Pdci-Rda/Le Vice-Président l’Honorable Yao Koffi Jean-Paul note : « Nous devons donner des responsabilités à la jeunesse et lui faire confiance »

Dans un contexte politique marqué par des défis internes au sein du Pdci-Rda, des procédures judiciaires visant sa direction et un débat permanent sur l’avenir de l’opposition, le Vice-Président dudit parti l’Honorable Yao Koffi Jean-Paul rompt le silence.

Honorable, votre parti traverse une période de tensions internes, certains militants réclament un nouveau congrès et la démission de Tidjane Thiam. Quelle est votre position ?

Il n’y a pas de tensions au sein du Pdci-Rda, et il n’y en aura pas tant que les Doyens demeureront actifs pour préserver l’héritage que nous ont légué Félix Houphouët-Boigny, Henri Konan Bédié et les pionniers du parti. Ce que certains présentent comme tensions ne sont, en réalité que des défis à relever. Confondre les deux, cela relève d’un abus de langage destiné à manipuler l’opinion.

Notre parti n’est ni naissant, ni un simple enjeu de pouvoir, il est l’héritier direct de la lutte pour l’indépendance et de la construction de la Côte d’Ivoire moderne.

Le successeur du président Henri Konan Bédié, Tidjane Thiam, a été élu démocratiquement lors du 9ème congrès extraordinaire. Remettre en cause cette légitimité, c’est affaiblir notre formation politique et servir ceux qui rêvent de sa disparition. Nous le disons clairement, le président Thiam reste notre président et l’unité n’est pas une option, mais plutôt une exigence de survie et de reconquête.

 Le président Tidjane Thiam est hors du pays depuis longtemps, n’est-ce pas un handicap majeur pour le parti ?

Ce n’est pas un choix de confort, mais une question de sécurité, lorsqu’on fait comprendre à un leader d’opposition que sa sécurité ne peut être garantie en cas de retour, il est légitime d’en exiger de manière claires. Nous appelons au dialogue politique afin de créer les conditions d’un retour serein et digne. En attendant, le parti continue de fonctionner normalement, son absence physique ne signifie ni l’absence de direction ni l’absence de vision. Nous maintenons notre exigence d’un dialogue inclusif de tous les fils du pays.

« La jeunesse n’est pas l’avenir du parti, mais plutôt son présent et on doit lui confier des responsabilités, lui faire confiance et surtout elle doit être formée »a indiqué le député.

Comment analysez-vous les résultats des élections législatives de 2025 ?

Nous devons avoir le courage de la lucidité, nous avons perdu des sièges, y compris dans certains de nos bastions historiques. Ce n’est pas une fatalité, mais le résultat de nos propres insuffisances organisationnelles, disciplinaire et, parfois, de cohésion. Le Pdci-Rda a toujours su se relever et nous n’avons pas besoin d’alliances de circonstances pour corriger nos erreurs. Nous disposons de militants, de cadres et de l’histoire. Ce qu’il nous faut désormais, c’est plus de rigueur, plus d’unité et un travail de terrain plus soutenu.

Justement, sur la question des alliances, faut-il en faire pour reconquérir le pouvoir ?

 Le Pdci-Rda n’a jamais refusé le dialogue ni les convergences utiles, cependant, une alliance ne doit jamais se transformer en dissolution de notre identité. Nous pouvons discuter avec d’autres forces démocratiques autour d’objectifs clairs qui est la refonte du système électoral, le respect de l’État de droit, la justice et l’alternance. En revanche, nous refusons toute alliance qui ferait de nous une simple force d’appoint. Le Pdci-Rda doit rester le Pdci-Rda comme un grand parti national, autonome, respecté et capable de porter seul un projet de société.

La Commission électorale indépendante a été dissoute, quelle est votre position sur le futur organe électoral ?

Nous avons demandé un équilibre au sein des organes de la CEI, si la dissolution peut permettre de recréer un nouvel outil de gestion véritablement indépendant, crédible et accepté par toutes les forces politiques, pourquoi pas ? Sans dialogue inclusif, sans révision consensuelle des listes électorales et sans garanties d’équité, nous irons vers de nouvelles contestations. La Côte d’Ivoire mérite un système électoral digne de sa démocratie.

Quel rôle doit jouer la jeunesse dans le renouveau du Pdci-Rda ?

La jeunesse n’est pas l’avenir du parti, elle est son présent, trop longtemps, on a parlé des jeunes sans les écouter vraiment. Nous devons leur ouvrir réellement les responsabilités, leur faire confiance et les former. Un parti qui n’intègre pas massivement sa jeunesse est un parti qui se condamne à vieillir. Le Pdci-Rda doit devenir le parti où les jeunes militants trouvent un espace d’expression, de formation et d’ascension. C’est une condition non négociable de notre reconquête, et je crois que le président du parti s’y attelle sérieusement. A cela, s’ajoutent les femmes qui ont toujours été le socle silencieux mais déterminant du parti. Aujourd’hui, ce rôle doit devenir visible et institutionnel.

