Diby Kouamé Silvain : « En Afrique si on élit un bon candidat à la Magistrature Suprême tout est résolu ».

Par Aka JM – Afrique Matin.Net                                       

A l’initiative de la dédicace de son œuvre le 27 avril prochain à Sococé, nous avons rencontré M.  Diby Kouamé Silvain, auteur de ‘’ l’Espoir Africain’’. Il  donne les raisons pour lesquelles l’Afrique ploie sous le poids du néocolonialisme et de la paupérisation et donne des solutions pour quitter cette zone.  

DKS : Vous êtes l’auteur de l’Espoir Africain, un livre pour dire votre part de vérité dans l’échec des indépendances en Afrique subsaharienne. D’où vous est venue cette idée exprimée à travers une plume très engagée ?

Je précise que je ne suis pas un écrivain engagé. Je suis un compassionné de l’Afrique qui contribue au lieu de critiquer. Car si la critique est aisée mais l’art est tellement ardu. Mon objectif, en me focalisant sur l’Afrique au sud du Sahara au lieu de pays en particulier, est de prescrire des solutions communes voire standard. Comme Henri Poincaré l’a dit,  un problème bien posé est à moitié résolu et les mots pour le dire arrivent aisément. Donc, ce que je fais d’ailleurs dans le tome 1,  c’est que lecteur doit être d’accord que nous parlons du même référentiel c’est-à-dire qu’on est d’accord sur l’incendie ou les causes des problèmes de l’Afrique qui provoquent tant de fumées toxiques ou d’effets nocifs aux africains. Si on est d’accord, le lecteur sera regardant de ce que je dirai en solution. D’où cette idée d’avoir d’abord pensé au diagnostic qui est une sorte d’inventaire bilanciel de ce qui ne va pas.

Dans votre œuvre vous avez fait cas des gouvernants complices du néocolonialisme. Est-ce qu’on peut dire aujourd’hui que ce type de gouvernants n’existe plus sur ce continent ?

Néo veut dire nouveau, donc nouveau  colon. C’est le  néocolonialisme qui fait le relais du colonialisme et cela est dangereux parce qu’il y a des néo colons blancs et  des néo colons noirs. Depuis l’avènement des premiers dirigeants africains avec leurs  premiers opposants qui ont pensé que les premiers dirigeants n’étaient pas bons, est né le néocoloniasme. Parce que c’est le colonialisme d’une autre façon. Et l’Afrique, le relais de la traite négrière, du travail forcé, du colonialisme, du néocolonialisme qui viennent pour appuyer la « dépendance », parce que je ne dirais pas que c’est la « non-dépendance » aussi appelée « l’indépendance ».

Votre engagement est une expression de votre amertume devant ces faits. Mais est-ce que vos écrits contribueront à apporter un changement dans l’attitude des gouvernants africains ?    

L’homme en vivant d’espoir se maintient. L’Espoir Africain, est le fait que si vous prenez le développements des humains, il y a le fait que les erreurs que nous commettons, nous permettent même de dire que la solution peut arriver,  qu’elle est viable. Pourquoi ? Aujourd’hui prenez le cas de l’Afrique. C’est parce que les dirigeants, surtout les opposants qui sont venus dire aux dirigeants  de dégager, chaque fois qu’ils le font, s’arrangent après pour faire pire que les prédécesseurs. Mais aujourd’hui l’espoir c’est quoi ?

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Je vous assure que dans l’électivité de la pyramide des politiciens, les électeurs  sont beaucoup plus en phase avec la base et le milieu, il ne reste que le haut.  Et aujourd’hui l’Afrique ressemble à un orchestre philharmonique où tous les musiciens n’attendent que le seul maître d’orchestre imagé en président de la République. Ce sont seulement, les magistratures suprêmes qui causent problème. Car, dans la majorité des pays africains subsahariens, la seule magistrature suprêmede l’Exécutif phagocyte le Juridique, le Législatif. Il n’y a pas assez de séparation de pouvoirs. Et c’est clair qu’aujourd’hui l’Afrique est le continent de l’avenir parce que si on élit un bon (s’entend professionnel, patriotique, vertueux, ayant le don de soi, etc.) candidat à la magistrature suprême, tout est résolu.

Le phénomène de la souffrance continentale ne passe pas inaperçue  dans l’Espoir Africain!

