Football ivoirien: L’exportation des joueurs ivoiriens.

La Ligue 1 de Côte d’Ivoire a perdu certains de ses principaux animateurs, à la faveur de la dernière période des transferts du 1er décembre 2018 au 25 janvier 2019. Vous pouvez aussi parier en ligne sur Bet777.be

La suite du championnat national de Côte d’Ivoire se fera sans Zoumana Koné. Le meilleur buteur de la phase aller de la Ligue 1 (10 buts en 13 matches) vient d’être transféré à Niort, un club de deuxième division, en France. Auteur de la moitié des réalisations du Racing club d’Abidjan (10/21), l’attaquant qui a remporté, à deux reprises, le titre de meilleur joueur du mois décerné par l’Association des footballeurs ivoiriens (Afi) n’est malheureusement pas le seul joueur à prendre le chemin de l’exil, en pleine saison. Willy Braciano, un autre espoir du football ivoirien, a également plié bagage pour l’Europe. Le capitaine de la Côte d’Ivoire aux Jeux de la Francophonie 2017 et milieu de terrain de l’Asec mimosas a rejoint le championnat d’Italie où il a signé avec Atalanta de Bergame (Série A, Italie). Un club qui avait réussi à attirer un autre espoir du football, Franck Kessié, alors qu’il évoluait au Stella club d’Adjamé.

L’Afrique du Nord, une destination privilégiée

Si Zoumana Koné et Willy Braciano partent à la découverte de l’Europe, les autres talents du championnat ivoirien ont, pour la plupart, pris la direction des championnats d’Afrique du Nord. Le Maghreb constitue, depuis plusieurs années, la destination privilégiée des talents ivoiriens. Le Maroc, la Tunisie, l’Algérie et parfois l’Egypte enregistrent, chaque saison, l’arrivée de plusieurs jeunes talents ivoiriens.

Au cours de la période de mutation de janvier, Williamsville athlétic club (Wac) a laissé filer deux de ses meilleurs joueurs. Zan Bi Roland et Yao Kouassi Attohoula ont signé à l’Oc Khouribga, un club marocain de première division. Deux joueurs qui constituaient des piliers de l’équipe de Williamsville qui lutte pour le maintien.

En effet, l’équipe qui a fait sensation l’année dernière en Ligue des champions Total occupe la 13e place du classement actuel de la Ligue 1, dans la zone de relégation.

Ces départs s’ajoutent à celui de Diallo Kouassi Romuald, parti pendant l’intersaison, au Maroc, où il a signé avec le Mas de Fès.

Bouaké Fc, le club de la capitale du centre, n’a pas été épargné. Seydou Cissé a pris la direction de la Tunisie où il s’est engagé pour les trois saisons à venir avec le Ca Bizertin.

Bien que la période de mutation soit bouclée depuis le 25 janvier, en Côte d’Ivoire, plusieurs joueurs sont encore susceptibles de quitter la Ligue 1 ivoirienne.

Dans ce lot, on évoque le nom de l’ex-milieu de terrain du Sporting club de Gagnoa, Zouzoua Pacôme. « Il devrait, en principe, évoluer dans le championnat moldave. Mais il doit d’abord régler quelques détails administratifs. D’autres sont également en attente de l’obtention de certains papiers. Ils vont certainement atterrir en Afrique du Nord », confie un proche du club de la région du Gôh.

L’impuissance des clubs

Les conséquences de cet exode des talents vers les championnats étrangers sont connues de tous. La qualité du spectacle a pris un coup et les spectateurs ne se ruent plus vers les stades. « On nous demande de revenir au stade, mais pour voir quel spectacle ? Que font les dirigeants pour nous offrir du spectacle ?», s’est interrogé Ablin Liomin Noël, un supporter de l’Asec vivant dans la commune de Treichville. Il y a effectivement parmi les spectateurs assidus dans les stades ivoiriens, ceux qui se déplacent spécialement pour voir des talents. « Quand j’ai appris le départ de Parfait Guiagon, je ne voulais plus aller au stade parce que seul ce joueur me donnait envie d’aller voir les matches de l’Africa Sports d’Abidjan», a expliqué Opéli Boniface, un sympathisant du club vert et rouge.

