Cacao: la question des prix à nouveau sur la table

Le Ghana et la Côte d’ivoire annoncent une opération transparence sur le prix du cacao, pour provoquer un sursaut du côté des multinationales.

L’ambition n’a pas suffi. C’est le constat des représentants des filières cacao ivoiriennes et ghanéennes. La volonté initiale était de payer mieux les producteurs et de compenser la fluctuation permanente des prix sur le marché, par une participation des multinationales qui broient et vendent les fèves aux chocolatiers. Cela s’est concrétisé par l’instauration de ce qu’on appelle Différentiel de revenu décent, (DRD), plus connu sur le nom de LID, en anglais : une prime de 400 euros la tonne versée par les broyeurs de cacao et censée s’ajouter au prix mondial du marché.

Mais trois ans après la mise en place de ce mécanisme, le bilan n’est pas bon. « Ce qui a été donné d’une main a été repris de l’autre », résume un acteur de la filière. Depuis que les multinationales ont accepté de payer les 400 dollars, la prime pays, qui est une autre composante du prix, s’est, elle, effondrée. Les fèves de cette origine ont perdu entre 500 et 600 dollars depuis le lancement du DRD, comme si le cacao ivoirien et ghanéen avaient vu leur réputation se ternir.

Résultat, les 400 dollars censés soutenir les cacaoculteurs ont été en quelque sorte « neutralisés ».  « On ne peut pas prétendre vouloir soutenir le revendu du planteur et contribuer à une telle baisse de la prime pays », pointe Alex Assanvo, secrétaire exécutif de l’Initiative Cacao Ghana Côte d’Ivoire.

En réaction, la Côte d’Ivoire et le Ghana ont décidé de publier chaque mois le montant du prime pays affecté au cacao ivoirien et ghanéen, qui représente 60 % de la production mondiale. Une façon de rappeler à chacun la réalité des prix, d’écorner aussi, sans le dire, la communication des industriels qui n’ont de cesse de mettre en avant leur action en faveur d’une filière plus durable.

Les autorités posent les jalons des futures négociations

C’est également un moyen pour les pays producteurs de se mettre en ordre de bataille à une période clé : c’est entre juillet et septembre que se négocient les contrats entre producteurs et industriels justement, pour la prochaine campagne cacao qui débute en octobre.

Des producteurs qui espèrent que les prix en légère hausse se raffermiront encore. Même si, comme le rappelle Michel Arrion, le directeur exécutif de l’ICCO, l’organisation internationale du cacao, « les prix ont peu de chance d’augmenter tant que la filière cacao sera structurellement excédentaire. »

Source: RFI