Politique/Le président Laurent Gbagbo depuis Bayota « je propose à la CEDEAO de créer une brigade anti-djihadiste, comprenant les militaires de tous les pays de la CEDEAO… »

Guillaume Ahi/afriquematin.net

Les populations du Grand-Bayota ont rendu, le samedi 28 janvier 2023 dernier, au Stade Zagoh Liati de Bayota, un hommage à Son Excellence Laurent Gbagbo, ancien Président de la République de Côte d’Ivoire et Président du Parti des Peuples Africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI). Au cours de cette cérémonie, le président Laurent Gbagbo s’est exprimé.

Ci-dessous l’intégralité de son discours

Chers parents, chers amis, chers camarades, je suis heureux d’être ici aujourd’hui parce que je n’avais jusque là pas le temps de venir saluer les parents de Nékédi. Je viens, je passe et aujourd’hui je suis là. Merci à vous tous qui êtes venus, merci à tous les chefs qui sont venus, merci à tous ceux de Sinfra qui sont venus. Merci à tous ceux des campements qui sont venus. Je salue tout le monde. J’ai vu les gens de Lagouata puisque j’ai reconnu ma doubéhii la-bas (rires). Je vous salue vous tous.

Ici, nous sommes à Bayota, mais en béthé on dit nous sommes à Bayii. Et Bayii est un carrefour. Quand je suis à Bayii, je pense au Colonel Dali Oblè. Lui n’a pas de tombe ici. Voilà un homme qui est devenu Colonel dans l’armée et qu’on a fait disparaitre à Korhogo pendant qu’il était en poste et qu’il voulait défendre la République. Plus loin d’ici, en rentrant dans Lagouata, à 5km à peu près, se trouve la tombe de Dagrou Loula. Lui a été tué pour la République de Côte d’Ivoire et on l’a enterré. Lui au moins a eu une tombe mais il est mort. Les enfants de Nékédi ont payé pour sauver la Côte d’Ivoire, ils ont donné leur sang pour sauver la Côte d’Ivoire. Et nous sommes sur cette terre là. Je ne peux pas être à Bayota sans penser à ces deux officiers. Mais quand on dépasse Nékéidé, le village de Kouté et le village de Dagrou Loula, et qu’on continue, on arrive à Téhini. Et là-bas, il y a eu un drame en 2020. Une bagarre politique. Nous avons compté 02 morts, 02 disparus, à peu près 70 maisons brulées. Des gens qui vivaient tranquille, qui ne demandaient qu’à vivre, ils sont morts, là, tout près d’ici. Ils ont eu leurs maisons brulées, ils se sont retrouvés brusquement sans domicile, pour ceux qui vivaient encore, avec les greniers brulés, les lits et les draps brulés, je pense à eux, au moment où je prends la parole à Nékédi ici. Je pense à eux , à tous ceux-là.

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Ce n’est pas parce qu’on ne parle pas d’une chose qu’on a oublié. Ce n’est pas parce qu’on ne parle pas sempiternellement qu’on a oublié. Moi je suis un enfant d’ici, j’ai grandi à blouzon où on va à pied. J’ai fait des matchs de football, ici et partout, nous avons connu des angoisses , des angoisses existentielles. J’avais 14 ans quand le grand frère de Zipli Yao est mort, j’ai fait le tour des villages.
Chers parents, soyons en fête mais n’oublions pas les passés douloureux. Surtout ne faisons pas de mauvaises analyses. Certains disent Oui, c’est les dioulas contre les bhétés . Ce n’est pas vrai, moi ma femme est dioula. Et j’ai des amis, que je ne citerai pas tous ici, qui sont dioulas.

La politique en Côte d’Ivoire crée des combats, ces combats ne sont pas une ethnie contre une autre. Ce sont des combats entre un Parti politique et un autre. Mais dans ces Partis, il y a des ethnies. Moi je viens de saluer un ami quand je faisais le tour, il est dioula mais c’est mon ami. Et j’avais deux grands amis comme ça, lui et l’autre qui était à Ouragahio. Les amitiés se forgent, elles peuvent se perdre mais elles se forgent. Et ne faites jamais l’erreur de confondre une ethnie avec un parti politique. Ne confondez pas ça.

Dansez, jouez, dansez, sautez de joie mais n’oubliez pas ce qui est arrivé de graves dans nos contrées pour que ça n’arrive plus. En effet, l’objectif de la mémoire est de faire en sorte que ce qui est passé de mauvais n’arrive plus.

Chers parents, je vous salue pour ces malheurs qui vous sont arrivés. Pour l’enterrement de Dagrou Loula, pour la recherche du corps de Dali Oblè, j’étais moi-même dans le feu. On a bombardé ma maison, depuis le 31 mars 2011 jusqu’au 11 avril 2011. Une dizaine de jours, j’avais pas le temps de sortir, même la tête, pour aller m’occuper d’autres choses. Ayahoo Yiza.