Malheureusement, responsables fédéraux et dirigeants de club n’ont pas encore la solution pour empêcher le phénomène. Les difficultés financières que rencontrent les clubs sont l’une des principales causes. « C’est impossible d’arrêter cela. Même les grands clubs européens n’y échappent pas », a estimé Valer Gourizro, manageur de joueurs ivoiriens. Les droits télé reversés aux clubs de la Ligue 1 (70 millions de FCfa par an) ne peuvent pas couvrir toutes les charges, pour la plupart d’entre eux dont le budget annuel oscille entre 150 et 200 millions de FCfa.  « La vente de joueurs peut rapporter entre 150 et 300 millions de FCfa », a ajouté Valer Gourizro.  Un montant qu’on retrouve souvent dans les transactions avec des clubs européens. « C’est bien moins avec les clubs d’Afrique du Nord », a révélé Jean Gahin, un intermédiaire de joueurs très introduit dans le football maghrébin. « Généralement, ces clubs payent entre 15 et 20 millions de FCfa pour s’offrir nos joueurs. Cela peut monter à 50 millions, mais c’est rare », a-t-il poursuivi.

Ainsi, l’Africa Sports n’aura pas d’autre choix que de laisser partir sa pépite, Parfait Guiagon. « Parfait Guiagon n’a pas l’âge pour signer un contrat pro. Quand il aura 18 ans, il pourra le faire. Le marché des transferts étant bouclé, nous comptons le garder jusqu’à la fin de la saison », a déclaré Serge Dogba, chargé de communication et marketing de l’Africa sports.

Williamsville Athlétic club, qui lutte pour le maintien, ne s’est pourtant pas opposé au départ de deux éléments importants de son effectif. « C’est possible de retenir un joueur, mais c’est difficile. Car si vous le faites, vous n’aurez plus le joueur à 100% pour votre équipe », a expliqué Abackar Koné, le président du club.

Chez le promu, le Racing club d’Abidjan, le départ de Zoumana Koné s’imposait, au regard de la politique du club, selon son président. « On a le choix, mais quand on fait de la formation, on doit laisser les joueurs partir parce qu’il y en a qui sont derrière qui attendent de s’exprimer. Il faut éviter que les joueurs s’entassent. Mais ils doivent partir dans de bonnes conditions pour avoir de l’argent par rapport au travail qui se fait », estime Cissé Losséni, président du Racing club, qui préconise la formation pour remplacer valablement les joueurs qui s’en vont.

Partir pour vivre de son art

Certes, les clubs arrivent à se faire un peu de sous à travers ces transactions vers les pays d’Afrique du Nord, mais les athlètes ne sont pas non plus lésés. Un transfert bien ficelé profite aux deux parties. C’est pourquoi des joueurs n’hésitent pas à s’engager dans cette aventure. « Si vous refusez de les laisser partir, c’est sûr qu’ils ne seront plus impliqués comme par le passé », explique le patron du Wac d’Abidjan, Abackar Koné.

Le désir de se retrouver un championnat avec de meilleures conditions d’existence motive bon nombre de joueurs qui quittent le championnat ivoirien pour le Maghreb. « Le joueur peut avoir 10 000 euros (Ndlr : 6,5 millions de FCfa) à la signature et un salaire de 1 ou 1,5 million de FCfa par mois », a déclaré Jean Gahin. Des salaires qui peuvent évoluer, selon les performances du joueur et la qualité du club dans lequel il évolue. « Un joueur comme Coulibaly Fousseni, l’ex-stelliste qui évolue actuellement à l’Espérance de Tunisie, émarge à plus de 20 millions de FCfa », a révélé Jean Gahin. Un traitement supérieur à ce qu’il percevait en Ligue 1 où, en général, les salaires oscillent entre 90 000 et 300 000 FCfa. Ces championnats peuvent également constituer un bon tremplin pour ceux qui aspirent à évoluer dans des clubs plus huppés. C’est justement par le Maghreb que sont passés certains grands noms du football ivoirien, notamment Traoré Kandia, Kader Kéita, avant de rejoindre l’Europe. « Je suis heureux d’être à Khouribga. Ce championnat est une belle vitrine pour moi. Mon rêve est d’évoluer en Europe. Mais je prends mon mal en patience en continuant de travailler et de m’améliorer sur le terrain », a indiqué Attohoula, l’ancien latéral droit du Wac qui vient de s’engager avec un club marocain.

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