Passation de charges à la CEI : Départ de Youssouf Bakayoko, auteur d’une page sombre de l’histoire de la Côte d’ivoire

Par Jean Levry – Afriquematin

Le jeudi 3 octobre 2019, un quotidien proche du pouvoir d’Abidjan barrait à sa Une « Youssouf Bakayoko part la tête haute » suite à la passation de charge entre le président sortant Youssouf Bakayoko et le nouveau, le Magistrat Coulibaly-Kuibert. Ce qui sous-entend que l’ancien président de la commission électorale indépendante (CEI), organe en charge des élections en Côte d’Ivoire depuis 2008, serait un héros, exempt de tout reproche.  Ce satisfecit à lui décerné occulte toutes les élections calamiteuses qu’il a eu à organiser. Pour le diplomate, il devrait plutôt faire profil bas et demander pardon aux ivoiriens pour avoir dirigé la commission électorale la plus confligène et la plus décriée de l’histoire de la Côte d’Ivoire. Quels  « hauts faits d’armes » peut-on attribué à un homme qui n’a jamais réussi à organiser une seule élection transparente, sans violences et sans morts ?

D’abord, le prolongement de son mandat au-delà des 6 ans légaux, plaçait Youssouf Bakayako dans une position irrégulière voire anti-démocratique. Arrivé à la tête de la CEI, le jeudi 25 février 2010, pour un mandat de 3 ans renouvelable une seule fois, l’homme aurait dû, normalement, rendre le tablier en 2016. Mais, il aura passé 9 ans à la présidence de la CEI après sa reconduction en 2014. En dépit du fait qu’il soit fortement décrié pour son rôle majeur (nous y reviendrons) dans la crise postélectorale de 2010-2011, et nonobstant l’arrêt de la Cour africaine des droits et des peuples qui enjoignait à la Côte d’Ivoire de réformer la CEI avant la fin de l’année 2016 pour la rendre conforme aux normes et engagements internationaux, les mandants de Youssouf Bakayoko l’ont maintenu en toute illégalité, bien que forclos.

Youssouf Bakayoko, ‘’l’arithméticien’’

Ensuite, nous l’évoquions tantôt, «Monsieur, il n’est pas encore minuit» porte sur lui une grande responsabilité dans les affrontements violents et meurtriers survenus suite à l’élection présidentielle de 2010. En effet, alors même que la Cei était forclose pour n’avoir pas proclamé les résultats provisoires dans le délai de trois jours francs conformément à la loi fondamentale, et pendant que les autres commissaires attendaient au siège de l’institution, Youssouf Bakayoko s’est retrouvé, en compagnie des ambassadeurs de la France et des Etats-Unis en Côte d’Ivoire, au Qg de campagne du candidat Alassane Ouattara où il a annoncé des résultats qu’ils a présenté comme étant ceux de l’élection présidentielle. La suite, on l’a connait.  3000 morts, des milliers d’exilés, de réfugiés et de prisonniers politiques. C’est d’ailleurs, cet antécédent de triste mémoire qui a attiré sur lui de vives critiques lorsqu’il a rempilé pour un second mandant à la tête de la commission.

Et, enfin, comme s’il voulait donner raison à ses pourfendeurs, la Cei conduite par Youssouf Bakayoko mettra tout en œuvre pour organiser les élections les plus contestées, les plus violentes, et les plus meurtrières que la Côte d’Ivoire n’ait connu après 2010. Cela est vrai au regard de la présidentielle de 2015, des législatives de 2016, et des municipales et régionales de 2018. Se montrant particulièrement doué dans l’art de manipuler les chiffres des élections, les ivoiriens ironiseront à travers cette boutade calquée sur le titre d’une célèbre émission de télé-réalité : « Youssouf Bakayoko a un incroyable talent ! » ou encore, ils le surnommeront « l’arithméticien».

Youssouf Bakayoko sorti par la petite sorte

Pour sûr, l’ancien président de la Cei était capable, depuis son bureau douillé des 2 Plateaux, de transformer « un désert électoral » en un scrutin à forte affluence avec des taux de participation imaginaires. La parfaite illustration de cette manipulation de chiffres  est le taux de participation à la présidentielle de 2015 que tous les observateurs, tant nationaux qu’internationaux, situaient autour des 15 % et qui est monté à 52,86 % à la surprise générale lors de la proclamation des résultats par la CEI.

Quant aux contestations, violences et pertes en vie humaines, les élections couplées municipales-conseils régionaux du 13 octobre 2018, elles viennent compléter l’ensemble de l’œuvre de Youssouf Bakayoko à la tête de la CEI.

Avec un tel bilan, on ne peut pas dire que l’homme part la tête haute. Bien au contraire, Youssouf Bakayoko est sorti par la plus petite sorte. Car il a contribué à écrire l’une des pages des plus sombres  de l’histoire de la Côte d’Ivoire.

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