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Agrobusiness en Côte d’Ivoire: Les souscripteurs dénoncent un braquage d’Etat.

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Par N’TEKAN – Afrique Matin.Net 

Des souscripteurs s’écrient : «  ADO nous a braqué !»

Un véritable scandale d’Etat ! C’est le moins que l’on puisse dire pour qualifier la scabreuse affaire de l’agrobusiness qui secoue la Côte d’Ivoire depuis un bon moment. Et pourtant, tout semblait bien fonctionner, du moins apparemment, dans la mesure où plusieurs souscripteurs étaient entrés en possession de leurs Retour Sur Investissement (RSI) et d’autres étaient sur la liste d’attente. Mais subitement, contre toute attente, le gouvernement, évoquant une arnaque (!) décidait de la saisine et de la mise sous scellé des comptes des patrons  des sociétés concernées. Dans le même temps, des voix se sont levées pour clouer au pilori les souscripteurs à ce business agricole juteux, les taxant d’aimer la facilité, l’argent facile,  et de vouloir s’enrichir à tout prix. Le remboursement promis par l’Etat a aussi, semble-t-il, selon certains souscripteurs prit la forme d’une « arnaque ». D’où ceux-ci dénoncent un braquage d’Etat.

Afriquematin.net  a voulu savoir plus sur cette affaire dans laquelle l’Etat, qui représente le Père, vers qui ces malheureuses victimes devraient se tourner pour avoir consolation et  réparation  apparaît,  lui-même, comme  le véritable bourreau venu achever ce que les autres ont entamé, par sa spectaculaire intrusion et  par les décisions arrêtées qui apparaissent pour eux, pour le moins, incompréhensibles. Toute chose qui a fait dire à un souscripteur ayant  du mal à voiler son amertume et sa déception, que « Alassane Ouattara nous a braqué ! »

Le remboursement par l’Etat : arnaque ou réalité ?

« Lorsque l’Etat s’est  saisi de l’affaire, face aux difficultés de paiement des RSI, nous avons poussé un ouf de soulagement. Nous nous sommes dits que tout rentrerait en ordre, qu’au pire des cas, nous nous en sortirons avec nos mises », avait espéré une dame, femme d’affaires, qui a investi une importante somme d’argent, avant de déchanter.  « Mais  nous avons vite déchanté quand il (l’Etat) s’est plutôt comporté comme un véritable Loup ravisseur. ». Et pourtant, avoue-t-elle, « nous étions partagés quand Monsieur Yapi (Directeur d’une structure d’agrobusiness) criait haut et fort qu’il pouvait payer tous les RSI, et que l’Etat lui  répliquait  qu’il n’était qu’un fieffé menteur, un fieffé arnaqueur. »

Ne sachant à quel saint se vouer, les milliers de souscripteurs qui ont naïvement cru que l’Etat venait les sauver d’une déconvenue certaine, ont inondé les sites d’enrôlement indiqués afin d’obtenir le remboursement de leurs investissements à défaut de toucher les RSI.

« A l’invitation de l’Etat, nous sommes allés nous inscrire gaiement, la joie au cœur, en bravant toutes intempéries. Imaginez que le retraité que je suis à dû se lever tôt au petit matin pour être dans les premiers  rangs au trésor de Cocody! Malgré cette gymnastique matinale, je n’étais pas parmi les dix premiers de la liste. D’autres ont bravé la chaleur et même la pluie, en pensant  qu’au bout nous rentrerons dans nos dûs », confie un retraité qui y a injecté toutes ses économies.

Ce qui s’apparente, aux dires des souscripteurs à une arnaque est le taux de remboursement imposé par l’Etat. « Soyons sérieux ! Comment expliquer ces taux de remboursement. Une personne qui a investi 1.800.000Fcfa, vous lui remboursez 220.000Fcfa, ça répond à quoi? Que l’on nous explique. Nous sommes allés à l’école tout de même », lâche un homme visiblement en colère.

Une autre ne décolère pas non plus : « On me dit que sur la fameuse liste, il est mentionné  qu’on me rembourserait je crois quatre cent mille francs pour vingt-sept millions d’investissement. Dites-moi ça répond à quoi? En Plus, ils disent que j’ai perçu vingt un millions alors que je n’ai jamais perçu un kopeck de monhévéa.com. Si tu ne veux pas m’arranger, ne me dérange pas ! On ne sait où et à qui faire des réclamations. C’est ça un pays civilisé, un pays en voie de développement, en voie d’émergence ? Quelle sécurité pour les citoyens ?»

