Entretien avec M. Elefteriou Georges (Président de l’AASCOT-BRVM):   « Le rôle de  l’AASCOT-BRVM est d’analyser la situation et d’orienter ses membres dans un investissement sûr »

Par Léon SAKI – Afrique Matin.Net

« Nous prônons l’éveil des consciences de l’investisseur moyen » 

L’Ivoirien Elefteriou Georges, ingénieur  d’aviation civile de formation est actuellement en fonction à l’aéroport FHB, précisément à la société SODEXAM. Pur produit de l’école ivoirienne, il a été élu le 25 février dernier Président de l’Association des Actionnaires des Sociétés Cotées à la BRVM (AASCOT-BRVM). Dans cet entretien, il dévoile un pan sur l’activité de la spéculation boursière et expose sa vision en vue de sécuriser les investissements des membres de cette structure et de tous ceux qui désirent investir en bourse. 

  1. le Président de l’AASCOT-BRVM, pouvez-vous nous dire depuis quand vous êtes dans cette structure et quelles sont les différentes fonctions que vous avez occupé?

Je suis membre de l’AASCOT-BRVM (Association des Actionnaires des  Sociétés Cotées à la BRVM) depuis plus de quinze(15) ans. Je rappelle que l’AASCOT-BRVM existe depuis maintenant seize (16) ans. J’ai été l’un des  conseillers  du premier Président de cette association, M. Ormon Léon. J’ai été ensuite Vice-Président de cette association ces quatre (4) dernières années où M. Yapo Botoh Maurice a assuré la présidence de l’association. Depuis le 25 février 2017 et ce, à la faveur de l’assemblée générale élective de l’AASCOT-BRVM et sur intervention de certains amis et de bien de membres de notre association, j’ai décidé de postuler pour la présidence de l’AASCOT-BRVM et l’assemblée a accepté de me porter à la tête de l’association. Le plus important pour nous est la vision que nous voulons voir réaliser pour le bien être de l’association. 

Quelle est donc votre de vision à la tête de l’AASCOT-BRVM ?

Elle se décline en plusieurs piliers dont je vais énumérer l’essentiel. Jusqu’ici  l’AASCOT-BRVM avait privilégié la formation de ses membres et la préservation des intérêts des membres face à des investisseurs véreux dont les entreprises en bourse disparaissent avec les placements de nos membres. Aujourd’hui, la BVA est devenue la BRVM. Nos actions  doivent suivre les mutations du milieu boursier pour relever les challenges. Les fonds communs de placement européens et américains suscitent de fortes pressions dont nous devons être capables de résister. Au-delà de la Côte d’Ivoire, nous devons regarder tout l’espace UEMOA et toute la sous-région pour intégrer toutes les associations qui exercent dans notre domaine. Antérieurement, ces contacts ont été infructueux à cause de l’hypocrisie des uns et des autres. Aujourd’hui, avec le peu de volontaires que nous avons pu trouver sur place, nous avons mis en place des structures sous-régionales de l’AASCOT-BRVM dans des pays de l’espace  UEMOA parce qu’il est très difficile depuis Abidjan de suivre des sociétés telles SONATEL au Sénégal, ONATEL au Burkina Faso etc…Ainsi, si l’on a des structures localement représentées, en  cas de dysfonctionnement, l’on pourrait orienter aisément  le membre vers celle-ci afin de déceler le dysfonctionnement. Voila une partie de notre vision. Aussi, lorsque vous venez investir à la bourse, notre objectif est que vous trouviez une organisation des investisseurs au niveau des petits porteurs.  En termes  de bonne gouvernance et pour mieux rassurer les investisseurs qui viennent d’Europe, d’Amérique qui ont besoin d’organisation du même type existant déjà chez eux à qui ils peuvent mentionner des dysfonctionnements de la bourse. Ces investisseurs ont besoin d’être rassurés quant au sérieux de la bourse surtout que les gens se méfient des investissements en Afrique. Cela sera aussi d’un atout incontournable dans la politique d’émergence qui est d’actualité car l’assainissement du marché financier, la régulation des flux de capitaux sont  essentiels pour qu’Abidjan, à l’instar des plateformes boursières comme Londres et New York, soit une référence.

