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Madagascar : une transition sous pression

À Madagascar, la multiplication des procédures d’arrestation pour « atteinte à la sûreté de l’État » marque un nouveau durcissement du climat politique. Tandis que les opposants dénoncent une chasse aux sorcières, l’armée occupe un rôle de plus en plus visible. Pendant ce temps, les partenaires internationaux scrutent avec prudence l’évolution de la transition, menaçant d’isoler la Grande-Ile.  

La perquisition menée récemment au domicile du député, ancien ministre de la Communication et de la Culture et ex-vice-président de l’Assemblée nationale, Augustin Andriamananoro, dans le cadre d’une enquête pour « atteinte à la sûreté de l’État », marque une nouvelle étape dans la tension politique qui traverse la Grande Île depuis le coup d’État d’octobre dernier.

Une séquence judiciaire d’ampleur 

L’opération s’inscrit dans une séquence judiciaire plus large, menée par la ministre de la Justice, une proche du leader de la junte, Michel Randrianirina. Elle vise, depuis des semaines, plusieurs personnalités publiques. L’ancien gouverneur de la région de Vakinankaratra, Vyvato Rakotovao, l’artiste Yvon Randriazanakolona, dit Sareraka, ou encore l’ancienne directrice de la communication de la Présidence, Rinah Rakotomanga, arrêtée puis transférée à la prison de Manjakandriana, figurent parmi les cas les plus médiatisés.

En décembre dernier, le général à la retraite Richard Ravalomanana, ancien président du Sénat, et l’ancienne ministre de l’Éducation nationale Marie Michelle Sahondrarimalala avaient également été arrêtés. Les autorités actuelles défendent ces initiatives au nom de la préservation de la stabilité institutionnelle et de la sécurité nationale, assurant agir dans le strict respect du cadre légal. Une polémique avait toutefois éclaté concernant la légalité de l’arrestation de l’ancienne ministre.

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Le président de l’Assemblée nationale, Siteny Randrianasoloniaiko, soutient que la levée d’immunité de Marie Michelle Sahondrarimalala a été approuvée par une réunion du Bureau permanent de l’institution, ouvrant ainsi la voie à son arrestation. À l’inverse, le vice-président de l’Assemblée nationale, Philobert Milavonjy, conteste cette version et affirme ne pas avoir été informé de la réunion. Un imbroglio qui soulève des interrogations sur le fonctionnement et la crédibilité des institutions politiques actuelles et alimente « le soupçon d’une application opportuniste des règles ».

L’armée en couverture 

Parallèlement à cette séquence judiciaire, l’armée semble occuper un espace stratégique grandissant. Si les militaires affirment leur attachement à la stabilité et à l’ordre constitutionnel, plusieurs signaux témoignent d’une visibilité accrue dans les affaires publiques.

Dans un discours prononcé le 26 janvier, le chef d’état-major des armées, le général Démosthène Pikulas, a annoncé que l’institution militaire serait désormais un acteur à part entière dans la gouvernance nationale, y compris sur le plan politique :

« L’armée s’exprime aujourd’hui dans ce pays. Elle ne se considère pas comme un simple acteur réclamant sa part, mais comme un véritable copropriétaire de la nation, détenteur d’une part légitime de responsabilité. Ainsi, il faut écarter l’idée que l’armée resterait silencieuse à l’avenir. Elle aura son mot à dire sur toutes les situations à venir ; elle ne restera ni passive, ni indifférente, ni muette. »

Une prise de position qui alimente les interrogations. Rappelons que Madagascar porte l’héritage d’une histoire politique où les militaires ont souvent joué un rôle déterminant lors des périodes de crise. Dans un contexte de transition incertaine, la montée en puissance de l’institution militaire et la militarisation de l’appareil d’État modifient sensiblement les équilibres. Si cette posture rassure certains acteurs soucieux de stabilité, elle inquiète ceux qui redoutent une gouvernance dominée par des logiques sécuritaires.

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Une communauté internationale en vigilance 

La situation n’échappe pas aux partenaires extérieurs. La Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) a appelé à la clarification rapide d’une feuille de route nationale pour mars 2026 et au respect des normes démocratiques. De son côté, l’Union africaine, qui a suspendu Antananarivo de toutes ses instances depuis le putsch, suit de près l’évolution de la transition. Les chancelleries occidentales, elles, multiplient les consultations discrètes.

Au-delà des considérations politiques, l’enjeu est aussi géo-économique. Madagascar demeure un marché à fort potentiel, notamment dans les secteurs extractifs, agricole et énergétique. Sous Rajoelina, plusieurs projets structurants, comme la modernisation du port de Toamasina ou les projets d’infrastructures routières, avaient affiché la volonté d’inscrire le pays sur la carte régionale de la compétitivité. Mais la lisibilité du cadre institutionnel actuel conditionne désormais la confiance.  Les arrestations successives, l’incertitude sur le calendrier politique et les débats autour du rôle des institutions pèsent sur le climat des affaires. Plusieurs opérateurs adoptent une posture attentiste.

Un acteur économique local résume ce malaise :  « L’instabilité politique et le manque de règles claires rendent le climat des affaires très incertain, poussant les entrepreneurs occidentaux à la prudence et au stand-by en matière d’investissement. Les contrôles fiscaux incessants et l’imprévisibilité du système judiciaire sont des freins majeurs. »

Dans un environnement régional marqué par des recompositions politiques et sécuritaires, Madagascar se trouve à un tournant. Les prochaines semaines seront déterminantes : elles diront si le pays parvient à renouer avec l’esprit de projection et de réforme amorcé ces dernières années, ou s’il s’enfonce plus durablement dans une phase de transition politique sous surveillance.

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Par Fanantenana