréciez vous-mêmes les difficultés. L’administration a été  renforcée  plusieurs  villages érigés en chef-lieu de sous-préfectures. Nous sommes devenus un département, l’électricité a été également renforcée au niveau de la  ville et les villages de plus de 500 habitants sont à 55% ou 65% électrifiés.  Il a pensé à la santé dont un hôpital en construction qui sera fréquenté par les populations de toute la sous-région. Les artères de la ville ont reçu le bitume sommes satisfaits.  Sinon avant surtout en saison pluvieuse, il était difficile de faire venir des véhicules à Kong. On ne pouvait pas circuler à cause de l’état de dégradation des voies. C’est déjà un grand soulagement pour nous ses parents que nous sommes.

Avant dans les régions du nord, certains  parents partaient chercher leurs enfants des salles de classe pour les conduire au champ. Est-ce encore le cas?

Avec l’arrivée de notre frère au pouvoir et qui nous a dit que l’école est obligatoire, cela a vraiment cessé. Aujourd’hui, dans tout le département de Kong, le préfet et les sous-préfets font une campagne dans tous les villages pour dire aux parents que « l’école est obligatoire » pour tous les enfants qui ont l’âge d’aller à l’école. Et  que  tous ceux qui se dérobent à cette décision sont punis par la gendarmerie. Quand on parle de prison à un africain, il a peur. Aujourd’hui, tous les enfants en âge d’aller à l’école y sont. On peut estimer un pourcentage de 70% d’enfants scolarisés.

 Pouvez-vous nous raconter un peu  l’histoire de la ville de Kong ?

Il faut dire que la  ville de Kong a été créée entre le Xème et le XXIème siècle. La petite moquée est plus âgée que la grande mosquée que vous avez visitée toute à l’heure. Cette grande mosquée a marquée l’histoire,  par rapport à la guerre que Samory Touré nous a déclarée.  On ne  peut pas parler de Kong sans parler de cette grande mosquée. Quand la population a su qu’elle ne pouvait pas  échapper à  cette guerre, tous ceux qui étaient des grands marabouts se sont habillés en blanc pour aller  dans cette  mosquée. Et c’est celle-ci qu’il a fait tomber sur les gens et beaucoup d’entre eux  sont morts sous les décombres.  . C’est de Dabakala que Samory est rentré à Kong pour venir massacrer les populations. En ce moment-là, Sékou Ouattara qui est le grand père du Chef de l’Etat actuel était déjà là. C’est lui, le fondateur de l’empire de Kong. Il avait une armée très organisée. Mais Kong existait déjà avant l’arrivée de Sékou Ouattara. C’est pourquoi il y a une différence entre la chefferie du chef de village et celle du chef de canton. Un chef de village est toujours  plus âgé dans la tradition  que le chef de canton.  S’il n’y avait  pas de village, il n’y aurait  pas  de canton. Donc, s’il n’y a pas de village, il n’y a pas de canton. Les deux chefs collaboraient en parfaite harmonie. A l’époque Kong était un Etat très avancé. Sékou Ouattara avait aussi une armée composée de Sofas. On pouvait trouver tout ici. La civilisation est venue trouvée que notre localité connaissait déjà la civilisation.

Et comment cela est-il venu que Kong a vite connu la civilisation ?

