Aboisso/ Où en est-on avec l’affaire de l’occupation illicite d’une réserve administrative par un élu ?

Par Yann Dominique N’guessan/afriquematin.net

Les populations d’Aboisso (région du sud-Comoé) dans le Sud-est de la Côte d’Ivoire assistent depuis un certain temps à un fait qui suscite de nombreuses réactions. Il s’agit de l’occupation d’un domaine public par un élu local.

Interpellé par la Mairie, le député Aboubakari Cissé, car c’est de lui qu’il s’agit, argue qu’il n’a pas connaissance de ce que le terrain sur lequel il a bâti le mur ceinturant sa résidence privée est une réserve administrative. Pis, le Parlementaire déclare que l’espace est un bas-fond qu’il a viabilisé à ses propres frais d’où il peut jouir de la propriété pleine et définitive.

Le maire de la commune d’Aboisso Alfred Jérémie N’gouan
Le député Aboisso-commune Cissé Aboubakari

« Impossible », rétorque la Mairie qui rappelle que la parcelle litigieuse fait bien partie du plan directeur de la ville, conformément à l’arrêté n°14-0027 du 14 mai 2014 portant approbation du plan de régulation du lotissement dénommé « Eboikro ». A ce titre, ladite parcelle est réservée pour accueillir des projets d’intérêt public.

En dépit de cela, c’est à un dialogue de sourds que l’on assiste entre les deux élus de la ville d’Aboisso, notamment le Maire N’gouan Jérémie et le Député Aboubakari Cissé qui ne parviennent pas à accorder leurs violons.  Et depuis lors c’est le statu quo, car les lignes semblent ne pas bouger.

Des sources d’informations bien indiquées attestent que des courriers déposés auprès de l’administration publique, notamment le ministère de la Construction, du logement, de l’assainissement et de l’urbanisme afin de trancher cette affaire, qui en principe ne devrait pas donner lieu à une telle dépense d’énergies de part et d’autre, sont restés jusque-là sans suite. Ou à tout le moins, ils sont restés lettres mortes pour l’instant puisque jusqu’à ce jour aucune réponse n’a été donnée. Le député Aboubakari Cissé reste, lui aussi, droit dans ses bottes. Il ne semble pas vouloir renoncer à ce domaine public qu’il considère comme faisant partie intégrante de son terrain.

Alors questions ! Qu’est-ce qui bloque le dossier ? Pourquoi ce silence radio alors qu’il s’agit de faire respecter la loi ? Pourquoi les lois de la Républiques sont-elles si méprisées, l’autorité du Conseil municipal bafouée et l’intérêt public communal piétiné dans l’indifférence générale, surtout du ministère de la Construction, du logement de l’assainissement et de l’urbanisme que l’on sait pourtant si diligent sur ces questions ?

Les services du ministère de l’Équipement et de l’Entretien routier n’ont-ils pas, au mois de mai 2021, démoli un portail attribué à un ministre, construit sur la voie publique au quartier Les Cascades de la 7ème   tranche dans la commune de Cocody ? Il est, pourtant, de notoriété publique que nul n’est au-dessus de la loi, fut-il un élu ou un haut cadre de l’administration ou encore membre du parti au pouvoir.

Comme le disait un fils de la région, « un citoyen, sous le prétexte qu’un endroit est un bas-fond, peut-il raisonnablement contester l’existence d’une réserve administrative à cet endroit attestée par un arrêté ministériel, en l’occurrence l’arrêté n°14-0027 du 14 mai 2014 portant approbation du plan de régulation du lotissement dénommé « Eboikro » ? ».

Cet ouvrage qui est au cœur d’une polémique ne doit pas engager un bras de fer entre deux cadres de la région, d’où une invite aux autorités compétentes pour trouver des solutions

En tout cas, cette affaire qui s’apparente à un mépris des lois de la République et des décisions d’un Conseil municipal, qui plus est, porte atteinte à l’autorité morale de ce Conseil municipal et présente un manquement au devoir de probité d’un élu de la nation associé à une altération du droit de propriété de l’Etat et, plus spécifiquement, de la mairie d’Aboisso, titulaire du droit d’usage du domaine public objet du litige, interpelle la conscience citoyenne de chacun, au premier chef, du ministre de la construction,  du logement de l’assainissement et de l’urbanisme.

Il serait judicieux que les autorités compétentes prennent en main la résolution de ce quiproquo. Car, cette affaire pourrait être un mauvais précédent pour d’autres citoyens qui voudront user de leur position ou pouvoir pour s’octroyer impunément des biens appartenant au patrimoine de l’Etat ou des collectivités administratives. Allons-nous vers un bras de fer ? Force doit rester à la loi et la balle est dans le camp du ministre de la Construction, du logement de l’assainissement et de l’urbanisme qui doit trancher ;  et le plus tôt serait le mieux pour tous !