Aujourd’hui  ce qui crée le problème des souffrances, c’est notamment l’injustice sociale, la mauvaise gouvernance, la corruption, l’enrichissement illicite qui créent la frustration. Cette frustration qui à son tour motive les coups d’Etat et/ou les guerres tribales. On n’a pas cette culture de l’unité vraiment enfantée par la solidarité sociale. Les présidents, la plus part des dirigeants africains ne sont pas soucieux de créer un Etat pire une Nation. Créer un Etat où « Nul n’est au-dessus des Lois républicaines », c’est de créer la Personne Morale de Droit Public qui, sur le plan juridique, représente une Collectivité, un Peuple ou une Nation.L’Afrique est pluriethnique, pluritribale  donc pour créer une Nation, il faut faire le nivellement réussi des cultures. Il ne faut surtout pas occulter le fait que l’Afrique souffre depuis longtemps. En effet, quand on quitte la traite négrière, la colonisation a commencé en 1880. En 1918 avec la première  guerre mondiale, on a parlé des premiers signes de l’émancipation de l’Afrique. De 1880 à 1918, cela fait environ 40 ans. Et par rapport à 1960, où Harold Macmillan  1er ministre britannique a dit : « C’est le vent du changement » où les indépendances sont arrivées ça fait 80 ans. Ça voudrait dire qu’en 1880, à l’aube de la colonisation massive, les missionnaires venus avec des visées évangélisatrices ont menti.  La colonisation, la définition est claire, c’est une domination religieuse, culturelle, économique et tout. Il faut donc que l’Afrique prenne conscience.  Car, malgré les souffrances passées, aujourd’hui encore, les pièges coloniaux sont amplifiés par certains dirigeants qui sont complices du colon. Ils prennent pour alibi que c’est le colon qui n’a pas lâché l’indépendance, mais c’est parce que cela leur plait de pouvoir trouver un alibi pour semer ingratement lesdites causes de frustrations sus-citées.

Vous avez parlé de prise de conscience. Mais l’Afrique souffre aussi d’un problème à savoir celui de l’analphabétisme. Ne pensez pas que cela contribue au non-succès des actions de sensibilisation pour une prise de conscience dans ce sens.

Non, la culture africaine elle est riche, mais nous sommes depuis l’avènement du colonialisme, dans un système bipolaire :bi-culturel, bi-religieux, bi-politique. En témoigne cet exemple. Dans nos traditions, il y avait des castes. Dans ces castes, il  y avait des sous hommes et la royauté. Et d’ailleurs avec l’avènement de l’école, la royauté ne voulait pas envoyer ses enfants à l’école des blancs. Ce sont les enfants des esclaves ou les moyens gradés qui sont partis à l’école. Quand ils sont revenus avec leurs diplômes, les blancs les ont utilisés pour orchestrer son « Système Moderne ». Quand ceux-là sont venus la première des choses à faire ce n’était pas de respecter le « Système Traditionnel », ni le Roi. Parce que pensent-ils,  Dieu leur donne l’occasion d’avoir de la valeur. Ce sont donc nos enfants-là qui nous combattent. Ils se disent j’ai été à l’école des blancs, je viens, je deviens Président, je vais écraser le roi qui est là. Or, en l’écrasant, je contribue à mettre fin à ma culture. Je profane ma culture. C’est ça le problème. Tel n’est pas le cas chez les asiatiques, arabes, judéo occidentaux, etc. qui respectent leur culture. Le problème de l’Afrique c’est que nos cultures dépriment avec nos enfants. A quel moment, nos autorités vont considérer que l’enjeu est de valoriser la culture identitaire typiquement africaine?  Aujourd’hui, c’est le modernisme sauvage sans ménager le traditionalisme.

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Parmi les pièges coloniaux vous parlez de l’organisation de l’Armée des bataillons de guerres combattantes et aussi des coups d’Etat. Vous mettez presqu’un lien entre la structure de sécurité et l’instabilité. Pourquoi ?