Nos parents étaient instruits  en arabe, ils écrivaient déjà des lettres. Il y avait des tisserands, ils habillaient des forgeons etc. mais c’est la guerre de Samory qui a détruit l’empire de Kong et qui a fait éclater sa  population et chacun est parti de son côté. Pour certains au Ghana, d’autres au  Burkina et au Mali. C’est ce qui a fait que la réception de la candidature de notre frère qui est au pouvoir a été dure. Alassane Ouattara est purement et authentiquement  fils de Kong. Il n’est pas un Burkinabé comme certains par calcul politicien veulent le faire croire. Ces  grands parents viennent  de la famille de Sékou Ouattara. A l’époque, Sékou Ouattara avait fait partager ses enfants dans les différentes zones.  L’un de ses fils  était installé à Folon, un  autre  à Limono et  un  autre qu’on appelait Somaoulé  lui était installé à Linguékro qui est le village natal de l’actuel Président.  Sékou Ouattara lui-même en tant que préfet était installé à Kong ici. Ses enfants qui étaient installés dans ces différentes zones lui apportaient des nouvelles au fur et à mesure. Tout cela pour se préparer contre les ennemis.  A l’époque il n’y avait pas de cultivateurs  à Kong, car tout le monde s’adonnait au métier de commerçant. Ses Sofas  les accompagnaient  pour aller payer le sel et la cola. L’histoire de coupeurs de route n’a pas démarré aujourd’hui. C’est par rapport à ces coupeurs de route que Sékou Ouattara faisait accompagner les commerçants pour aller acheter le sel et la cola avec les Sofas  et les escorter aussi à leur retour.

Où les commerçants partaient-ils acheter la cola et le sel ?

 C’était au Soudan, à l’époque, et on venait vendre ces produits là,  ici. Il faut rappeler que Kong était un grand centre commercial. Les commerçants partaient prendre  la cola au Soudan. Avant la destruction de Kong, cette ville  abritait la grande  mosquée.

Kong qui était une grande agglomération a été secouée par la guerre de Samory Touré. Il y a eu un leader qui était le grand-père du Président Alassane Ouattara .Kong qui renait de ses cendres est-elle alors une ville martyre ?

Oui Kong a été  une ville martyre, les populations  ont été colonisées avant la colonisation, avant même l’arrivée des blancs en Côte d’Ivoire, elles  étaient déjà des intellectuels parce qu’ils savaient lire et écrire des lettres en arabe. Kong était déjà une ville  civilisée, une ville bien organisée par rapport aux différents chefs qui la géraient. Après la destruction de Kong par Samory, on nous  avait dit que 100 ans après, Kong allait renaître. On avait tout ça en mémoire. Mais on ne savait pas comment.

Donc  c’est la prophétie qui est en train de se réaliser sous Alassane Ouattara ?

Oui, justement ça été dit. A l’époque celui qui est venu avant Alassane, c’était son grand frère Gaoussou Ouattara (Ndlr : décédé, paix à son âme)  qui a été élu premier  député de Kong. On avait aussi dit à l’époque  qu’un descendant de Sékou Ouattara allait plus régner que lui à Kong. Donc quand son grand frère Gaoussou Ouattara est arrivé ici, chacun de nous a pensé que c’était lui.  On ne savait pas que derrière lui se cachait encore un autre baobab. Effectivement, le président Ouattara a accédé au pouvoir. Cela a été précédé par  la souffrance du président lui-même et de la population de Kong en général. Mais c’était peut-être là le passage obligé que Dieu nous a réservé.

Comment expliquez-vous la guerre entre Samory et Kong ?

 Il y a deux versions sur la destruction de la ville de Kong. Certains disent que c’est pour pouvoir islamiser la ville de Kong que Samory a détruit la ville de Kong. D’autres disent que c’est par rapport à l’alliance que les Ouattara de Kong ont signé avec les blancs que Samory a détruit Kong. Ceux qui ont dit que c’est l’alliance signé entre les Ouattara et les blancs ont raison parce qu’avant l’arrivée des blancs, Kong avait sa mosquée, et Kong était islamisé. Mais Samory était contre les blancs. Or tout le monde sait que Binger a fait un moment ici avant de partir au sud (Ndlr : Bingerville). C’est ce qui a fait que Kong  a été détruit par Samory ?

Est-ce qu’en réalité cette  alliance avait été effectivement signée ?

Oui cette alliance avait été belle et bien signée. En partant, Binger avait dit aux parents qu’il revenait. Et qu’il n’allait pas trop durer avant de  revenir.  C’est après avoir quitté Kong  qu’il est parti à Bingerville. Mais il n’est plus jamais revenu.

Quelle est la composition de la population de cette ville aujourd’hui ?

