Guinée-Présidentielle/Cellou Dalein Diallo n’entend pas dialoguer

Après une troisième défaite consécutive à l’élection présidentielle, et confirmée par la Cour constitutionnelle, le principal opposant Cellou Dalein Diallo n’en démord pas. Il continue de revendiquer sa victoire, affirmant que le scrutin a été truqué. Après l’épuisement des recours légaux et sans députés à l’Assemblée nationale, il reste déterminé à se faire entendre -et dit ne pas croire aux appels à dialoguer lancés par Alpha Condé.

 Cinq hauts cadres de votre parti ou de l’alliance qui vous soutiennent -ont été mis sous les verrous -. Pourtant, le président Alpha Condé estime, lui, qu’il n’y a pas de « chasse aux sorcières », ce sont ses mots. Alors, de qui s’agit-il ?

J’ai été séquestré dans ma maison, mes bureaux et mon siège sont toujours occupés par l’armée -. Une répression sauvage s’est abattue sur mes partisans, faisant plus d’une quarantaine de  morts, plus d’une centaine de  blessés par balles et plusieurs. Il n’arrive pas à digérer l’échec qu’on lui a infligé dans les urnes.

 Vous parlez de revanche, y-a-t-il  une logique personnelle?

Aujourd’hui, il aime dire qu’il a tué l’Union des forces républicaines (UFR), ce n’est pas vrai, mais ce qui est certain, c’est que l’Union des forces démocratiques de Guinée(UFDG) reste un grand parti. Et donc, nous n’avons pas d’inquiétude à cet égard et je suis confiant dans l’avenir.

 Le président Alpha Condé avait déclaré qu’il tendait la main aux opposants, qu’il était ouvert au dialogue. Est-ce que cette démarche vous a semblée crédible ?

En attendant, c’est un bras armé qu’il a sorti. Ce n’est pas une main tendue, c’est une main assassine.

“Il n’y a pas de crise au sein de l’UFDG, les gens croient en nous et nous sommes fiers de leur confiance” (Photo d’archives).

Est-ce qu’il pourrait y avoir des conditions ou des bases sur lesquelles vous pourriez éventuellement accepter la possibilité d’un dialogue ?

Pourquoi pas, si c’est pour définir les modalités, le respect de la vérité des urnes et de la reconnaissance de ma victoire.

Il y a une semaine, la Cour constitutionnelle a rejeté le recours déposé par votre parti. C’était attendu. Néanmoins, le fait est que vous avez dorénavant épuisé tous les recours légaux- quelle  stratégie allez-vous adopté?

Le droit de manifester dans les rues et sur les places publiques est un droit constitutionnel en Guinée. Nous allons user, comme je l’ai dit tantôt, de tous les moyens légaux pour imposer la vérité des urnes et obtenir la reconnaissance de notre victoire.

Il y a d’un côté les difficultés matérielles, avec la militarisation des quartiers, de manifester, et d’un autre côté-, l’usure quelque part de vos militants qui ont manifesté pendant plusieurs  jours. Et on l’a senti sur les derniers appels que vous avez lancés que c’était plus difficile de mobiliser, et même lors du dernier appel à la journée ville morte, il n’a été que partiellement suivi.

Je pense que – c’est une lecture, la journée de ville morte à laquelle nous avons appelé a été respectée. La quasi-totalité des boutiques et des magasins étaient fermés, les activités au niveau du port, n’avaient pas  fonctionné, aussi bien les banques qui se comportées  qu’à 30% au maximum. Si aujourd’hui, Alpha Condé, qui s’est déclaré élu, est obligé de réquisitionner l’armée pour occuper les rues, cela montre que ce n’est pas vraiment une élection, mais plutôt  un hold-up électoral. Dans l’exercice de ce droit constitutionnel de manifester, les manifestants ont été abattus à bout portant. C’est de la responsabilité de l’État de trouver les auteurs et de les déférer devant les tribunaux. Il avait toujours garanti l’impunité aux assassins, et qui néglige de punir le mal le cautionne.

