Evénements survenus au Mali/ Comprendre par l’histoire ce qui se passe dans ce pays et dans l’AES

 Par Prof. Séraphin Prao*

Le samedi 25 avril 2026, plusieurs groupes terroristes ont mené des attaques coordonnées et simultanées contre les villes de Bamako, Kati, Gao, Mopti, Sévaré, Kati et Kidal. A l’issue des combats, le ministre malien de la défense, des soldats et de nombreux civils ont perdu la vie. Devant cette situation tragique, le mouvement « Les Démocrates de Côte d’Ivoire » exprime sa solidarité au peuple malien frère et sa compassion aux autorités maliennes ainsi qu’aux familles des victimes civiles et militaires.

Depuis que, sur la base de renseignements inexacts et de données factuelles reconnues des années après comme exagérées et totalement infondées (selon le rapport de 2016 de la commission des affaires étrangères du Parlement britannique et les e-mails d’Hillary Clinton, ancienne Secrétaire d’Etat américaine, divulgués par la commission d’enquête du Sénat des Etats-Unis sur l’attaque du consulat américain de Benghazi du 11 septembre 2012), l’OTAN a détruit la Libye et plongé ce pays dans le chaos, le Sahel n’a plus connu la paix. Les jours se suivent et se ressemblent avec leurs lots de destructions et d’assassinats menés par des groupes terroristes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique.

Ces derniers qui, par leurs méthodes, pratiques et tactiques militaires, rappellent la secte des Assassins qui a fait régner la terreur sur le monde musulman du temps des croisades avant d’être vaincus par les Mongols en 1219, sont aujourd’hui exploités par les forces qui mènent contre l’Afrique subsaharienne une guerre asymétrique aux fins d’endiguer son développement et pour se replacer elles-mêmes au centre de l’échiquier stratégique mondial dans la perspective du 21e siècle.

Le Président du Mouvement « Les Démocrates de Côte d’Ivoire » admet que l’Afrique subsaharienne a vécu l’esclavage pour que certaines régions du monde connaissent la prospérité et un développement fulgurant.

Comprendre par l’histoire ce qui se passe au Mali et dans l’AES  

Ce qui se passe au Mali et dans l’AES est la suite d’un long processus ininterrompu, mais avec des pauses tactiques, d’endiguement du développement et du rayonnement de l’Afrique subsaharienne. Dans les faits, ce qui a lieu au Nigéria relève aussi de la même logique d’endiguement.

L’Afrique subsaharienne a vécu l’esclavage pour que certaines régions du monde connaissent la prospérité et un développement fulgurant. Mais, l’homme africain a tenu, même après avoir perdu plus de 17 millions de ses frères et sœurs pendant la traite arabo-musulmane (sur 13 siècles) et 15 millions d’âmes sur 400 ans pendant la traite occidentale. L’homme africain s’est relevé plus fort qu’il ne l’était. Aujourd’hui, l’Assemblée générale des Nations Unies reconnaît l’esclavage des Africains comme le « crime contre l’humanité le plus grave » de l’histoire du monde.

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Après l’abolition de l’esclavage en 1834 dans les territoires britanniques et en 1848 dans les territoires français, les maîtres esclavagistes ont bénéficié d’une indemnisation financière pour compenser la perte de leur ‟propriété”, les esclaves. Cette indemnité, versée à partir de 1849, a contribué à la création en 1854 de la Banque du Sénégal, l’ancêtre de la BCEAO. Avec cette indemnité, les anciens propriétaires d’esclaves se sont orientés vers un nouveau commerce, celui de l’exportation des matières premières dont l’huile de palme et l’arachide. Cela a entrainé des conquêtes territoriales massives entre 1880 et 1914, formalisées et encouragées par la Conférence de Berlin de 1885 qui a marqué le partage de l’Afrique par les puissances d’alors.

Après l’esclavage, un nouveau chapitre douloureux venait de s’ouvrir pour les Africains avec la colonisation et son lot de travail forcé. Avant, du temps de l’esclavage, la grandeur se trouvait dans la vente d’esclaves. Maintenant, la grandeur se trouve dans l’expansion territoriale en Afrique et ailleurs dans le monde, dans la « mission civilisatrice » et dans la mainmise sur les immenses réserves de matières premières (le caoutchouc, le bois, les minerais, etc.) d’Afrique.

Une guerre de civilisations contre l’Afrique noire

Là encore, la résilience de l’homme africain a fini par payer et lui a permis de faire cesser le travail forcé, de vaincre la colonisation et d’arracher son indépendance autour des années 60, même si certains accords se sont révélés, avec le temps, une réécriture du code noir de 1685 adaptée aux réalités diplomatiques et économiques du 20e siècle.

Aujourd’hui, encore, l’Afrique noire fait face à une autre vague d’asservissement et d’anéantissement de sa civilisation par le terrorisme interposé. Le bras armé est différent mais les acteurs et la stratégie restent les mêmes que depuis des siècles. Ils profitent des failles dans la gouvernance des Etats africains pour leur porter des coups susceptibles de les faire s’écrouler.

Depuis des siècles, l’Afrique subsaharienne est en guerre, en guerre contre des acteurs qui lient leur développement et leur hégémonie à son appauvrissement et à son sous-développement. En effet, aussi irrationnel que cela puisse paraître, certains acteurs mondiaux, après avoir pressuré l’Afrique pendant des siècles, continuent de penser que leur développement et leur rayonnement mondial ne peuvent se construire que sur la donnée stratégique de l’asservissement de l’Afrique, des misères africaines et de son sous-développement qu’il faut entretenir par tous les moyens légaux et illégaux.

