ENTRETIEN/ OUATTARA SALIMATA, Chef d’Entreprise : “Moi, quand je suis au travail, j’oublie que je suis une femme”.

Par MORRYS OUAYOU-Afriquematin.net

A la faveur de la toute première Edition du Forum Mondial du CIFE qui se tiendra du 26 au 28 février 2019 au Sofitel Hôtel Ivoire en Côte d’Ivoire, avec pour thème « La Transformation digitale : une opportunité de croissance pour la femme entrepreneure en Afrique », nous avons rencontré cette grande femme, Chef d’Entreprise, qui fait la fierté de la Côte d’Ivoire à l’international mais peu connue dans son pays, Madame OUATTARA SALIMATA. Entretien.

Madame Ouattara Salimata, une femme au service du Développement

Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ? Je suis Madame OUATTARA SALIMATA, PDG de WATAS HOLDING. Nous faisons le BTP-Génie civil, l’Import-Export, l’Intermédiation, la Manutention logistique, la Production Audiovisuelle. Je suis également la Présidente du CIFE Côte d’Ivoire qui est le Conseil International des Femmes Entrepreneures. Et récemment j’ai été nommée Présidente de l’OREA, Organisation des Entreprises Arabes pour l’Investissement et la Coopération Internationale. Je suis également la Présidente de la Fondation WATAS. Une Fondation qui aide les orphelins, les veuves, les filles déscolarisées. Brièvement, voici présentée Mme OUATTARA SALIMATA.

Vous êtes Chef d’Entreprise. Qu’est-ce qui vous a motivé à vous lancer dans l’Entrepreneuriat ? Et depuis quand ?

Je dis toujours que j’ai été influencée par mon père qui fût l’un des pionniers de l’exportation de produits agricoles, le café-cacao. Comme je l’aimais beaucoup, pendant les vacances, au lieu d’aller m’amuser, je choisissais toujours de rester à ses côtés, avec les comptables, et tout le monde. Pendant la traite, ses camions faisaient le transport intercontinental. Ayant pris goût, dès la classe de 4ème, je m’arrangeais à partir avec un des chauffeurs. Une fois sur place, je faisais mes achats, et je revenais toujours avec des marchandises que je revendais à mes camarades d’école. Avec mon argent de poche que me donnait papa, je pouvais faire des achats de 50.000 à 100.000FCFA. Mais après la vente, je me rends compte que j’ai plein de sous. C’est ainsi qu’après mon cursus scolaire, j’ai décidé de m’installer à mon propre compte. J’ai d’abord commencé par la Distribution générale. J’ai donc créé ETS SALIWAT, et je faisais l’importation de riz et de produits alimentaires. Je faisais également la mise en relation. Mais dans la mise en relation, je remarquais que je pouvais avoir des taux de pourcentage assez raisonnables. Du coup je me suis dit que s’ils arrivent à me payer ainsi, c’est qu’’ils gagnent gros ! C’est alors que j’ai créé Groupe Ivoire Synergie. J’ai commencé avec le BTP-Génie civil, la Manutention logistique, l’Import-Export, l’Intermédiation. L’Entreprise Ets SALIWAT  était à Treichville et le Groupe Ivoire Synergie  au Plateau. Pour donc éviter trop de déplacements, j’ai décidé de regrouper toutes ces Entreprises en une seule entité. C’est ainsi qu’est née WATAS HOLDING en 2017. Et c’est par la suite que j’ai ajouté la Production audiovisuelle et le Tourisme.

Avez-vous déjà pris part  à des forums ou autres rencontres importantes hors de la CI portant sur vos domaines d’activités ?

J’ai d’abord commencé à l’international. Je dirais que je suis mieux connue à l’extérieur qu’en Côte d’Ivoire. J’ai commencé dans le Maghreb : Algérie, Egypte, Maroc…  Italie, et bien d’autres pays. Je participe à d’importants forums à travers le monde, mes activités étant diverses. C’est pendant ces nombreux forums que j’ai été remarquée dans le Maghreb.

Pouvez-vous nous parler de vos débuts dans cet univers difficile entrepreneurial ?