Vous avez déclaré que le président Alpha Condé n’avait plus les capacités pour faire campagne, vous n’êtes-vous pas trompé ?

C’est vrai qu’il était sorti pour faire campagne, il avait fini par prendre son hélicoptère. A la différence que moi j’avais emprunté les routes de l’enfer-

Aujourd’hui, l’UFDG comme l’UFR n’a plus de députés à l’Assemblée nationale, en analysant les choses à postériori, N’était-ce pas une erreur de votre part que vous regrettez ?

Commençons par rétablir la vérité. Nous n’avons pas boycotté les élections législatives, mais plutôt nous avons été exclus.

 Cette situation ne risque pas de créer des tensions au sein de votre parti !

Il n’y a pas de crise au sein de l’UFDG, les gens croient en nous et nous sommes fiers de leur confiance. Nous en serons dignes.

Cela fait  la troisième fois (2010, 2015) que la Cour constitutionnelle vous a déclaré perdant à  cette élection présidentielle de 2020. Comment voyez-vous votre avenir politique ?

-Je n’ai pas perdu car je sens que la population guinéenne me fait confiance, j’en suis très fier. On continuera le combat et je suis sûr que j’atteindrai mes objectifs par la lutte-. Le peuple est conscient aujourd’hui des problèmes, des contraintes et des obstacles. C’est Alpha Condé qu’il faut dégager ! La force populaire finira par l’emporter pour instaurer effectivement un véritable Etat de droit dans notre pays.

Avez-vous été déçu des messages de félicitations au président de la République Alpha Condé que la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cédéao), l’Union africaine ont envoyés?

Dans l’interview qu’il vous a accordée, pourquoi Alpha Condé  a dit qu’il s’en fout de l’Union européenne, qu’il s’en fout des Occidentaux. Lui, c’est la Cédéao et l’Union africaine. S’il était sûr de la transparence de son scrutin, c’était un motif suffisant pour faire observer les élections par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

  Allez-vous  réintégrer le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC) ?

Ce n’est pas exclu, nous sommes en train de voir comment rassembler le maximum autour de l’Alliance nationale pour l’alternance démocratique (ANAD) et autour de l’UFGD pour que le combat pour la démocratie, le combat contre le troisième mandat puisse continuer.

 L’opposition est pointée du doigt par Alpha Condé comme responsable des violences et des morts qui  ont été enregistrés depuis le début de la crise politique, quelle est votre part de parole?

Tuer des manifestants, c’est un crime. Le refus d’engager toute enquête pour identifier les auteurs et les déférer devant les tribunaux, leur garantir une impunité totale, c’est un autre crime dont Alpha Condé est coupable. De 1984 à 2008, lorsqu’il était dans l’opposition, il avait participé à des actions de déstabilisation contre le président Lansana Conté.

Cela fait maintenant plus d’un an que ce processus de troisième mandat a plongé la Guinée dans une grave crise politique avec ces conséquences économiques sociales que vivent les Guinéens au quotidien. Avez6vous des pistes de solutions pour sortir de cette situation ?

“Il faut respecter la vérité des urnes ; reconnaître le vrai vainqueur et instaurer un dialogue”, selon Cellou Dalein Diallo .

Aujourd’hui, la moitié des Guinéens vivent en dessous du seuil de pauvreté, des milliards et des milliards de dollars sont entrés dans le pays et la pauvreté s’aggrave. Les infrastructures se dégradent, la jeunesse désœuvrée prend le chemin de l’exil. Beaucoup sont morts dans la Méditerranée ou dans le désert. Avec plus de dix millions d’habitants, nous sommes le premier demandeur d’asile. Lorsque vous quittez la ville de Freetown  en Sierra Leone pour venir à Conakry, vous vous rendez compte que la Guinée sort de la guerre, il n’y a de routes nulle part.

 Concrètement, que faut-il faire, selon vous?

Il faut respecter la vérité des urnes ; reconnaître le vrai vainqueur et instaurer un dialogue. Mais les conditions d’un dialogue sont loin d’être réunies.

Source : rfi.fr avec afriquematin.net

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