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Education nationale/ Professeur Philippe Cowpply-Bony/ « Et pourquoi l’école ivoirienne se meurt! »

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Mon cher Vénance Konan, journaliste émérite, bien connu, merci d’avoir, dans la parution du jeudi 16 décembre 2021 du quotidien d’Etat que vous dirigiez, donné aux Ivoiriens l’occasion de réfléchir face à l’attitude de notre jeunesse devant l’école. Parce que cette question me semble primordiale pour l’avenir de notre pays, je vais me permettre ici d’y apporter une explication selon mon humble point de vue.

D’abord je suis interloqué par le peu d’intérêt que le peuple ivoirien manifeste à cet égard, et qui chagrinerait tout citoyen de ce pays, conscient de l’importance qu’accordent aujourd’hui, toutes les nations développées à la promotion de leur système éducatif, élément clef de formation de cadres compétents et compétitifs pour le futur de leur pays, devant la concurrence mondiale des nations développées !

Et vous écrivez et je cite « L’école n’intéresse plus nos enfants parce qu’ils ne croient plus en elle comme moyen de réussite sociale. Les modèles de réussite qu’ils ont sous les yeux ne sont pas passés par l’école ! »

J’en conviens parfaitement avec vous. Comment peut-il en être autrement, si des diplômés de nos universités, des maitrisards, des docteurs d’Etat de toutes disciplines sont au chômage et ne voient pas les moyens pour eux d’être intégrés socialement ! Dans cette ambiance ou règnent la corruption grandissante et le tribalisme, où tout est dirigé par les ressortissants d’une seule région ? C’est la médiocrité qui voit des postes de grande responsabilité confiés à des cadres sans grande formation. Dans ce contexte, comment voudrait-on que des jeunes s’intéressent à l’école ? Combien de ministres aujourd’hui sont titulaires de ce moindre diplôme de base, le baccalauréat ? Combien sont aujourd’hui des responsables de postes importants dans les sociétés d’Etat, qui peuvent attester d’un niveau suffisant de base pour les fonctions qu’ils occupent.

Comment ne pas comprendre ces jeunes, pour leur préférence à chercher à s’orienter ailleurs, où par exemple, avec un peu de don à manipuler le ballon rond, ils peuvent gagner des sommes colossales, sans que leurs parents se fassent le moindre souci d’avoir à payer pour leur insertion dans la société de leur pays, plutôt que d’aller user leur culotte sur des bancs d’école, sans assurance d’avenir, même nantis de diplômes de haut niveau ?

Dans les établissements où nous sommes passés en Europe, seul l’internat était payant, l’enseignement et la délivrance des diplômes étaient gratuits ! Et c’est la qualité du diplôme et la compétence qui conditionne l’embauche à un poste quelconque et non selon son origine sociale ou son appartenance tribale de l’impétrant. N’est-ce pas ainsi que doit fonctionner l’école dans une nation du tiers monde, comme la nôtre, qui a besoin de cadres compétents pour se hisser au rang des nations développées !

Jean Jacques Rousseau écrit que « L’homme nait pur, c’est la société qui le corrompt. »

Je dirais que c’est l’environnement social peu fiable qui conditionne l’attitude de notre jeunesse devant l’école !

Notre jeunesse n’est aucunement responsable de leur attitude face à l’école. Ce sont les conditions qui leur font obstacle pour leur intégration dans la vie sociale qui sont cause de leur découragement et démission pour leur propre formation. Que notre système de sélection soit fiable pour tout recrutement et emploi pour tous les jeunes ivoiriens, sans tenir compte de leur appartenance religieuse ou tribale, mais uniquement la compétence et valeurs réelles des impétrants, pour que notre jeunesse s’intéresse à sa formation, gage de leur insertion future dans la vie sociale du pays. C’est dans ce but que tout citoyen envisage de se former, s’instruire et prétendre à une place honorable dans la société.

Aujourd’hui, dit Vénance Konan, « Les jeunes comptent sur leurs parents ou d’autres personnes pour leur acheter des diplômes ou des admissions à des concours, de préférences à la douane, aux impôts, à la police ou à la gendarmerie. » Mais Vénance ! Si ces marchés n’existaient pas et ne se pratiquaient pas, comment des jeunes peuvent-ils penser à chercher à y accéder pour résoudre leur problème d’emploi, aux frais exorbitants à la charge de leurs parents ? On ne cherche à acheter que ce qui se vend ; c’est bien le vendeur et sa marchandise exposée qui attirent le regard de l’acheteur !

Je le répète, c’est la corruption dont tous les services administratifs sont complices qui est cause de cette gangrène dont souffre notre société aujourd’hui. Et cela relève de la responsabilité de tous, de haut en bas. Tout le monde murmure cela et se plaint en douce, surtout ceux qui n’ont pas les moyens de permettre à leurs enfants de pénétrer ce lugubre marché ; mais personne n’ose le dénoncer à haute voix ! Nous sommes donc tous complices de la survie sans assurance de terme de ce marché, excepté la bonne gouvernance qui, sic en ignore l’existence !

