Nouvelle constitution / Face à la pression populaire, Ouraga Obou avoue: « nous ne sommes pas sereins »

Par Michel Mangou – Afrique Matin.Net 

Le professeur Oura Obou, président du comité des experts chargé de la rédaction de la nouvelle constitution de la République de Côte d’Ivoire a fait une confidence de taille sur l’état d’esprit des constitutionnalistes. C’était hier à Sofitel Hôtel Ivoire, au cours d’une rencontre de travail avec les organisations professionnelles de la presse notamment le l’OJPCI et l’UNJCI.

Répondant aux différentes préoccupations des journalistes, le professeur de droit a fini par avouer tout le stress vécu depuis l’amorce des travaux sur la nouvelle constitution: «Est-ce que nous sommes sereins ? Non »! 

Après avoir lâché le morceau, le professeur-président s’est subitement rendu compte qu’il est en face des journalistes appelés à communiquer sur la rencontre, surtout suite à la demande du premier responsable de l’UNJCI qui a voulu savoir si la-dite séance pouvait subir la rigueur journalistique.

Le professeur Ouraga Obou est alors revenu sur ses pas pour faire des précisions: « Vous savez, le professeur même face à ses étudiants n’est jamais serein. Et c’est le cas chaque fois qu’il est devant ces derniers. C’est de cette sérénité dont je parle. Mais cela ne veut pas dire que nous ne savons  pas ce que faisons. Nous  sommes stressés. Moi je vis un double stress. Nous avons la pression extérieure, intérieure mais, c’est pour éviter de se tromper que nous faisons ces rencontres…».

C’est un malaise mal dissimulé quand il est vrai que depuis la mise en place du comité des experts, les sons discordants sont énormes et la pression très forte dénonçant un vice de procédure. L’opposition dans son ensemble et la société civile sont unanimes quant à l’inopportunité d’une telle démarche, celle de la mise en place d’une nouvelle constitution.

Pour certains politiques comme Ouattara Gnonzié « Il ne s’agit pas de rencontrer les gens simplement mais cela doit refléter les aspirations de tous les ivoiriens. La constitution ne doit être inspirée par un parti politique, par un groupe d’individus. Elle doit être une œuvre collective qui reflète l’aspiration de l’ensemble des ivoiriens. Dès que cette voie est empruntée, il n’y a pas de problème».

Quant au docteur Geoffroy-Julien Kouao, juriste, par exemple, « le diplôme ne décrète pas la sagesse publique. La sophocratie n’est pas la démocratie. Et les historiens, les sociologues, les économistes, les ethnologues, les anthropologues…. n’ont-ils de mots à dire ? Et les jeunes, plus de la moitié de la population ? Et le monde agricole, paysan ? Et les travailleurs ? Et les politiques ? Et les journalistes ? Certes, le communiqué précise que certains membres du corps social seront consultés. C’est bien. Seulement, on sait, depuis Mao, que les conseils, on les demande n’ont pas pour les suivre, mais pour s’éclairer. De ce qui précède, ces consultations prennent valeur d’avis dépourvus de toute valeur juridique.». Tout ceci pour montrer que le comité des experts est bel et bien sous pression et donc loin de la sérénité.