Disparition de Gorbatchev/ La Russie essaie de regagner une influence sur le continent africain

Dernier président de l’Urss Mikhaïl Gorbatchev l’a été, la chute de la fédération a sonné la fin de la Guerre froide, et l’Union soviétique s’est effondrée en 1991, deux ans après la chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989. Quel a été l’impact en Afrique, terrain privilégié de cette guerre froide entre les deux blocs Est et Ouest ? Ancien journaliste – et chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique, François Mazet fait un décryptage de la situation qui prévaut suite à ce décès.

 Mikhaïl Gorbatchev a été un des grands artisans de la fin de la guerre froide, qui avait fracturé le monde pendant un demi-siècle. Quelles ont été les conséquences de ses choix politiques pour l’Afrique ?

C’était la fin de la guerre froide, mais c’était surtout la fin du monde bipolaire, c’est-à-dire de la rivalité Est-Ouest américano-soviétique, la glasnost et la perestroïka, à amorcer un déclin de l’influence internationale de l’Urss. Et donc un retrait de l’Union soviétique où elle était quand même fortement présente en Angola, au Mozambique, en Éthiopie et dans un certain nombre de pays. Et cette fin de ce monde bipolaire a ouvert la voie à une ouverture politique en Afrique qui a commencé avec les conférences nationales, puis les processus électoraux. Le fait marquant, c’est une Urss épuisée qui se retire du continent africain.

« C’était la fin de la guerre froide, mais c’était surtout la fin du monde bipolaire, c’est-à-dire de la rivalité Est-Ouest américano-soviétique »

Les régimes, qui étaient les alliés de Moscou, ont dû évoluer ou disparaître, notamment, l’Éthiopien Mengistu Hailé Mariam, qui a été renversé en 1991

C’est du côté de l’Urss, c’est l’Éthiopie, mais c’est aussi l’Angola, le Mozambique, le proxy cubain qui commence à se retirer aussi de ces pays où il était fortement présent.

LIRE AUSSI :   Les USA renforcent leur présence sur les sites pétroliers en Syrie

En parallèle, les États-Unis ont aussi changé d’approche sur le continent à la fin de la guerre froide. L’Afrique n’était-elle plus si importante ?

Elle était un enjeu économique. Pour les Américains, leur présence en Afrique, c’était le pétrole, les grands contrats de télécom. Puis, après, on a quand même vécu une redistribution des cartes et d’ouverture des partenariats des pays africains, des partenariats internationaux. Il n’y avait plus la rivalité soviéto-américaine, il n’y avait plus l’influence forte des anciennes puissances coloniales. Il y avait tout de même le phénomène majeur qui est la montée en puissance de la Chine en Afrique.

N’est-ce pas la fin de la guerre froide, qui a aussi libéré les sociétés civiles africaines ?

A l’époque qu’il y avait un déclassement stratégique de l’Afrique., et ces dirigeants autoritaires se retrouvaient livrés à eux-mêmes et face à une contestation et une demande d’ouverture et de démocratie. En quelques années, grâce à cette rupture, on est passé d’un continent où des élections étaient une exception à un continent où les élections étaient devenues la norme.

Trente (30) ans après cette parenthèse de libéralisation, et alors que Mikhaïl Gorbatchev est mort, ce cycle n’est-il pas refermé pour l’Afrique ?

Elle s’est refermée avant depuis longtemps. On a vu comment une perversion des processus de démocratisation et on a vu quand même le maintien au pouvoir de pas mal de régimes autoritaires et des élections qui étaient souvent d’une fiabilité un peu douteuse. Mais maintenant, on est dans une phase nouvelle.

On est dans une phase où la Russie essaie de regagner une influence sur le continent africain. On le voit au Mali et on le voit en Centrafrique, on le voit dans un certain nombre de pays. Il y a une espèce de nostalgie et de retour à une politique d’influence russe sur le continent africain.

LIRE AUSSI :   Komoé Mesmin, Pca de la MUGEFCI : « Zadi Gnagna et tous ceux qui vocifèrent ne troublent aucunement notre sommeil ».

Source: rfi.fr