Burkina Faso- RSF-Gouvernement/Le président de l’Union des journalistes de la presse libre africaine demande de préserver la liberté et la sécurité des journalistes
Par Yann Dominique N’guessan/afriquematin.net
La tension monte entre le gouvernement burkinabè et l’organisation non gouvernementale Reporters sans frontières (RSF). Accusé d’avoir mis en place une « milice numérique » chargée de traquer et d’intimider les journalistes critiques, les autorités du pays des Hommes intègres ont réagi fermement, dénonçant des « allégations infondées » et une « ingérence » dans les affaires intérieures du pays.
Dans son enquête, RSF décrit le fonctionnement du BIR-C au Burkina Faso comme celui d’une véritable « milice numérique » qui cible les journalistes, détaillant les campagnes de désinformation menées en ligne par ces soutiens du gouvernement. Mais ces critiques ont été balayées par le ministre de la Communication, Pingdwendé Gilbert Ouédraogo, « L’engagement durable des BIR-C fait trembler les impérialistes. Nous sommes fiers du travail qu’ils font ».
RSF précise que ces cyber-activistes cibleraient notamment des médias privés et des correspondants de presse étrangers, en les accusant de « collusion avec les terroristes » ou de « complot contre la nation ». L’Ong évoque également des pressions indirectes sur les annonceurs et des tentatives de déstabilisation psychologique des rédacteurs en chef.
Le gouvernement a par ailleurs retourné la critique contre RSF, l’accusant de « double standard ». Selon Ouagadougou, l’ONG « ferme les yeux sur les exactions des groupes armés terroristes qui tuent des journalistes sur le terrain » et « s’attaque injustement à un pays en première ligne de la lutte antiterroriste ».
Cependant, les syndicats de journalistes locaux, tout en condamnant les ingérences étrangères, appellent à un dialogue. Une réaction qui inquiète le président de l’Union des journalistes de la presse libre africaine, Yao Noël rappelle que « ce n’est pas nouveau. Tout pays peut organiser sa propagande, mais il faut préserver la liberté et la sécurité des journalistes. Ils ne sont pas les ennemis des pouvoirs publics et ne sont pas des terroristes », a-t-il déclaré sur rfi.fr.
Faut-il souligner que cette passe d’armes s’inscrit dans un contexte déjà tendu, car depuis le coup d’État de septembre 2022, plusieurs médias, des correspondants étrangers ont été suspendus et ont vu leurs accréditations retirées. Le gouvernement justifie ces mesures par la nécessité de « préserver la cohésion nationale » et de lutter contre la désinformation, dans un pays confronté à une insécurité chronique.