Nous devons augmenter significativement leur présence dans les instances dirigeantes, dans les investitures et dans la prise de décision. Un parti qui sous-utilise la moitié de ses forces humaines se prive volontairement de puissance. L’égalité n’est pas une concession, mais une stratégie de victoire. Nous avons des femmes politiquement mûres et capables d’assumer des responsabilités importantes. Il faut renforcer significativement leur présence et leur accession à toutes les sphères de décision du parti.

Sur le plan économique, quelle est votre lecture de la situation nationale ?

 La croissance affichée ne doit pas masquer les réalités vécues par les populations, vu que le coût de la vie reste élevé, le chômage des jeunes est préoccupant et les inégalités se creusent. Le Pdci-Rda plaide pour une économie au service du plus grand nombre : soutien réel à l’agriculture, industrialisation locale, valorisation de nos ressources et protection du pouvoir d’achat. La prospérité ne se mesure pas seulement aux chiffres macroéconomiques, mais elle se mesure à la dignité quotidienne des Ivoiriens.

L’orpaillage clandestin pose de graves problèmes environnementaux et sécuritaires. Quelle est votre position ?

L’orpaillage clandestin est devenu une véritable plaie nationale qui détruit les terres agricoles, pollue les cours d’eau, alimente des circuits de criminalité et met en danger des milliers de jeunes. L’État doit exercer pleinement sa souveraineté sur cette ressource. Il faut à la fois réprimer fermement les réseaux illégaux et offrir des alternatives économiques viables aux populations concernées. On ne combat pas durablement l’orpaillage clandestin par la seule répression, il faut aussi de la justice sociale et des opportunités.

Le problème est plus profond qu’on ne le dit, il résulte d’une mauvaise gouvernance qu’on refuse d’évoquer. On constate d’abord la déstructuration de l’école ivoirienne. S’y ajoute un manque de vision claire pour l’agriculture ivoirienne, avec une relève paysanne non anticipée et une formation insuffisante du milieu rural. Enfin, la décentralisation reste non aboutie, à en croire les transferts de compétences entre les collectivités et l’État en sont encore au stade de projet, les budgets des collectivités mettent davantage l’accent sur les infrastructures et, lorsque celles-ci existent, l’accompagnement de l’État fait défaut, comme on le voit avec la création de collèges de proximité sans enseignants.

Pour lutter efficacement contre l’orpaillage, il faut créer les conditions d’insertion des jeunes qui leur permettent de gagner de l’argent sans être obligés de descendre sous terre. Tant que ces conditions ne sont pas réunies, la bataille sera difficile à gagner. Je suis docteur en agronomie tropicale et, tant qu’on n’aura pas créé les conditions pour que l’exploitation de la terre rapporte autant que le sous-sol, la bataille sera perdue. On menace les parents qui donnent les terres, cet or était là depuis longtemps, mais on n’y touchait pas parce que le cacao et le café se vendaient bien, payés cash au prix fixé et le paysan vivait correctement. Au Nord, on cultivait du coton, ensuite on y a introduit l’anacardier, malheusement la noix de cajou se vend mal, de quoi les populations peuvent-elles vivre aujourd’hui ? On a fait venir des mains-d’œuvre armées pour une rébellion, certains ont trouvé place dans l’armée régulière. Le reste s’est reconverti en orpailleurs. C’est la conjugaison de toutes ces incohérences qui donne le résultat que nous déplorons aujourd’hui.

Que représente pour vous la célébration des 80 ans du Psci-Rda?

C’est bien plus qu’un anniversaire. C’est un rappel que ce parti est l’héritier direct de la lutte pour l’indépendance et de la construction de la nation. À 80 ans, le Pdci-Rda n’est pas un parti fatigué, il est celui qui doit se régénérer dans la fidélité à ses valeurs fondatrices, notamment la paix, le dialogue, la justice et le travail. Nous ne célébrons pas le passé pour y rester, nous le célébrons pour mieux préparer la reconquête. Je salue à cet égard le travail colossal du Secrétaire Exécutif en chef, Yapo Calice, qui parcourt actuellement toutes les contrées pour remobiliser les militants.

Quel message final adressez-vous aux militants et aux Ivoiriens ?

J’exhorte nos militants à rester debout, unis, disciplinés et de ne pas céder ni au découragement ni aux sirènes de la division.  Quant aux Ivoiriens, je leur dis que le Pdci-Rda reste une force essentielle pour l’équilibre démocratique de notre pays, parce que nous ne demandons pas la charité, plutôt le respect des règles, la justice et le droit à l’alternance. L’histoire de notre formation politique n’est pas terminée, elle continue de s’écrire et elle s’écrira dans la dignité et dans la victoire si nous restons fidèles à nous-mêmes.

Source : africanewsquick. net