Combien d’entreprise sont-elles cotées à la BRVM ?

Je l’évoquais tantôt. Pour rappel, dans l’espace UEMOA, plus de quarante Entreprises sont cotées à la BRVM. Parmi celles-ci, il y en a qui sont hors de la Côte d’Ivoire. L’exemple des BOA (bank of Africa) à Niamey, Cotonou, Dakar et Bamako. D’autres comme la SONATEL à Dakar, ONATEL à Ouagadougou. L’essentiel était d’avoir une représentativité locale pour les Entreprises résidant hors de la Côte d’Ivoire pour palier promptement à un dysfonctionnement. Ceci répond à un souci d’efficacité que nous prônons pour l’AASCOT-BRVM. Par exemple, ce jour, une délégation de la SONATEL vient en Abidjan pour rencontrer le conseil régional. Celui-ci a exigé que nous soyons à la rencontre. Si l’AASCOT-BRVM était présente à Dakar, ce contretemps aurait pu être évité. J’ai fait  tout ce détour pour montrer l’importance de la délocalisation de notre structure.

Comment l’AASCOT-BRVM arrive-t-elle à agir sur le marché boursier compte tenu des difficultés que vous évoquez ?

L’on peut dire que nous influençons le marché dans la mesure où dans les cotations quotidiennes, il y a des échanges. Les informations dans les échanges que nous communiquons à nos membres, peuvent faire qu’un membre puisse  être intéressé par l’action x de telle ou telle Entreprise. On peut ainsi susciter une forte demande sur une action. Mais dans un autre sens l’on peut encore influencer le marché. Comme exemple, il y a des sociétés qui étaient présentes à la BRVM et qui lors d’une de leurs assemblées générales  ont voulu se retirer de la bourse parce que l’actionnaire majoritaire en avait décidé ainsi. Mais avec les lois de l’Ohada dont étaient imprégnés nos membres, ce genre de diktat prend  fin. L’année dernière nous avons rencontré le  comité national de privatisation des entreprises de Côte d’Ivoire. On leur a fait part d’un certains nombres de préoccupations notamment certaines Entreprises que l’Etat n’introduit pas en bourse et qui auraient pu leur permettre de lever des fonds. S’agissant de lever des fonds, des emprunts obligataires sont lancés pour appuyer les actions de l’Etat de Côte d’Ivoire. Lorsque l’emprunt est lancé le matin, il se clôt au plus tard à 13h. C’est la même chose dans les Entreprises en ce qui concerne leur introduction en bourse. SUCRIVOIRE, la SIB etc.. Ainsi, nous préparons nos membres à rentrer dans le capital de ces Entreprises pour recevoir des dividendes dans deux(2) ans, un(1) an voir six(6) mois. Donc oui, nous agissons effectivement sur ces marchés sous différents angles.

le Président de l’AASCOT-BRVM, pour le grand public profane, pouvez-vous expliquer comment se déroule la vente ou l’achat des actions d’une société en bourse ?

Lorsque l’Etat décide de vendre les actions d’une entreprise, le cas SUCRIVOIRE, ou de les mettre au  grand public, il y a le marché primaire  qui est l’étape d’avant la mise en bourse des actions de l’entreprises, le conseil régional et tous ceux qui accompagnent le système tels que les sociétés  de gestion d’intermédiation. Ce sont des sociétés qui sont généralement près des banques, la SOGEBOURSE, la BICIBOURSE,NSIA FINANCE,AFRICAINE DE BOURSE, CORIS BOURSE, HUDSON  COMPAGNIE ,AGI etc.…Ensuite il y a des privés comme vous et nous…

Et comment fixe-ton le prix d’une action pour une entreprise donnée cotée en bourse ?