Je le dis souvent pour rigoler, même manger est difficile. Mais quand on veut, on peut. Ce n’était pas facile. Pour moi, c’était vraiment une passion. C’est quelque chose que je transportais en moi depuis le bas âge. C’était donc pour moi un défi. Quelles que soient les difficultés, je trouvais les forces nécessaires pour les surmonter.  Chaque fois que j’échouais, je ne baissais pas les brais, je continuais. Je me disais que je connaitrais le succès la prochaine fois. Beaucoup disent que je ne choisis que les domaines d’activités des hommes. Moi, quand je suis au travail, j’oublie que je suis une femme. Je suis Homme avec un grand H. Pour moi, l’activité n’est pas liée au sexe. Je ne regarde qu’à mes objectifs, à ma vision.

Madame OUATTARA SALIMATA  est aujourd’hui Leader dans un domaine d’activité où on retrouve souvent les hommes. Peut-on affirmer que la femme a sa place partout où peut réussir un homme ?

Je dirais doublement oui. Voyez-vous, quand Dieu a créé l’homme, il s’est tout de suite rendu compte qu’il ne pouvait vivre sans la femme. C’est dire qu’au commencement, Dieu nous a dit que la femme avait sa place là où il y avait l’homme. Je dis donc que la femme a sa place dans toute société.

Femme entreprenante – Femme de valeur

Vous avez dû rencontrer des difficultés pendant votre parcours. Lesquelles ?

Je me souviens qu’à mes débuts, dans les années 80, j’étais encore toute jeune quand je travaillais au port. Et un jour, un vieil homme m’a approchée pour me demander ce que je voulais prouver en me retrouvant partout à la fois. Je lui ai dit que je n’avais rien à prouver. Et que je travaillais comme tout le monde. Il m’a dit ceci : Toi tu es une petite fille et tu ne dois pas venir nous concurrencer. Tu ne peux même pas travailler ici. J’ai dit ok, on est là et on verra. C’est dire que les gens ont tendance à regarder à l’aspect physique. Moi, je ne tiens qu’avec ce que j’ai dans la tête et à ma vision.

Dites-nous Madame, c’est quoi le CIFE ?

C’est le Conseil International des Femmes Entrepreneures dont le siège social est à Tunis. Créé par Madame RACHIDA, grande femme d’affaires exerçant dans l’Hôtellerie et la Distribution générale. Son objectif est donc de regrouper  toutes ses sœurs au sein d’un Conseil de sorte que nous puissions mettre toutes nos compétences ensemble pour évoluer. Le CIFE est pour l’instant implanté dans 20 pays : Etats-Unis d’Amérique, Canada, Italie, Niger, Mauritanie, France, Côte d’ivoire,… Il faut dire au passage que n’est pas membre du CIFE qui veut. Ce sont des femmes d’un haut niveau, de gros calibres, des industriels et autres. Je m’y plais, et je suis bien fière de présider CIFE Côte d’ivoire.

La première Edition du Forum mondial du CIFE en Côte d’ivoire du 26 au 28 Février 2019 ici à Abidjan. Un autre défi à relever ?

Tout à fait ! J’ai été investie en 2017. Chaque année, nous organisons un forum dans un pays au choix. Et sachant les potentialités et les retombées que cela génère au niveau des femmes entrepreneures de ce pays, j’ai demandé que mon Pays la Côte d’ivoire reçoive la toute première édition africaine cette année. Du 26 au 28 février 2019 au Sofitel hôtel ivoire, le forum africain du CIFE qui a pour thème la Transformation digitale : une opportunité de croissance pour la femme entrepreneure en Afrique. Le mardi 26 Février 2019, nous avons les expositions.  Le mercredi 27 dans la matinée, les panels avec une crème de femmes leaders panelistes de la Tunisie, de la Côte d’Ivoire, du Niger et du Gabon. L’après-midi nous avons les rencontres B TO B, et le soir, le Dîner-Gala. Notons que ce forum est placé sous le parrainage de Madame le Ministre Raymonde GOUDOU. Il y aura plusieurs personnalités dont les Ministres LY-RAMATA, Euphrasie YAO, l’Ambassadeur de Tunisie en Côte d’ivoire, et des élus Ivoiriens.

