Orpaillage clandestin en Côte d’Ivoire/Le Rassemblement des Verts pousse un cri d’alarme pour des cours d’eau à l’agonie
Alors que les images satellites montrent des paysages lunaires là où s’étendaient naguère des forêts luxuriantes, l’orpaillage clandestin continue de ravager l’intérieur du pays. Face à cette hécatombe environnementale, le Rassemblement des Verts de Côte d’Ivoire (RaVI), dirigé par Rose Koné, a haussé le ton. Dans sa déclaration empreinte d’émotion, la présidente du parti écologiste a lancé un véritable cri du cœur.
Mesdames, Messieurs, chers compatriotes,
Le Rassemblement des Verts Ivoiriens (RaVI) est un parti politique écologique dûment reconnu et déclaré. Il siège au sein des Verts mondiaux – le Global Greens-, des Verts africains, et des Verts de la sous-région ouest-africaine, inscrivant ainsi son action dans un mouvement écologiste qui dépasse largement nos frontières.
Fort de plus d’une décennie d’existence, le RaVI a organisé, en 2027, ici même en Côte d’Ivoire, l’Académie sous-régionale des Verts, un événement qui a réuni plusieurs chefs d’État et qui a conforté la vocation de notre pays comme terre d’accueil du dialogue écologique en Afrique de l’Ouest.
Le RaVI est un acteur à part entière de la vie de la République : il a pris part au dialogue politique, aux meetings, et à l’ensemble des rendez-vous qui façonnent notre vie démocratique. De ce parcours, dont nous sommes fiers, il résulte que le RaVI s’est durablement inscrit dans l’esprit de nombre de nos compatriotes.
Sur la scène internationale, le RaVI a représenté avec fierté la Côte d’Ivoire au travers de formations, de conférences et de congrès tenus en Afrique, en Europe, dans les Amériques et en Asie.

C’est fort de cet héritage et de cette légitimité que le RaVI, aujourd’hui, revêt une fois encore son manteau de défenseur de l’environnement et du bien social, pour dénoncer et interpeller gouvernants comme gouvernés sur les dangers qui nous guettent, et pour sensibiliser l’ensemble des populations exposées.
L’eau des fleuves de notre chère Côte d’Ivoire a perdu sa transparence. Là où elle offrait naguère le miroir limpide de nos rives, elle n’expose plus qu’un voile trouble et malade. Cette teinte ocre qui la défigure n’a rien de naturel : elle porte la signature du cyanure et du mercure, déversés sans retenue par l’orpaillage illégal. Et ce n’est pas là un cas isolé, un accident de parcours que l’on pourrait circonscrire. C’est le visage que prennent aujourd’hui la majorité de nos cours d’eau, du nord au sud du pays, comme une plaie qui s’étend sans que rien ne vienne l’arrêter.
Le Rassemblement des Verts Ivoiriens ne saurait contempler ce spectacle sans y déceler trois urgences qui, ensemble, dessinent le portrait d’un pays en péril.
Urgence sanitaire
Le mercure est un neurotoxique redoutable. Il s’accumule dans la chair des poissons, remonte insidieusement jusqu’à nos assiettes, et s’attaque en silence au système nerveux, frappant en premier lieu les enfants et les femmes enceintes, dont le corps en construction ne pardonne rien. Le cyanure, quant à lui, dérègle la thyroïde, même administré à faible dose, pour peu que l’exposition se répète. Ce que nos yeux ne perçoivent pas aujourd’hui, nos corps le paieront dans dix ou vingt ans, partout où ces pratiques continuent de prospérer.
Urgence écologique
Une eau à ce point troublée fait écran à la lumière, étouffe les algues qui nourrissent l’ensemble de la chaîne aquatique, et colmate les frayères où les poissons devraient perpétuer l’espèce. Le mercure, une fois fixé dans les sédiments, y demeure actif pendant des décennies, tel un poison patient qui ne désarme jamais. Ce n’est donc pas une pollution passagère que nous décrivons : c’est un réseau tout entier de cours d’eau qui perd, jour après jour, sa capacité à se régénérer.
Urgence économique
Moins de poissons pour nos pêcheurs, des récoltes irriguées compromises, une eau potable qu’il faudra traiter à grands frais, des soins de santé toujours plus lourds à assumer — et cela, dans chaque région traversée par ces activités clandestines. L’or ainsi extrait échappe à l’économie formelle et se dérobe aux caisses de l’État. Le profit de quelques-uns devient, in fine, la facture de tous.
Ces cours d’eau ont nourri des générations entières ; ils ont porté nos villages, irrigué nos cultures, désaltéré nos familles. Leur dégradation n’est pas une fatalité climatique qui s’imposerait à nous : elle est la conséquence de choix humains — ce qui signifie qu’elle peut encore être inversée, pourvu que la volonté collective se lève à temps.
Aux autorités
La surveillance des sites clandestins et le contrôle du mercure et du cyanure doivent s’intensifier, sans délai, sur l’ensemble du territoire national.
À chacun de nous
Vigilance sur l’eau que nous buvons, prudence à l’égard des poissons pêchés en zone touchée, et le réflexe de signaler ce que nous observons, où que nous soyons en Côte d’Ivoire.
Nos cours d’eau peuvent encore être sauvés. Mais chaque jour qui passe rend la facture plus lourde.
Rose Koné
Présidente du RaVI
Présidente de la FEVPVRAO
Déléguée de la FEVA
Membre des Verts mondiaux