AES/Une nouvelle force qui redessine les équilibres en Afrique de l’Ouest

Par Ablizangôh Wakatê/afriquematin.net

Depuis sa création au mois de septembre 2023, l’Alliance des États du Sahel (AES) qui regroupe le Mali, le Burkina Faso et le Niger, s’impose comme un acteur incontournable dans le paysage ouest-africain. Loin d’être une simple réaction à la Cédéao, cette coalition militaire et diplomatique se positionne désormais comme une force de proposition et un pôle de stabilité régionale.  

 Depuis 2012, la région du Sahel est devenue l’épicentre de la violence djihadiste, avec des groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique multiplient les attaques contre les civils et les forces armées. Face à l’inefficacité perçue des mécanismes régionaux et internationaux, notamment la force Barkhane, la Minusma, le G5 Sahel, les trois pays ont décidé de mutualiser leurs efforts. Ainsi est mise en place la force militaire conjointe de 5 000 hommes, avec un commandement unifié basé à Bamako et les résultats, bien que modestes, commencent à se faire sentir.

Selon des sources militaires locales, les opérations conjointes dans la zone des trois frontières dénommée le Liptako-Gourma ont permis de neutraliser plusieurs dizaines de combattants et de reprendre le contrôle de localités jusque-là sous influence terroriste.

Au-delà de l’aspect sécuritaire, les trois pays, dirigés par des régimes issus de coups d’État, ont tourné le dos à la France et à ses alliances militaires, tout en diversifiant leurs partenariats vers la Russie, la Turquie, la Chine et d’autres puissances émergentes.

Cette quête de souveraineté passe aussi par la création d’institutions communes et au mois de février 2026, les trois chefs d’État ont annoncé la création d’une banque d’investissement de l’AES et d’une compagnie aérienne régionale. Des projets de monnaie commune sont également à l’étude, en réaction à la domination du franc CFA. Son émergence constitue l’un des changements géopolitiques les plus importants en Afrique de l’Ouest depuis la création de la Cédéao en 1975.

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Que l’on considère cette initiative comme une révolution souverainiste ou comme une expérience politique risquée, elle modifie déjà les rapports de force régionaux. Son avenir dépendra largement de sa capacité à améliorer concrètement la sécurité, à stimuler le développement économique et à construire des institutions solides capables de répondre aux attentes des populations.

Une chose apparaît néanmoins certaine, l’Alliance des États du Sahel n’est plus un simple projet politique, mais elle est devenue un acteur incontournable dont les choix influenceront durablement l’avenir du Sahel et l’équilibre géopolitique de l’Afrique de l’Ouest.