L’incroyable liste de remboursement retenue par l’Etat

Dans cette affaire rocambolesque, de nombreuses surprises attendaient ceux que nous désignerons comme « victimes » de l’agrobusiness.

La liste publiée par voie de presse, à la grande stupéfaction des victimes sera des plus surréalistes.  « Une embrouille totale », la qualifie un souscripteur. Et celui-ci de poursuivre : « Personnellement, j’ai eu du mal à croire. Et dire qu’un groupe de souscripteurs, nous avait prévenus que l’Etat se moquait de nous et nous avait enjoint de demeurer  chez nous. Avaient-ils raison ? Nous avons la réponse sous nos yeux. »

Le drame dans tout ça, comme le dirait l’autre, c’est le cas de certains souscripteurs dont les noms ne figurent pas sur la liste de remboursement et qui n’auront pas droit au remboursement.  «Moi, je ne retrouve pas mon nom. Pourtant c’est moi-même qui suis allé inscrire mon épouse et moi, elle ne sachant pas lire. Son nom  figure sur la liste. Le mien pas. Je ne sais à qui me plaindre», se lamente cet homme la quarantaine révolue qui ne revient toujours pas de cette désillusion.

«Ce qui me dérange vraiment dans cette affaire, c’est le manque de panache  dont a fait preuve l’Etat. Avait-on besoin d’exposer les gens comme il l’a fait en mentionnant les noms et prénoms, les numéros de carte d’identité et téléphone quand on sait que des gens sont prompts à faire du faux pour pomper l’argent des honnêtes citoyens?»

La situation est tellement préoccupante qu’elle amuse certains qui préfèrent donner dans l’humour afin de ne point sombrer dans une dépression. On raconte même qu’une dame a retrouvé son débiteur avec son numéro de téléphone sur la liste.»

Une victime raconte: « Moi mon voisin a investi à l’insu de son épouse toutes leurs  économies dans monhévéa.com à hauteur de  15 000 000 Fcfa et il ne sait comment annoncer cela à sa femme au moment où celle-ci se moque des souscripteurs ignorant qu’elle-même en est une victime principale ».

Victimes cherchent interlocuteurs

« victimes cherchent interlocuteurs », n’est pas le titre d’un feuilleton ou d’un téléfilm d’un réalisateur ivoirien. C’est une caricature de l’absence de personnes fiables avec qui les souscripteurs peuvent discuter, à qui ils peuvent s’adresser pour avoir les informations nécessaires.

« Ce qui me chagrine, c’est que non seulement nous n’avons aucun interlocuteur, mais plus grave encore, ce qui a été fait ne répond à rien de concret. », se plaint une victime qui raconte son calvaire.

« Je me suis rendue au trésor de Cocody où je me suis fait identifier. Arrivée en ces lieux, je me fais recevoir par une  dame qui me dit être incapable de me renseigner puisqu’elle-même ignorait tout. », dit-elle dépitée. Et celle-ci d’ajouter : « moi j’ai mis des sommes importantes dans cette affaire et on ne va pas me traiter comme un va nu pied. J’ai moi aussi servi l’Etat et je sais que je suis dans une situation contractuelle avec l’opérateur contre qui je me réserve le droit d’ester en justice en cas de faillite de sa part »

Et pourtant des ministres étaient impliqués dans l’agrobusiness !

Cette affaire présentée aujourd’hui par le gouvernement comme une arnaque a pourtant été cautionnée par des ministres et certains y ont mangé. En témoigne, la présence de patrons de sociétés d’agrobusiness aux cotés de certaines autorités à des cérémonies officielles.

A ce sujet, le témoignage d’un souscripteur qui a requis l’anonymat est édifiant : « Tu as fait un investissement, dans une affaire que tu as cru crédible et propre. Ce n’est pas toi qui as décoré et couvert de lauriers Monsieur Yapi Guillaume. Ce n’est pas toi non plus qui as fait les publi- reportages sur ce monsieur et son entreprise. Si nous nous sommes engagés, c’est bien par la faute de l’Etat lui-même. C’est lui qui nous y a poussés. Regardez-vous même. Moi, je devais percevoir ma première RSI en novembre, c’est dire que je viens de commencer. (…) La dernière activité gouvernementale à San Pedro (agro expo), a été sponsorisée par Monhévéa.Com.  Quand j’ai vu les ministres Sangafoa et Billon, respectivement de l’agriculture et du commerce en compagnie de  Gon  Coulibaly (l’actuel premier ministre, Ndlr), je me suis dis que c’était une entreprise fiable. Donc je me suis engagé. Que l’on ne vienne pas me dire que c’est du Pipo tout ce qu’on a vu. Non à moins que l’on soit dans un Etat voyou où le bon et le moins bon alternent les  jours pairs et impairs ».