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On meurt, mais nous qui vivons, continuons de vivre. Continuons de vivre ça veut dire quoi ? ca veut dire , rendons notre vie paisible, tranquille, agréable. Or je vois aujourd’hui dans la sous-région Ouest-Africaine, j’en discutais d’ailleurs avec des amis et Nady, je vois beaucoup de coups d’Etats qui viennent et qui sont soutenus par la population. Moi-même, moi Gbagbo, je n’aime pas les Coups d’Etats. Je n’aime ni les coups d’Etats militaires ni les coups d’Etats civils. Je vous ai déjà défini les coups d’Etats civils. Quand la constitution dit de faire deux mandats et qu’à l’approche des élections vous changez la constitution , c’est un coup d’Etat civil. Mais ce que j’observe aujourd’hui, je ne connais pas bien la situation de la Guinée, mais c’est qu’au Bukina Faso et au Mali, les jeunes gens qui ont fait les coups d’Etats sont soutenus par les populations. Pourquoi ? je ne suis plus Président de la République, donc je ne vais plus aux réunions de la CEDEAO. Mais la CEDEAO va à la réunion et acte un communiqué incendiaire, mettant en garde les chefs d’Etats nouveaux en leur indiquant de faire des élections sinon , sinon , sinon,… Au Mali, on leur a fermé des frontières, heureusement que le Mali avait la Guinée et l’Algérie, sinon la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Togo, tous ceux là, refusaient de livrer des marchandises au Mali. Je pense que ce n’est pas une bonne chose. Il faut toujours regarder pourquoi il y a un coup d’Etat et pourquoi les gens applaudissent ce coup d’Etat.

Le programme principal dans le Sahel aujourd’hui ce sont les djihadistes qui attaquent les populations. Au Nigéria, ils ont enlevé plus de 200 filles. Au burkina faso, ils ont enlevé plus de 200 femmes et c’est pour lutter contre ces djihadistes que les peuples poussent les jeunes militaires à prendre le pouvoir. Ils prennent le pouvoir et sont acclamés par le Peuple. Mais enfin, Ibrahim Traoré au Burkina Faso, Assimi Goita au Mali, d’où ils sortent ? Ils ne sortent pas du néant. Les hommes sont là et ce sont eux que le peuple acclame. Si on les acclame, c’est qu’il y a quelque chose.
Regardez par exemple cette foule. Quand Gbagbo Laurent arrive à Bayota et il y a cette foule, c’est qu’il y a quelque chose. C’est ça qu’il faut chercher à comprendre. Quand tu ne cherches pas, tu prends daibai (rires). Tu dis Gbagbo est venu à Bayota, je vais y aller aussi, tu prends daibai, parce que tu n’as pas étudié pourquoi lui est venu et il y avait du monde. Pourquoi Assimi Goita et Ibrahim Traoré sont venus au pouvoir et ils sont acclamés, il faut étudier ça. C’est parce qu’ils ont promis lutter contre les djihadistes et ils le font bien. Ibrahim Traoré n’est même plus à son bureau, il est sur le terrain.

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Donc au lieu que la CEDEAO fasse un communiqué et leur donne des ordres méchants et les oblige à faire les élections, comme si ça pouvait régler les questions du djihadisme, je propose à la CEDEAO de créer une brigade anti-djihadiste, comprenant les militaires de tous les pays de la CEDEAO. Cette brigade se mettra en mouvement contre le djihadisme.

Si on ne fait pas ça, c’est qu’on a rien fait. La création de la Brigade règlera deux problèmes. Le premier, elle permettra de lutter contre le djihadisme, la malfaçon et le banditisme terroriste. Et le second, elle nous évitera d’appeler à tout moment les troupes européennes pour les opérations de défense de nos territoires. On peut donc se mettre en mouvement en créant notre armée pour aller lutter contre le fondamentalisme djihadiste.

Tous ceux qui ne pensent pas à cela , qui ne pensent pas à ces problèmes, ne pensent pas aux solutions qu’il faut trouver pour ces problèmes. Ils se mettent à engueuler ces dirigeants, ils ont tout faux. Moi-même , je suis contre les coups d’Etats militaires et civils. Mais attention, il ne faut pas que ceux qui font les coups d’Etats civils fustigent ceux qui font les coups d’Etats militaires, car ils sont les même.

Le problème nouveau est le djihadisme. Et c’est pour ça que je propose à la CEDEAO de créer une Brigade qui va rassembler les forces Ouest-Africaines pour lutter contre les djihadistes.

Donc voilà, c’est ce que je voulais vous dire aujourd’hui.

Frères de Nékédi, je vous salue, je vous salue vous tous. Je suis là, je suis là, je suis là. Je vous remercie.

𝗦𝗘𝗥𝗩𝗜𝗖𝗘 𝗖𝗢𝗠𝗠𝗨𝗡𝗜𝗖𝗔𝗧𝗜𝗢𝗡 𝗣𝗣𝗔-𝗖𝗜