Côte d’Ivoire/Prof. Blé Raoul-Germain parle aux 3 mille docteurs non recrutés et interpelle le gouvernement

L’affaire des 3000 docteurs non recrutés continue de faire débat. Ainsi, un jeune Ivoirien vivant en Suisse sollicite l’avis de son aîné Prof Blé Raoul-Germain. Ce dernier nous a transmis les propos de l’Ivoirien en Suisse et sa réponse. Prof Raoul Germain BLÉ est Professeur Titulaire avec HDR des Universités françaises, Ancien Directeur Élu du CERCOM et Directeur du Gremec (Groupe de Recherche sur les Enjeux des Médias et de la Communication).

 

Olivier ATCHEBRO (Ivoirien vivant en Suisse) à Prof. Blé Raoul Germain :

«Tu penses quoi du collectif des 3000 docteurs non recrutés ? Est-ce normal qu’après avoir investi sur eux, on les laisse dans la nature?

Pour te charrier un peu, en ta qualité d’expert en marketing et communication politique, si tu connais le Premier Ministre, quel conseil lui donnerais-tu?»

Réponse de Prof. Blé Raoul Germain

«Ce que je pense du collectif des 3000 docteurs?

C’est une mine d’or donc une chance pour notre pays. Ils sont à féliciter pour leur brillant cursus universitaire. Je suis fier de ce collectif dont certains membres furent mes doctorants. Je souhaite à  chacun d’eux de trouver un emploi.

Dans le milieu universitaire, l’affectif a très peu de place pour un raisonnement logique!

Cela me conduit à  te répondre qu’une thèse de doctorat n’est nullement un parchemin pour obligatoirement  enseigner dans les universités et/ou grandes Écoles.

L’enseignement universitaire a ses règles du jeu donc ses propres modalités de recrutement. Toi Olivier, tu vis à Genève. Tout doctorant suisse devenu docteur n’a pas d’office une place d’Assistant dans les universités de Genève ou des autres cantons. Je le sais puisque je suis moi-même diplômé  de l’université de Fribourg en Suisse romande! Et pourtant la Suisse a investi beaucoup d’argent pour ses citoyens!

Le Doctorat bien que prestigieux est avant tout un diplôme comme le Cepe, le Bepec, le Bac, la Licence, le Master. Et si chaque admis revendiquait systématiquement un emploi de fonctionnaires, le pays s’écroulerait sous le poids salarial de la Fonction publique.

Ne tenons point de discours affectif par rapport au collectif des 3000 docteurs pour lesquels nous souhaitons des solutions satisfaisantes!

Chaque université doit recruter en fonction de ses besoins. C’est ainsi partout dans le monde entier.

Ici le problème des 3000 docteurs doit aller plus loin en convoquant dans le débat:

– La question de la qualité des formations dans notre pays pour que nos diplômés puissent se positionner à l’international au lieu de tout attendre de l’Etat;

 – L’insuffisance des universités pour presque 30 millions d’habitants;

 – La non industrialisation du pays;

– L’absence d’une véritable économie susceptible de favoriser l’entrepreneuriat en faveur des nombreux diplômés car tout le monde ne peut être fonctionnaire.

En conclusion,

 Il faut construire des universités dans chaque capitale régionale, par  exemple à GAGNOA, ABOISSO, ODIENNÉ, DUEKOUÉ, etc pour employer davantage de nouveaux docteurs et aussi pour rapprocher les étudiants de leurs familles afin de réduire la précarité observée en milieu universitaire à Abidjan;

Industrialiser le secteur agricole pour le développement local;

Initier dans toutes les formations, un module sur l’Éducation à l’Entrepreneuriat;

Réduire le train de vie des gouvernants pour sauver de l’argent en faveur des bourses d’élèves et d’étudiants;

L’état doit créer un fonds de soutien en faveur des 3000 docteurs pour transformer leur collectif en groupement d’intérêts économiques. Il s’agit de 3000 personnes hautement diplômées et super intelligentes car n’est pas Docteur qui veut. Elles pourront, par exemple, par groupe de 9 ou 11 personnes, mutualiser des réflexions pertinentes pour construire un business;

Et enfin il est impératif de réduire les dettes de l’Etat pour que le pays respire mieux pour impulser demain l’espoir pour nos enfants et nos petits-enfants afin d’éviter qu’ils naissent déjà asphyxiés.

Mon cher Olivier ATCHEBRO,  modestement et en toute honnêteté, c’est mon point de vue en ma qualité de fils de ce pays. On peut ne pas partager mon propos, j’assume le mien.

Source: africanewsquick.net