Coup d’État en Guinée/Faut-il désespérer des hommes politiques africains ?

 Par Nazaire Kadia*

Le président Alpha Condé qui a entamé son troisième mandat à la tête de la Guinée, vient d’être déposé par les forces spéciales, une unité d’élites de l’armée guinéenne. Ce coup d’état, le troisième du genre depuis la disparition de Sékou Touré, met sérieusement de nombreuses personnes dans l’embarras.

Faut-il le condamner parce qu’il vient mettre fin à un régime civil en place, ou faut-il le saluer pour avoir interrompu le cours d’un mandat de trop, un mandat issu du viol et du tripatouillage de la constitution de ce pays frère ?

L’irruption des militaires sur l’échiquier politique est une forfaiture inacceptable pour tous ceux qui se réclament démocrates. Et comme il fallait s’y attendre, les condamnations « hypocrites » ont commencé à se faire entendre.

L’Onu, L’Union africaine, la Cédéao font chorus, pour chanter la litanie éculée et surannée des condamnations avec la dernière énergie, et des injonctions pour le retour à l’ordre constitutionnel.

Mais quand les clameurs se seront tues, et que la vie reprendra son cours, il sera demandé comme d’habitude aux putschistes, un échéancier pour remettre le pouvoir aux civils ; ce laps de temps suffira pour préparer une autre marionnette, serviable et corvéable à souhait qui montera à la magistrature suprême après une parodie d’élection. Ce scénario est déjà connu et déjà usité ailleurs.

Dans sa solitude, coupé de sa famille, de ses courtisans et de ses laudateurs, M. Alpha Condé aura le temps de faire une introspection et de méditer sur son sort. Il se rendra alors compte, qu’il est désormais seul…si seul !

Si les coups de force sont à proscrire, il est temps que les présidents africains arrêtent de s’adonner à jeu indécent, celui de tripatouiller et de violer les constitutions pour se maintenir au pouvoir. Ils doivent se conduire en hommes d’Etat, en respectant les constitutions qu’ils promettent de défendre quand ils prêtent serment. Ce qui arrive en Guinée doit donner à réfléchir à tous ceux qui pensent être indispensables, convaincus en dehors d’eux, il n’y a point de salut ni de stabilité pour le pays.

La politique en Afrique, est un éternel recommencement, un véritable travail de Sisyphe, où il n’y a jamais d’acquis à transmettre à un successeur, qui le transmettra à son tour à un autre selon les prescriptions des constitutions. On en arrive même à désespérer de ces hommes politiques africains, surtout des présidents !

Avant d’arriver au pouvoir, ils sont tous précédés d’une réputation surfaite de démocrates, d’intègres, de rigoureux, de technocrates, venus pour sortir le peuple de la misère et mettre fin à l’incompétence notoire de ceux qui les précèdent.

Mais à l’épreuve du terrain, il est difficile de reconnaître ces présidents, et souvent la déception et la désillusion des peuples sont à la dimension des espérances et des attentes escomptées. Ces démocrates deviennent de véritables autocrates, irascibles, narcissiques, supportant difficilement la contradiction.

Pour arriver à leurs fins, ils n’hésitent pas à restreindre les espaces de liberté que les peuples ont acquis de haute lutte, et au prix de la vie de certains des leurs. Le peuple peut crier sans espoir son désespoir, mais ses complaintes iront toujours se briser sur le parapluie de l’indifférence et de l’arrogance de ces présidents.

Peuples muselés, opposants emprisonnés, revendications sociales réprimées dans le sang, rapports avec l’opposition toujours appréhendés dans un prisme de confrontation, voilà le spectacle désolant qu’offrent ces présidents ; et ceci coïncide avec ce  que le nouvel homme fort de Conakry, reproche au pouvoir d’Alpha Condé : « …La situation socio-politique et économique du pays, le dysfonctionnement des institutions républicaines, l’instrumentalisation de la justice, le piétinement des droits des citoyens, l’irrespect des principes démocratiques, la politisation à outrance de l’administration publique, la gabegie financière, le piétinement des droits des populations, la pauvreté et la corruption… ».

Aujourd’hui c’est un sentiment mitigé qui étreint de nombreux africains face au sort du président Alpha Condé. En effet, autant on ne peut accepter l’irruption des militaires sur le champ politique avec des lendemains incertains, autant on ne peut s’empêcher de se satisfaire que soit mis fin à l’expérience du troisième mandat illégal, qui a commencé à faire tache d’huile en Afrique.

Après le Mali, le Tchad et la Guinée, à qui le tour ?  Demain nous situera. Demain est certes un autre jour mais demain arrive toujours et l’ivraie sera séparée du vrai !

*Analyste politique 

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