Celui-ci poursuit : « Moi Avant que je ne m’engage dans cette opération, j’ai pris soin de rencontrer Monsieur Yapi Guillaume himself. Mon banquier qui a vu que mon compte d’épargne ne m’apportait pas grand chose m’a incité à investir dans mon hévéa. Lorsque j’ai rencontré Yapi Guillaume, il m’a fait comprendre que tout le monde faisait partie de l’affaire, et enfin je m’y suis engagé. Mes deux filles sont en Europe, je comptais sur mon RSI pour assurer leur scolarité, je ne sais que faire. Les fins de mois sont difficiles. Je ne sais à qui m’adresser. Et en ma qualité d’un  haut commis de l’état même si je suis à l’intérieur du pays.

Tous attendaient leurs RSI…

Le drame lié à l’agrobusiness n’est pas la seule affaire des nationaux ou des personnes vivant en Côte d’Ivoire, il a également frappé les ivoiriens de la Diaspora mais leur situation sont beaucoup plus compliqués car ils n’ont pas été pris en compte dans le processus de remboursement. Dans cette autre affaire qui secoue la Côte d’Ivoire, les gestionnaires de banque ne sont pas sans reproche, ils ont joué un véritable rôle d’agents commerciaux pour les entreprises d’agro-business. Beaucoup de souscripteurs l’ont été sous les conseils de ces personnes. Un groupe d’investisseurs de la diaspora est venu pour se faire recenser.  Ce qui va leur être remboursé ne couvre même pas la moitié de leur billet d’avion,  c’est triste. Des gens qui ont trimé dans l’espoir de rentrer au pays se voient détroussés  d’une façon inimaginable.  Quel gâchis ! Un autre  souscripteur d’origine libanaise, lui s’explique difficilement cette nouvelle formule de remboursement qu’il trouve totalement absurde et dénoncent une tentative de minimisation des victimes. « Il y a des gens qui crient haut et fort qu’il s’agit de cireurs et autres bana-bana. Avez-vous vu le rassemblement de La Sorbonne, le nombre de cylindrés ? Avez-vous vu ce monsieur qui a été l’un des grands serviteurs de l’Etat dans l’administration territoriale, l’autre là-bas en chemise mauve, un haut magistrat, et ils ne sont pas les seuls. Alors pourquoi veulent-ils nous infantiliser ? »

Le mal est profond et nombreux sont les citoyens Ivoiriens qui en souffrent aujourd’hui. Toutefois, les Ivoiriens, il faut le reconnaitre, sont formidables et stoïques à souhait. Et leur attitude face à la tragédie des temps présents liée au scandale de l’agro-business est déconcertante. Passé l’électrochoc qui a soulevé de part et d’autres  des contestations, ils sont revenus à une vie normale. Et pourtant, Dieu seul sait  les drames que couvent  les hameaux et les demeures chaque jour qui passe. A présent tout est calme mais que cache ce silence? Cette petite enquête  nous aura révélé, non pas une quiétude certaine, mais que les Ivoiriens se terrent pour mieux vivre leurs  drames, mieux digérer  leurs douleurs, car il n’y a pas de famille qui ne soit  touchée par cette nébuleuse, cette triste affaire.

Du plus petit hameau en passant par les Eglises, les mosquées et autres offices religieux aux plus grosses fortunes, tous sont concernés,  avec des histoires plus croustillantes  les unes que les autres, pour ne pas dire plus dramatiques. Certains  y ont laissé leur  héritage, quand d’autres ont emprunté pour souscrire, faisant d’eux des endettés chroniques. Quel drame ! Face à cette situation, certains font des propositions. Ils proposent que les soixante-six milliards qui seraient sur les comptes de monhévéa.com soient bloqués et cet argent soit prêté aux banques ou même des bons du trésor pour désintéresser les souscripteurs avec le produit. Même si cela va durer 3 années, pourvu que chacun y trouve son compte. Sinon les Ivoiriens vont mourir endettés.

Car, le problème de l’agrobusiness se révèle aujourd’hui comme un drame social sur lequel l’Etat de Côte d’Ivoire se doit de se pencher avec beaucoup d’adresse et de maniabilité. Des  milliers de citoyens ivoiriens de toute catégorie sont concernés dans cette affaire qui prend l’allure de drame national. Les mesures pour gérer cette situation ne manquent certainement pas, notamment la création d’un comité de supervision pour gérer avec les opérateurs la question de remboursement des souscripteurs. Procéder ainsi pourra faire naître entre l’Etat et les populations un climat de confiance.

 

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