L’armée, l’Enseignement Supérieur, le Francs CFA notamment étaient des sujets de confédération franco-africaine des indépendances gérés par la Métropole. Les colons ont créé ce qu’on appelle les armées  des bataillons de guerres combattantes, qui sont des armées qui n’avaient pas cette technicité rigoureuse de l’armée républicaine. Au lieu de défendre la Nation contre l’extérieur, c’était une bonne masse pour défendre la magistrature suprême au cas où l’on s’attaquait au pouvoir exécutif. Donc les dirigeants ont  recruté des soldats dans leur tribu,  dans leur clan. Mais c’est une armée qui ne faisait pas du Génie Civile, à l’identique de leur armée. Cette armée-là, elle arrive et elle n’est pas républicaine, qu’est-ce qu’elle doit faire ? Elle doit défendre la personne du président. Vous avez en amont la Justice qui est injuste, vous avez les frustrations, alors qu’est qui va se passer ?  Les gens vont faire des coups d’Etat. Voila pourquoi je dis en Afrique, il y a quatre  forces : le pouvoir exécutif, judiciaire, législatif et militaire. C’est le pouvoir militaire qui privilégie ses muscles au lieu de l’intellect. Même quand le président de la République ne veut pas marcher comme ils veulent, ils le renversent. Aussi, cela arrange le colon dans sa phase de néocolonialiste. Il fait dégager celui qui ne fait pas ce qu’il veut, par exemple qui s’oppose à la réduction de leur revenu. Ainsi se préoccupe-t-il dans la balance commerciale, va-t-il vendre plus d’armes, des équipements militaires. Est-ce que ça fait plus d’importations à vendre dans ses ex-colonies, c’est mercantile, c’est du business.

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Face à la gabegie, à la mauvaise gouvernance et la corruption des gouvernants et des cadres de l’administration vous proposez le développement durable. Croyez-vous que c’est la solution pour freiner ces maux ?

 La vraie définition du développement durable dit qu’on doit penser aux plus démunis dans une globalisation mondiale. Les plus démunis doivent pouvoir s’en sortir, développer leurs Pouvoirs d’Achat pour qu’ils aient  le bien-être, c’est cela le développement durable. La définition intègre aussi l’environnement et la croissance inclusive qui est concomitamment une croissance  économique et financière. Puisque, l’économie ce sont les agrégats que nous avons pour optimiser notre bien-être mais la finance, c’est ce que nous touchons et disposons monétairement. Donc les deux doivent s’inclure voire s’entremêler. Par exemple, si on est 1erproducteur de bauxite, d’or alors que le panier de la ménagère est vide c’est-à-dire les démunis ne peuvent pas se nourrir normalement. Donc le développement durable  c’est ce qui prend en compte les facteurs pour que le plus démuni soit dans l’allure de l’émergence ou du développement.

L’Afrique jusqu’à présent n’a véritablement pas d’industries, n’est-ce pas une utopie de parler de développement pour ce continent ?

Non ! Ce n’est point une utopie à cause de l’espoir de notre divin tour qui est imminent. En ce qui concerne le développement, le schéma est universel. Nous avons le Secteur Primaire qui se caractérise par l’extraction de tout ce qui est brut et qu’on doit enlever pour faire : l’affinage des minerais, le traitement des ressources forestière, énergétique, animale et halieutique. Le Secteur Secondaire, c’est la transformation. Les Secteur Primaire et Secondaire ont besoin d’industrialisation donc, d’investissement pour extraire affiner et transformer. Or, l’Afrique n’a jamais eu assez capitaux pour et extraire et transformer. Le Secteur Tertiaire lui, c’est des services marchands et non-marchand. Après avoir extrait la matière première brute. Après avoir transformé la matière première brute en semi-fini. Ils transforment la matière première semi-finie en Produit fini. Le Secteur Tertiaire inclut dans ses services marchands la Valeur Ajoutée grâce à la fabrication  et la vente par exemple des voitures. Donc le secteur  tertiaire, c’est en citant quelques exemples : la voiture qu’on paye,  et plus vicieux encore dans le domaine de la formation le secteur tertiaire, c’est lorsqu’on n’a pas d’ingénieurs aéronautique, aérospatial, de chirurgiens spécialisés qui peuvent opérer le cerveau. Si c’est le ventre oui mais arriver au cerveau il faut partir à l’extérieur chez eux. Donc on ne maitrise pas les 3 secteurs or ce sont ces secteurs qui nourrissent l’économie pour donner la souveraineté monétaire. L’espoir du développement via l’émergence est la situation géographique du Secteur Primaire qui n’est pas chez eux, mais bel et bien chez nous, en attendant les investissements pour extraire, affiné, transformé pour fabriquer et vendre pour aussi profiter de la Valeur Ajoutée.