Vivre de l’argent mal acquis est entré dans nos mœurs et c’est là aujourd’hui le rêve de la plupart de nos concitoyens !

Et pourquoi donc l’école se meurt ?

C’est l’injustice qui règne dans la sélection des diplômés pour servir l’Etat de Côte d’Ivoire et qui engendre la démobilisation de nos enfants devant l’école.

Car les enfants de petits employés, même doués, ne pourront pas se présenter à un concours parce que leurs parents n’auront pas les moyens ni pour faire face aux frais inimaginables exigés pour un simple dépôt de leur dossier, ni pour être déclarés admis, même si les parents, avec peine, arrivent à satisfaire la première condition et s’ils le méritent par leur valeur.

C’est bien l’argent qui conditionne tout chez nous, alors que dans le monde entier, les concours ont pour but de sélectionner les meilleurs citoyens sans distinction d’origine sociale, pour la meilleure gestion future et bonne gouvernance de la nation ! J’ai connu dans ma classe au lycée Felix Faure de Beauvais, Michel Prudhomme, fils de facteur qui a été reçu brillamment à Polytechnique, Guy Belleil, fils d’instituteur, admis à l’ENA, cela sans que leurs parents aient été mis devant l’obligation de débourser le moindre sou. Et ils ont été de grands serviteurs de l’état Français. C’est en cela qu’on donnera une chance à tous les enfants dans un régime démocratique, à se former, à donner la preuve de leur don et capacité pour s’insérer dans notre société selon leur valeur et à la place qui leur convient.

Vous êtes fonctionnaire, avant qu’on accepte votre demande de mutation exigée par votre nouvelle situation matrimoniale, il faut payer 600 000 f, tout le monde est au courant de ce scandale, mais personne n’ose s’en indigner ouvertement, encore moins protester.

La corruption est ainsi devenue une pratique habituelle et tolérée dans la vie quotidienne de la nation. Et pourtant, on ne cesse de parler de lutte contre ce fléau, mais par quel moyen pratique et efficace ! Je pense qu’il est absolument nécessaire de cesser de biaiser, mais d’attaquer de front ce mal qui ronge notre société.

Les mesures efficaces et radicales contre ce mal, à mon avis, existent et sont simples !

D’abord pour tout détournement de denier public, traduire tous les coupables devant les tribunaux, les condamner au remboursement intégral des sommes ainsi détournées, et à des peines de prisons, et non simplement se contenter de leur faire perdre leur poste comme cela se passe actuellement.

Nous avons sous les yeux, le bon exemple donné par le pays qui nous a colonisés, par la condamnation de hauts cadres comme les présidents Chirac, Sarkozy et autres qui, leur mandat de président de la République et l’immunité qui les protégeait terminés, ils ont été poursuivis devant les tribunaux et condamnés pour des infractions punies par la loi. Dans ces pays, grand ou petit, pauvre ou riche, tous sont égaux devant la loi, et personne ne peut échapper à la justice en cas de dérive. Cela évidemment exige que la justice soit totalement indépendante.

De plus sanctionner tout citoyen qui dans l’exercice de sa fonction, réclamera de l’argent non prévu par la loi, à toute personne qui aura recourt à son service. Il s’agira notamment de tous ceux qui sont chargés d’organiser les concours où sont exigés des millions, en contrepartie de l’assurance de figurer sur la liste des reçus quel que soit le résultat et contre tout bon sens.

Donc après le déroulement de ces concours, il me parait nécessaire que les copies qui en sont issues soient confiées à une commission étrangère pour correction et délibération avant d’être ensuite remises, sous pli cacheté à une commission nationale pour la proclamation des résultats. Cela afin que ce soit les meilleurs et non les pistonnés de moindre valeur qui soient déclarés admis. Cela peut paraitre assurément déshonorant pour un pays comme la Cote d’Ivoire, indépendant depuis plus de cinquante ans, qui est censé pouvoir se gérer sans éprouver le besoin de faire appel à des gens de l’extérieur.

Mais devant cette situation qui perdure, que le pays, de bonne ou mauvaise foi, s’avère incapable de résoudre, il convient que le peuple ivoirien, qui serait sûrement froissé dans son amour-propre par une telle mesure, accepte cette solution, en attendant de trouver à éradiquer ce fléau et permettre à notre jeunesse de reprendre avec motivation le chemin de l’école pour la formation de cadres compétents au service de la nation.

Un autre aspect de la mauvaise gouvernance de notre pays, c’est l’absence totale de contrôle de prix, qui met en face de nos populations des difficultés énormes de toutes sortes, dans leur vie quotidienne, principalement pour avoir accès aux denrées alimentaires vitales dont les prix augmentent tous les jours et de façon anarchique, sans que l’augmentation de salaire suive au même rythme. A quand donc une règlementation et un contrôle rigoureux des prix pratiqués sur les marchés, connaitra le jour pour la grande joie et le bonheur pour tous nos citoyens de vivre dans leur pays !

Professeur Philippe COWPPLI-BONY

Compagnon de L’AVENTURE 46

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