Assemblée nationale/Le béni oui-oui va-t-il s’imposer à des députés ?
Par Kédjébo Kpandji/afriquematin.net
Les élections législatives ivoiriennes du 27 décembre 2025 ont confirmé une très large majorité pour le Rdr-Rhdp. Selon les résultats officiels, cette formation politique détient près de 77 % des sièges à l’Assemblée Nationale (197 sièges sur 255), avec une participation électorale assez faible qui a tourné autour de 35 %.
Lourdement réduite, l’opposition, à l’image du Pdci-Rda conserve un peu plus d’une trentaine de sièges, mais on note une progression des candidats indépendants avec une vingtaine d’élus. Ce résultat place l’opposition et les indépendants en position minoritaire structurelle face à la domination de la majorité présidentielle.
Dans certains systèmes, les groupes parlementaires jouent un rôle crucial, ils bénéficient généralement de financements spécifiques pour la recherche et la préparation des interventions, du temps de parole plus important à l’hémicycle, des représentations dans les commissions, sans toutefois oublier leur capacité d’influencer l’ordre du jour et leur droit de déposer des motions ou des amendements structurés.
Et un député isolé a moins de ressources pour analyser les textes, à préparer des contre-propositions ou à mobiliser un débat public sur des sujets d’envergure. Qu’il soit élu comme indépendant ou issu d’une petite formation, il est souvent marginalisé, parce qu’il a moins de prise sur le débat, il a la capacité limitée à défendre une stratégie commune et il n’a la moindre influence face à une majorité structurée qui bloque ou module les propositions.
En revanche, un groupe parlementaire coordonné peut représenter le socle d’une opposition crédible, en bloquant ou amendant des projets de loi indésirables, en formant une force de négociation reconnue face à l’exécutif, ou encore en proposant des alternatives structurées aux politiques gouvernementales. Quand les opposants ou indépendants restent dispersés, ils deviennent vite des « béni-oui-oui », acceptant sans grande contestation les orientations de la majorité présidentielle, faute d’organisation et de stratégie commune.
Dans l’expérience, on observe que la coalition d’opposition pèse davantage dans les votes stratégiques, elle attire davantage l’attention publique et médiatique, augmentant ainsi la pression sur la majorité et permettent d’exprimer une vision politique cohérente et reconnaissable. Former un groupe parlementaire sert aussi une stratégie électorale future, qui entraine une visibilité accrue auprès des électeurs qui savent clairement ce que représentent les députés regroupés autour d’un projet ou d’une ligne politique.
Les législatives 2025 ont confirmé une hégémonie significative du parti présidentiel à l’Assemblée nationale ivoirienne, dans ce contexte, les élus indépendants et de l’opposition ne peuvent pas se contenter d’être de simples voix isolées dans l’hémicycle. Sinon ils risquent d’être marginalisés, car leur capacité de proposer ou d’amender des lois restera limitée et auront moins de poids dans les commissions et les débats publics.
En revanche, une organisation collective via un groupe parlementaire leur permet de renforcer leur impact institutionnel, politique et stratégique-essentiel pour jouer un rôle réel d’opposition, défendre des alternatives et ne pas devenir de simples « béni-oui-oui » face à la majorité présidentielle.