Pour l’actionnariat populaire, 20% des actions sont mises en vente. Un calcul est fait entre les performances de l’entreprise  et les résultats antérieurs de celle-ci afin de fixer la valeur de l’action. Le rôle de  l’AASCOT-BRVM est d’analyser la situation et d’orienter ses membres dans un investissement sûr. L’exemple de la société CORIS Bank l’illustre si bien. L’action de départ qui était de 30.000 frs CFA est passée aujourd’hui à plus de 52.000f CFA. L’année dernière, il y a eu des mécanismes institués par la bourse pour fractionner les actions. Certaines sociétés en ont bénéficié, leurs actionnaires avec. Voila donc l’action de l’AASCOT-BRVM au niveau boursier, l’éveil des consciences de l’investisseur moyen, celui qui s’y connait peu ou pas du tout.

Qu’est-ce qui a motivé la création l’AASCOT-BRVM ?

L’AASCOT-BRVM a été mise sous les fonts baptismaux par des personnes qui avaient à cœur la formation de ses membres aux  mécanismes financiers et boursiers.  Je me souviens lorsqu’on arrivait aux assemblées générales, il y avait à peine 15 à 20 personnes. On prenait pour des dieux les présidents des conseils d’administration de certaines sociétés à cause du langage hermétique autour de la bourse. Pour palier à cela, certaines personnes comme M. N’goran, M.  Sehe, M. Dieudonné (un belge)  et des dames qui ont vite perçu ces dysfonctionnements quant au caractère opaque de la gestion des actions boursières, se sont réunis  et pour former les actionnaires à la gestion de leurs avoirs, et pour leur donner les moyens de défendre leurs intérêts. Notre vision à été, à notre arrivée, de nous appuyer sur ces deux piliers et aller à la conquête de l’espace UEMOA, de l’espace mondial pour qu’on dise qu’à la BRVM, à la bourse d’Abidjan, il y a une organisation qui accompagne réellement les investisseurs. En outre notre souci est d’inciter tout homme, quelque soit ses moyens financiers à l’investissement. La seule chose que l’on demande est la patience pour bénéficier des retours sur investissement. Le quatrième pilier de notre action sera de former la population ivoirienne. Nous irons à Korhogo, à Yamoussoukro, en somme partout sur tout le territoire ivoirien. En guise de bouquet final, l’AASCOT-BRVM prévoit une branche de consultance dans les grandes institutions internationales. La banque mondiale nous a fait l’honneur de nous inscrire dans leur fichier. Nous sommes à ce jour en contact étroit avec l’actuel président de la Banque Africaine de Développement(BAD). Nous allons aussi nous tourner vers la BCEAO et l’UEMOA, toutes les grandes institutions qui interviennent dans le mécanisme financier. Nous le faisons parce que, comme nous le disions tantôt, notre quatrième pilier est aussi planté pour lutter contre la pauvreté. Il ne faudrait toujours pas que ce soit l’extérieur qui vienne nous dicter constamment la voie à suivre. Avec nos propres fonds de placement, nous arriverons à accroitre le bien être de nos frères et sœurs.

La BRVM compte en son sein plusieurs pays de l’UEMOA. Comment l’AASCOT-BRVM arrive à étendre son action sur une zone aussi vaste ?

Au niveau de l’extérieur comme le Burkina, le Togo, le Benin, le Sénégal, nous avons  des points focaux. Nous leur avons demandé de se constituer autour d’une quinzaine de personnes minimum afin que l’AASCOT-BRVM puisse entériner au travers d’une assemblée générale élective leur bureau. Ainsi, avec notre aval,  ils auront l’onction de la BRVM et le CREPMF avec qui nous avons, une fois tous les deux mois, une séance de travail afin d’accorder nos violons en ce qui concerne nos intérêts mutuels. Après tout cela, nous allons mettre en place une fédération sous régionale qui, j’en suis convaincu, rendra beaucoup plus dynamique  l’AASCOT-BRVM et nos membres beaucoup plus forts. Ainsi les entreprises seront à même de nous consulter et nous écouter. Quant à la formation de nos membres, ceux de la  Côte d’Ivoire, aux rouages de la bourse, nous feront exactement comme nous le faisons à l’extérieur. On les réunira autour d’une personne dans les différentes villes du pays et selon leur emploi du temps, nous leur enverrons des formateurs pour l’occasion.

Qui peut être de l’AASCOT-BRVM ?

