Côte d’Ivoire : le nord du pays et la mystique du développement

Nazaire Kadia (analyste politique)

Il y a quelques temps, alors qu’il s’était mis en congé de la présidence de l’Assemblée nationale, selon la théorie de « la libération du tabouret », fondée sur l’idéologie de la « clarification », M. Soro Guillaume avait élu provisoirement domicile au nord du pays, parcourant villes, villages et hameaux.

Aussi curieux que cela puisse paraître, c’est en ce moment qu’il lui avait été donné de découvrir que misère et pauvreté sont le lot quotidien des populations de cette région. Il n’en fallait pas plus pour qu’il chargeât ses anciens alliés et les accuser de ne rien faire pour le développement et le bien-être des populations de cette zone.

Autant on pouvait être heureux qu’il touchât du doigt les réalités que vivent nos parents du nord, autant on ne pouvait qu’être ahuri qu’il fît de telles déclarations en ce moment précis. En effet l’une des raisons selon lui qui l’avaient obligé à devenir rebelle, c’est bien la marginalisation du nord du pays dans le processus de développement par tous les pouvoirs successifs avant celui qui tient les rênes du pays actuellement.

Dans l’entendement de bon nombre d’ivoiriens, depuis 2011, le nord du pays se serait lancé dans un processus de développement tous azimuts, pour non seulement rattraper le retard qu’il aurait dit-on accusé sur les autres régions, mais les dépasser. Ensuite, le niveau de vie des populations pour qui les armes avaient été prises, ne peut qu’être plus élevé que celui des autres régions, après une décennie de gouvernance des fils du septentrion ivoirien ! L’injustice qu’avait vécue cette population du nord ne pouvait qu’être réparée par ses fils !

Premier Ministre, puis Président de l’Assemblée nationale, M. Soro n’avait eu aucun écho de la vie dans le nord du pays. Plusieurs années passées dans le confort et les salons feutrés, lui avaient fait oublier ce pourquoi il avait pris les armes et assumé la rébellion. Et ses déclarations ont été considérées comme une véritable une insulte à l’intelligence des parents du nord.

Aujourd’hui aussi, des cadres ressortissants du septentrion ivoirien se rappellent également au bon souvenir de leurs populations et s’activent à mettre en place, une union à l’effet disent-ils, de booster le développement de cette partie du pays.

A priori, cela est une bonne chose et rien n’empêche les cadres du Sud, de l’Ouest et de l’Est d’en faire autant, si tant est que le souci du développement est réellement au centre des préoccupations, sans arrière-pensées nocives.

Cependant, des interrogations taraudent l’esprit de nombreux ivoiriens :

– Est-ce la résurrection de « la Charte du Nord » qui a servi de référence et de vade-mecum à la rébellion venue du nord ?

– Que feront les ressortissants du nord qui ont bataillé pour avoir des postes électifs dans des localités autres que celles de leur région d’origine ? Leur cœur battra pour leur région d’origine ou pour la localité dont ils sont censés conduire la destinée ?

Ils sont légion ces députés, ces maires et ces sénateurs dont le cœur balancera et seront partagés entre le souci subit du développement du nord et celui des localités qui leur ont donné un nom.

Cet intérêt soudain pour le développement et le bien-être des populations du nord, après bientôt onze années d’exercice effectif du pouvoir de ses fils, a certainement des non-dits que le temps permettra d’élucider et de décrypter.

Et la déclaration du maire de Yopougon, Kafana Koné, figure de proue de l’Union du Grand Nord en gestation, à une réunion à Treichville, le 2 novembre dernier, déclaration rapportée par le Nouveau Réveil, laisse planer plus que des doutes quant à l’objectif réel qui sera assigné à l’union : « …l’histoire récente de votre pays, sait quel est le traitement qui est réservé à partir de votre nom. Le traitement qui nous est réservé. Je pense qu’il ne faut pas se voiler la face, il est de notre intérêt de nous organiser pour accompagner l’Etat pour assurer le développement de nos régions… ».

 Il ne reste plus qu’à ressortir les histoires de boubous qu’on ne pouvait pas arborer à une période en Côte d’ivoire. Comme si les imams à cette période, officiaient les prières sanglées de costume trois pièces !

En attendant il serait utile de rappeler à nos parents du nord, une sagesse certainement bien connue d’eux : « si la forte pluie qui s’est abattue dans le village n’a pas pu remplir le gobelet tendu, ce n’est pas la rosée du matin qui le fera ! ».

En tout état de cause, demain nous situera. Demain est certes un autre jour, mais demain arrive toujours.

Et s’il y a eu un soir en Eburnie, il y aura assurément un matin et l’ivraie sera séparée du vrai.

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