Sauvegarde des biens culturels immatériels: le Ministre Bandaman Maurice dévoile le programme du gouvernement ivoirien

Par Léon SAKI – Afrique Matin.Net

Le terrorisme culturel imprimé par le trafic illicite des biens culturels constitue, de nos jours, un sujet d’intérêt général qui implique les questions de la préservation et de la restitution. Quelle est l’action gouvernementale en faveur de la préservation du patrimoine culturel national et de la restitution des biens culturels de Côte d’Ivoire à l’extérieur? Telle est la quintessence de la conférence publique animée par le Ministre de la Culture et de la Francophonie, ce mercredi 19 décembre 2018 à la Bibliothèque nationale d’Abidjan.

Une vue de l’assistance

En présence d’imminentes personnalités politiques, diplomatiques et du monde culturel, notamment la Directrice du Musée des Civilisations, Docteur Silvie Memel Kassi, le Ministre ivoirien a rappelé l’appui de l’Unesco portant sur la somme de 150 millions destinés à l’inventaire du patrimoine immatériel. Un appui qui a vu la formation de 500 agents qui ont investi le terrain pour réussir à identifier 800 éléments.

Répondant à la problématique liée à l’impact du patrimoine immatériel sur la société, le Ministre Bandaman Kouakou Maurice a montré combien les alliances inter-ethniques, par exemple, permettent d’assurer la cohésion et la paix entre les populations.

Il a également mis en évidence son impact économique traduit par les savoir-faire culinaire, vestimentaire et sanitaire. Au niveau du savoir-faire culinaire particulièrement, le Ministre a relevé le rôle économique majeur joué par l’Attiéké considéré comme un trésor humain vivant. D’où le projet de labellisation en cours, de ce produit.

La deuxième partie de l’intervention du conférencier, qui visiblement était à son aise, a porté sur le retour des biens culturels à l’extérieur. A ce stade de son propos, le Ministre a rappelé deux textes fondamentaux, au niveau international exigeant la restitution des biens acquis de façon illicite. A cela s’ajoute, le discours du Président français tenu le 28 novembre 2017 à Ouagadougou sur la question des restitutions d’œuvres d’art spoliés pendant la colonisation. La Côte d’Ivoire, selon le Ministre, semble bien placée avec de milliers de pièces éparpillées dans de nombreux musées occidentaux.

” Ce sont entre 15 et 20 000 objets d’art de notre pays qui sont détenus en Occident. Ces œuvres sont des pièces d’antiquité de première génération, c’est-à-dire datant d’au moins un siècle. Certaines sont vieilles de plus de 100 ans. Leur valeur marchande minimum unitaire est de cinq cent mille dollars US pour la plupart, soit 6 mille milliards de francs CFA au moins”, indiquera-t-il.

Mais une telle quantité d’objets détenus à l’extérieur implique la mise en place d’une politique de gestion et de promotion efficiente. Selon le Ministre Bandaman Kouakou Maurice, la Côte d’Ivoire, consciente de l’immense richesse de son patrimoine culturel immatériel, a donc mis en place un programme d’inventaire et d’identification qui a permis de “tracer nos biens à l’extérieur”. Ce programme prend également en compte, selon le Ministre ivoirien, un plan de promotion. Si la Côte d’Ivoire s’implique aujourd’hui résolument dans le processus de restitution en cours, le conférencier invite à la prudence et au réalisme.

“Aujourd’hui, s’il nous était restitué 2000 pièces, on ne saurait où les mettre. Et quand on sait que le pays dispose de plus de 20 000 pièces dissimulées dans plusieurs musées occidentaux, la question devient épineuse”, estime le Ministre. C’est pourquoi, en attendant que des infrastructures muséales prévues ne soient bâties pour abriter plus tard ces pièces, le gouvernement ivoirien a manifesté le l’impérieux besoin d’être associé à la gestion et à la promotion de ces objets en vue de leur valorisation.

Ainsi, l’Etat de Côte d’Ivoire, par la voix de son ministre en charge de la culture, envisage, pour les restitution à venir, de créer des centres culturels intégrés capables de recevoir chacun, au moins mille objets. Il est également prévu, la construction d’un musée d’envergure international d’ici 2023. Cependant, en attendant la réalisation des infrastructures sus-citées, le Ministre a annoncé que la Côte d’Ivoire a dressé une liste de 148 objets à restituer.

Comparer

Facebook