De sorte à en faire bénéficier mes sœurs Entrepreneures ivoiriennes. Partout où nous allons, c’est pour des signatures de partenariats. Le forum du CIFE n’est pas un dîner-gala où on va pour s’amuser. Il y a le panel, et après, les B to B. Chaque personne peut donc trouver son Partenaire. Tous les Entrepreneurs, hommes comme femmes, pourront en tirer profit. Raison pour laquelle j’ai demandé que ce forum soit organisé en Côte d’ivoire. 

Vous venez d’être nommée Représentante Afrique de l’OREA (Organisation des Entreprises Arabes pour l’Investissement et la Coopération Internationale). Parlez-nous-en.

Vous savez, les Arabes sont des personnes qui font un travail minutieux. Ils prennent tout leur temps et vous suivent attentivement. Dès que vous remplissez les conditions, ils vous choisissent. J’ai vraiment été surprise quand j’ai reçu la décision de ma nomination. C’est pour moi un si grand honneur. Une telle nomination qui revient à la Côte d’ivoire, mon pays que j’aime tant. J’en suis plus qu’heureuse.

Quels conseils pouvez-vous prodiguer à toutes ces femmes qui ont, comme vous, décidé de se lancer dans l’entrepreneuriat ou qui projettent de le faire ?

D’abord, je les encourage. Ce n’est pas du tout facile, mais ce n’est pas chose impossible non plus. Il faut d’abord aimer ce qu’on a choisi d’entreprendre. Si elles aiment, elles pourront y arriver. Quand on aime quelque chose, on se bat toujours pour l’obtenir. On doit se dire que si l’autre y est arrivé, moi aussi je le ferai. Et je ferai même mieux que l’autre. 

Vous êtes PDG de WATAS HOLDING, Présidente du CIFE CI et Représentante Afrique de l’OREA. Peut-on savoir le quotidien de Madame OUATTARA SALIMATA?

(Rires) C’est vrai que je n’ai pas assez de temps, mais je trouve toujours le temps nécessaire pour m’occuper de ma petite famille. Je rentre tard ; et je rattrape ce temps-là le matin. Si je n’ai pas d’urgence, je reste à la maison jusqu’à 10 heures et je m’occupe de tous. C’est pourquoi généralement je mets tous mes rendez-vous après 10 heures. Moi, je n’ai pas de week-end. Quand on tient à atteindre des objectifs, quand on fait de grosses affaires, on est obligé de faire de grands sacrifices. Pas de week-end pour Madame OUATTARA SALIMATA. Mais par la grâce de Dieu, j’ai une famille qui m’aide beaucoup. J’ai un époux très aimable qui me comprend bien ; les enfants savent aussi le travail que fait leur maman. Du coup, j’ai le soutien total de ma famille. Ce qui me donne plus de courage dans ce que je fais.

Dites-nous, Madame, quel est votre meilleur souvenir dans votre parcours professionnel ?

En Côte d’ivoire, quand on m’a appelée pour me dire qu’on m’attribuait le Prix du transport, ça m’a émue ; je suis arrivée à comprendre que dans mon pays, je suis aussi suivie. Quand on fait souvent venir des partenaires, c’est bien l’image de notre pays qu’on vend. De deux, il y a mes nominations au CIFE et à l’OREA. Et récemment au RIYEDA. Parce que j’ai été la seule qui aie eu le prix alors qu’il y avait là une centaine de pays. Ce sont-là pour moi les meilleurs souvenirs.

Concilier la vie professionnelle et la vie personnelle : est-ce possible?

Oui, tout est une question d’organisation. Pour mon domaine d’activités où je suis appelée à tout le temps partir, la vie familiale doit se reposer sur l’amour. Quand on s’aime et on s’entend, on se soutient. 

Que représente Dieu dans la vie de Madame OUATTARA SALIMATA ?

Dieu est au premier rang pour moi. Sans Dieu je ne suis pas.  Je suis parce que Dieu est.

Quels sont vos futurs défis ?

Je ne peux les dévoiler ; c’est secret. Mais vous le saurez.

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