Je le disais tantôt, nos membres sont issus de toutes les catégories socioprofessionnelles, du paysan au professeur d’université, d’anciens présidents d’institutions et de hauts fonctionnaires de l’Etat…

Combien de membres comptent l’AASCOT-BRVM à ce jour ?

Si l’on tient compte, M. Wadja est là pour le confirmer, depuis la mise en place de l’ l’AASCOT-BRVM ? Il y a plus de seize (16) ans, nous avons dépassé le millier de membres. Au 31 décembre de l’année 2016, nous étions entre 1000 et 1107 membres. Mais nous sommes en train de mettre le fichier à jour. Nous fonctionnons de par les cotisations de nos membres il y en a actuellement 508 actifs qui s’acquittent régulièrement de leur cotisations. Et ce sont ces actifs qui nous permettent de financer la formation.

Quelle place pour la communication dans vos chantiers?

S’il y a un point qui est essentiel dans ma vision, c’est la communication. Je n’en ai pas discuté encore au conseil d’administration de l’AASCOT-BRVM mais le secrétaire général sait que je leur ai envoyé un document, le Vice-Président également, certains administrateurs : la mise en place de trois commissions importantes. La première sera  la formation et sera présidée par une dame. La seconde commission va se charger d’analyser les rapports annuels des sociétés afin de faire des études sur ces rapports pour une meilleure visibilité dans le fonctionnement réel de ces sociétés. Cela nous permettra de jauger de l’état, surtout financier et organisationnel de ces entreprises, afin que nous, membres de l’AASCOT-BRVM  et actionnaires de certaines de ces sociétés, nous puissions apporter un regard critique et objectif lors des assemblées générales. Cette commission est présidée par Mr Blin Kacou, Vice-Président de l’AASCOT-BRVM. La dernière commission est la commission « communication et organisation ». En effet, l’AASCOT-BRVM a été mise en place pendant un contexte national politique difficile de l’histoire de la Côte d’Ivoire et mes prédécesseurs n’avaient ni le temps, ni les moyens de gérer la communication. Un site web sera très prochainement mis en place. Pour l’instant, nous travaillons en interne afin de réunir tous les financements à la structuration de tous ces outils. Nos cotisations étant pour l’instant le seul moyen de financement de nos activités et vu que tous nos membres ne sont pas à jours de celles-ci, nous devons être très selects sur nos dépenses. Mais sachez que la communication nous est précieuse et qu’elle sera désormais inscrite au cœur de nos actions. En prévision de cela, M Wadja  et Miss Tapé avaient établi un budget qui va nous permettre d’aller chercher les fonds pour le bon fonctionnement de nos commissions, surtout la communication. La communication est essentielle, si ce que vous faites est méconnu, vous le faites en vain.

Votre mot de fin.

Nous voici aux termes de cette rencontre avec vous. Au nom de l’AASCOT-BRVM, au nom des membres, au nom du conseil d’administration, je tiens à vous remercier pour l’opportunité que vous nous donnez de communiquer sur l’AASCOT-BRVM, sur la bourse. Ce que nous pouvons dire est qu’après toutes ces années de fonctionnement, de gestation, notre association va passer à une vitesse supérieure avec le concours de tous, du conseil, des membres pour que les challenges, et du pays, et de la sous région, pour ce qui concerne les marchés financiers soient relevés avec notre contribution. Le marché financier étant un pilier essentiel de toute politique d’émergence, nous ferons tout ce qui est nécessaire afin que le citoyen lambda qui est intéressé par les flux financiers de la bourse, puisse investir en bourse.  Egalement, nous donnerons des conseils judicieux, montrer les mécanismes qu’il faut pour qu’ils soient armés et défendre leurs investissement avec ou sans l’AASCOT-BRVM afin que le retour sur investissement soit assuré. C’est le rôle essentiel de notre association. La bourse n’est pas un engin de bourgeois comme beaucoup le pense. Au travers de ce que vous venez de découvrir ce jour, tout le monde peut flirter avec la bourse. Une fois de plus, nous vous remercions parce que sans la presse, tout effort reste méconnu malgré l’intensité du travail abattu.

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