Côte d’Ivoire-Crise électorale, post-électorale et sociopolitique/Un Enseignant chercheur dissèque la sortie d’Emmanuel Macron

 Par Dr Bangali N’goran*

Depuis que La situation sociopolitique a débuté, la création de la France est attendue par l’opinion, principalement les partisans d’Alassane Ouattara  et de l’opposition. Plusieurs intellectuels intéressés par l’actualité ivoirienne sont également à l’affût des déclarations de la France pour en savoir d’avantage.  Historien et Enseignant-chercheur à l’Université Jean Lorougnon Guédé de Daloa, de son état, il  fait une analyse des propos du président Français, Emmanuel Macron, suite à une interview accordée à Jeune Afrique.  Ci-dessous  son
analyse.

« Le plus risible dans toute cette histoire de troisième mandat, c’est de découvrir qu’il y a des ivoiriens d’âge adulte qui croient la neutralité de la France possible dans un conflit de pouvoir en Côte-d’Ivoire en 2020. 

Les prospectives stratégiques des Relations Internationales, qui déterminent les tendances futures de l’évolution des rapports entre espaces géostratégiques sont formelles et aboutissent à la même conclusion : L’Afrique deviendra le moteur de l’économie mondiale dans les 70 années à venir. Non seulement ce continent cumule à lui seul 60% de toutes les terres arables non encore exploitées à ce jour, en plus de l’intégralité des réserves d’uranium qui alimenteront l’énergie nucléaire, la principale de son époque, mais aussi 40% des humains à l’horizon 2100 seront africains.

Cependant, malgré ces projections idylliques, pour les pays d’Afrique francophone rien n’est encore acquis, du fait de la forme d’indépendance et des modes de gouvernance hérités de la période de la guerre froide. Pour que cet avenir doré y profite plus aux Etats francophones plutôt qu’à la prédation de leur ex-puissance colonisatrice, il y a trois grandes conditions à remplir : La première, c’est que ces Etats parachèvent leur décolonisation. C’est vital.

 La deuxième condition, c’est d’y développer de nouveaux pôles industriels à même de créer localement des produits à forte valeur ajoutée. Et le troisième critère, c’est d’y construire un modèle de stabilité, qu’il soit calqué sur le modèle de l’Etat de droit à l’occidental ou sur des fondements démocratiques spécifiquement africains.

Mais puisque cette ère de rayonnement annoncée de l’Afrique coïncidera avec celle de l’entrée en berne des vielles économies capitalistes, dont celle de la France, son défi à elle est de trouver le moyen de maintenir le genre de rapport de dépendance qu’elle entretient avec les pays francophones depuis la colonisation, pour s’assurer sa part de profit et sa dose d’oxygène dans cette aube dorée.

Le Senat français a diligenté dans ce sens un rapport d’expert en 2014 pour sonder les enjeux. Et la conclusion du « Groupe de travail sur la présence de la France dans une Afrique convoitée » a été résumée dans le titre de son rapport qui est ainsi libellé : « L’Afrique est l’avenir de la France ».

Seulement, pour passer du cap actuel des relations à celui espéré par ce titre évocateur, un obstacle majeur a été identifié. Il s’agit de l’impopularité de la présence française auprès des nouvelles générations africaines. Celles appelées justement à gérer la transition entre l’Afrique d’aujourd’hui et celle annoncée. La lutte en cours contre le Fcfa l’a démontré à suffisance. De sorte qu’aujourd’hui le gros problème de la France en Afrique, c’est comment contourner ce blocage.

Soixante-dix (70) solutions ont été proposées par les rédacteurs du rapport, mais vu qu’elles manquent soit de pragmatisme ou s’exécutent sur le long terme, dans un environnement où la France se trouve rudement concurrencée par d’autres puissances, son appareil diplomatique a choisi de s’agripper aux bonnes vieilles méthodes du passé, dont elle maîtrise le mieux les rouages après soixante (60) ans de pratique assidue.

C’est à dire, continuer de compter en Afrique en s’appuyant sur des oligarchies patrimonialistes et autocratiques. Ce n’est certes pas beau à voir en 2020, mais ça a le mérite au moins de fonctionner. Avec un coup de pousse certes de ses medias main Stream. C’est ce choix vital qu’elle vient de faire dans la crise de pouvoir en cours dans le pays le plus stratégique pour son influence en Afrique de l’ouest qu’est la Côte-d’Ivoire, et qu’elle est obligée de faire dans toute autre crise du genre. Cette posture (désespérée) de la France politique fait de la liquidation du vieux système français de prédation en service depuis la guerre froide, pour les jeunes générations africaines, la priorité géopolitique numéro UN.

C’est certainement le tournant de la dernière chance, avant d’entrer dans le temps de la renaissance africaine. Aussi, savoir que les personnes appelées à relever un tel défi en sont encore en 2020 à croire en la neutralité de la France dans un pays aussi vital pour sa survie en Afrique que la Côte-d’Ivoire, c’est juste. »

                                                                                                           Historien et Enseignant-chercheur*

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