Aujourd’hui, cette guerre de civilisations, contre l’Afrique noire et sa destinée, a atteint un autre seuil. Il est faux de croire que seul le Sahel est menacé par la nouvelle guerre menée via les terroristes djihadistes. L’Afrique noire est menacée jusqu’à toutes ses côtes occidentales.

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La guerre contre le terrorisme est une guerre asymétrique

L’ennemi de l’homme africain est connu. Ses méthodes se sont adaptées et affinées avec le temps et selon les réalités stratégiques du moment. Cet ennemi voudrait voir l’Afrique s’auto-flageller en s’accusant de ses propres malheurs pour que soient occultées ses propres manœuvres structurelles de déstabilisation et de retardement de l’Afrique noire. Nous, Africains, sommes conscients de notre propre responsabilité dans les malheurs de l’Afrique. Mais, n’oublions pas que l’Afrique est dans le système de la gouvernance mondiale, un système dont elle n’a pas la maîtrise des leviers et qui ne lui fait pas de cadeau.

Africains, Africaines, l’heure du réveil a sonné. Notre solidarité est interpellée vis-à-vis de tous ces frères et sœurs du Mali et de l’AES qui souffrent à cause des terroristes djihadistes et de la destruction de la Libye. Nous savons ce qu’il faut faire pour parfaire nos gouvernances mais n’oublions pas que nous n’avons qu’un ennemi que nous devons combattre en chœur : le terrorisme et ses parrains.

La guerre qui est menée contre le Mali et l’AES est une guerre asymétrique. C’est aussi une guerre d’attrition qui ne peut être gagnée en un temps record. L’objectif de l’ennemi, c’est de harceler au maximum les forces maliennes, de provoquer l’exaspération au sein de la société et pousser à la révolte générale, sans compter sa volonté de procéder à un remodelage des frontières dans le Sahel. La guerre contre le terrorisme sera une guerre longue et coûteuse dont la fin n’est pas pour maintenant ni dans les cinq années à venir où le monde sera encore plus instable. L’ennemi n’a pas encore atteint ses objectifs de partition du Mali et d’avoir un pouvoir militaire ou civil plus accommodant que les pouvoirs militaires actuels.

Il ne faut pas se tromper de combat   

Beaucoup de choses peuvent être reprochées aux dirigeants de l’AES relativement à leurs objectifs initiaux. Mais, le problème sécuritaire reste de loin la priorité des priorités. Sans sécurité, aucune politique de développement ne peut être menée. On comprend l’empressement des uns et des autres à vouloir des pouvoirs civils dans l’AES à la place des pouvoirs militaires qui s’éternisent. C’est une préoccupation légitime que le mouvement « Les Démocrates de Côte d’Ivoire » comprend.

Les pouvoirs militaires doivent partir mais il ne faut pas se tromper de combat ni de cible. Ce que l’ennemi veut et souhaite, c’est justement que les maliens et les populations de l’AES se soulèvent et ajoutent du chaos au chaos. Le mouvement « Les Démocrates de Côte d’Ivoire » encouragent donc les dirigeants de l’AES à être efficaces dans leur lutte contre le terrorisme.

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Les terroristes n’ont pas d’Etat mais ils ont curieusement les moyens et, parfois, la technologie d’un Etat ; ce qui complexifie la lutte des autorités de l’AES. Pour triompher de la guerre asymétrique à eux imposée par les ennemis de l’homme africain, les Etats du Sahel auront besoin de ripostes conventionnelles mais aussi de ripostes asymétriques contre les parrains des terroristes en identifiant leurs points de vulnérabilité.

Pendant la seconde guerre mondiale, la France a eu besoin du général De Gaule et des résistants français pour venir à bout du régime de Vichy et de l’occupant allemand. En Chine, après les guerres de l’opium (1839-1842 et 1856-1860) qui ont marqué l’humiliation de la Chine, les chinois, à partir de 1949, se sont façonné une nouvelle identité. Leurs expériences historiques ont donné naissance à un nouvel homme chinois qui, désormais, prend sa revanche sur l’histoire. Le temps est venu pour nous, Africains, de nous reconstruire dans ces expériences douloureuses et de prendre aussi notre revanche sur l’histoire, une histoire faite de plusieurs siècles d’esclavage, de domination, de vols, de pillages et de servitudes de toutes sortes.

Adresse aux pays côtiers d’Afrique de l’ouest

Aujourd’hui, pour les pays plus au sud, l’heure est au rassemblement autour des populations de l’AES et à la solidarité avec elles. Entre les peuples, il n’existe aucun différent mais les contradictions entre les chefs d’Etats sont nombreuses et profondes. Aucune victoire significative sur le terrorisme djihadiste ne sera possible tant que tous les Etats subsahariens et les Etats un peu plus au nord n’agiront pas en chœur contre cet ennemi commun.

En réalité, les populations de l’AES représentent une digue, une digue qui ne doit jamais céder et que tous, nous devons maintenir ferme et solide. Sans cette digue, le terrorisme progressera jusqu’aux côtes africaines, curieusement, encore là où les négriers venaient chercher les esclaves.

L’Afrique subsaharienne subit ces assauts asymétriques à cause des immenses richesses de son sous-sol et de son dynamisme démographique que certains voient comme une menace à leur porte. Le combat contre le terrorisme djihadiste néocolonial est le combat de tous les Africains où qu’ils soient. A ceux qui voudraient empêcher l’homme noir d’entrer dans l’histoire de son développement, opposons-leur notre solidarité et notre détermination. C’est par leur détermination et en ayant les yeux rivés sur un seul et même objectif stratégique que certains peuples du monde ont pris leur revanche sur l’histoire.

    *Président du Mouvement « Les Démocrates de Côte d’Ivoire »