Aujourd’hui, il y a un peu de tout. Nous à notre temps quand on était encore petit, on pouvait dire à cette époque que Kong était à 100% musulmans. Mais aujourd’hui, avec l’arrivée de nos frères Mossi et Lobi, on y rencontre  différentes religions. Il y a des musulmans et des chrétiens ici et la cohabitation est pacifique.  En face de la gendarmerie il y a une église en construction. Les Lobis sont avec nous il y a plus d’une trentaine d’années. On ne peut pas les empêcher de pratiquer leur religion. Même dans leurs  campements, certains ont transformé leurs cases en église. Donc il n’y a pas de problème de religion et l’entente entre chrétiens et musulmans est parfaite.

Quelle sont les grandes familles qui compose  Kong ?

 Il y a quatre grandes familles, mais la dominance est la famille Ouattara. Le chef de canton de Kong est Ouattara. Le chef du village est Ouattara. Donc c’est une ville des Ouattara.   Kéléhou,   Djagninansso, Kombisso et Somansso sont les quatre grandes familles.

Vous avez dit que Ouattara a beaucoup fait pour ses parents – et qu’on ne peut pas être totalement satisfait, la satisfaction n’est pas ici-bas. Mais aujourd’hui, quels sont les autres besoins des populations en dehors de ce qui a été déjà réalisé et qui doit être fait. A quoi rêvez-vous encore en termes de réalisations?

Au niveau de la ville de Kong nous sommes  à plus de  50% satisfaits. Avec l’accroissement de la population, il y a certains villages qui étaient  à l’époque à 100 ou à 150 habitants sont passés aujourd’hui 500 âmes. Nous avons besoin de deux  choses importantes qui sont les routes et l’eau. N’a-t-on pas dit que  la route précède le développement ?

Vous qui avez connu la Côte d’Ivoire sous le président  Houphouët-Boigny, Henri Konan Bédié, Guéi Robert, et Laurent Gbagbo, comment appréciez-vous les  différentes  gestions ? En êtes Êtes-vous fiers de votre fils Alassane Ouattara ?

Vous savez, quand vous êtes Président de la République, vous avez un gâteau qui appartient à toute une nation. Où il y a palabre en mangeant ? C’est quand tu prends le plus gros morceau – et tu me donnes le plus petit morceau qui entraine la bagarre. Mais quand le chef de famille sait partager, il n’y a pas d’écueils. Nous sommes très contents de sa gestion de notre fils Alassane Ouattara. On ne peut pas trouver aujourd’hui un département ou une sous-préfecture en Côte d’Ivoire où le chef de l’Etat n’a rien fait, ni n’a pas travaillé.  C’est vrai que l’être humain ne peut pas être satisfait à 100%, mais avec ce qu’il a réalisé et continue de réaliser, nous ne pouvons que le remercier. Nous demandons à ceux qui viendront après lui de ne pas privilégier un département pour laisser les autres. Tous ceux qui sont morts à cause de lui ne sont pas des Kongois. Quand tu viens au pouvoir, il faut quand même partager. Que Dieu l’assiste à réussir sa mission dans l’intérêt de tous les ivoiriens.

Quel message avez-vous à lancer à l’endroit des populations ivoiriennes ?

J’invite tous les ivoiriens à faire vraiment la paix. Sans paix, il n’y a pas de développement. Ce que nous avons connu dans le passé  doit être une leçon pour chacun. Même quand on n’a rien en poche et qu’on vit tranquillement, on sait où mettre la main pour avoir quelque chose à mettre sous  la dent. Après plus d’une dizaine d’années de guerre, la Côte d’Ivoire a pu se réveiller. On ne trouve plus les séquelles de cette guerre à Abidjan. Nous avons un intérêt commun qui est la Côte d’Ivoire. Préservons ce beau pays qui fait notre fierté. Aimons-nous surtout les uns les autres. Qu’Allah bénisse tous les Ivoiriens. Merci surtout à vous les journalistes de la presse en ligne qui malgré la distance avez décidé de venir jusqu’ici pour comprendre l’histoire et connaître la vérité. Je vous encourage aussi dans votre noble mission d’information et d’éclairage pour toute la nation ivoirienne.

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